Débats à propos de la CGT

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Le Monde a publié le 27 février 2018 une page entière d’analyse sur la CGT intitulée : « L »hiver de la CGT« .  Karl Ghazi, syndicaliste CGT (commerce-Paris) donne son opinion sur ce débat dans l’Humanité du 9 mars.

Un froid de canard

Vendredi, 9 Mars, 2018
L’Humanité

L’hiver ne frappe pas que la CGT !.

Par Karl Ghazi, syndicaliste CGT.

Karl Ghazi, leader de l'intersyndicale Clic P

Karl Ghazi, leader de l’intersyndicale Clic P

La CGT, décidément, est dans le collimateur. Après le Canard enchaîné, en décembre 2017, voilà le Monde qui, à point nommé, se lance dans une diatribe confuse (« L’hiver de la CGT », 27 février 2018) qui vise, au fond, son refus de se complaire dans un syndicalisme exclusivement institutionnel. L’article ne craint pas la contradiction : Philippe Martinez dirigerait la CGT « d’une main de fer », alors qu’on lui fait dire, quelques lignes plus bas, « les fédérations font ce qu’elles veulent » ou bien, au sujet d’InfoCom : « Ils ont bien le droit de dire ce qu’ils veulent. »

Beaucoup de faits cités sont réels. Mais leur mise en relation n’explique rien, sinon le goût des auteurs pour le syndicalisme d’accompagnement. Il est, bien sûr, permis d’écrire sur la CGT. Il est même nécessaire de débattre des raisons de l’affaiblissement du mouvement syndical dans son ensemble, confronté à une accélération sans précédent de la mutation des formes d’exploitation et des attaques libérales. L’atomisation des collectifs de travail, les contrats précaires, la sous-traitance sous toutes ses formes ou l’autoentrepreneuriat, couplés à la persistance d’un chômage de masse, ont placé toutes les organisations devant un défi qu’elles peinent à relever. Les raisons d’une crise réelle résident dans cette difficulté à être là où se trouve le salariat et à lui proposer des formes d’action efficaces.

Cette crise est indissociable d’une crise plus large qui frappe les partis politiques et les institutions. Elle est beaucoup plus profonde que les énumérations hétéroclites de l’article du Monde. Le mouvement syndical doit en prendre la mesure s’il veut continuer de peser dans les rapports de forces autrement que par une présence institutionnelle et un syndicalisme réduit à l’accompagnement.

Que dans les périodes de défaite, une radicalité verbale tente de conjurer les rapports de forces réels, c’est plutôt banal. Que des organisations soient tentées par un retour à un passé mythique, c’est une réalité. Mais c’est une conséquence et non la cause de l’affaiblissement des syndicats. Et comme le dit Philippe Martinez, cité par le Monde : « L’efficacité du syndicalisme ne se mesure pas dans la teneur ou la virulence des discours. »

Un syndicat, ce sont d’abord des adhérents. Pourquoi les salariés ne sont pas plus nombreux à se syndiquer ? L’absence de plus en plus marquée des syndicats auprès des salariés au quotidien est un fait qui ne relève pas de la seule responsabilité des organisations : l’éclatement du salariat et une répression féroce expliquent en grande partie des taux de syndicalisation très bas dans les secteurs qui se sont développés dans le tertiaire. Les ordonnances Macron vont aggraver cette réalité en faisant disparaître les délégués du personnel et les CHCST.

La question essentielle de la syndicalisation atteint tous les syndicats français. Plus que toute autre chose, cet assèchement par le bas atteint toute l’organisation syndicale : ses débats, ses idées, ses revendications, ses cadres et ses modes d’action. Quel syndicalisme au XXIe siècle ?

La réponse ne tient pas en quelques bruits de couloir. Ni dans des portraits à la serpe !

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