Débats dans la FSU : le champ de syndicalisation

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Michel Angot, militant du SNU-CLIAS FSU,  nous fait parvenir un article paru dans la revue Enjeux, du courant Unité et action de la FSU, à propos du bilan parfois controversé du congrès de Perpignan (février 2004) qui avait décidé une extension partielle du champ de syndicalisation de la FSU, notamment dans les collectivités locales.

 

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Le SNU-CLIAS FSU est le Syndicat National Unitaire des Collectivités Locales, du ministère de l’Intérieur et du ministère des Affaires Sociales. Le syndicat s’est constitué en 2003, à partir de syndicats départementaux de la CFDT, à qui ils reprochaient son soutien à la réforme Fillon des retraites. Cette fédération était un « syndicat oppositionnel de longue date à la ligne confédérale».

 

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Cliquez pour lire : Article U&A Bilan de Perpignan

Complément d’information  : article fusion Snuclias-Snuacte :

Extrait : « Le SNUACTE FSU est la continuité de l’ancien syndicat UNATOS, qui regroupait dans la FSU les agents techniques et ouvriers des établissements scolaires (écoles, collèges, lycées) et qui s’est ensuite ouvert à l’ensemble de la FPT suite au transfert massif des personnels ATOS des collèges et des lycées dans les Départements et les Régions lors de l’Acte II de la décentralisation. Il regroupe aujourd’hui 5000 adhérents répartis dans la plupart des Régions et des Départements« .

 

Quelques éléments de réponse à l’intention de ceux qui parlent
d’un « échec » du congrès de Perpignan… (par Michel Angot)

Plus le congrès de Perpignan s’éloigne et s’estompe dans la mémoire de certains camarades, plus les interprétations sur son bilan deviennent troubles, et parfois trompeuses. Et voilà même que certains, ici dans ces pages le caractérisent « comme un échec » au motif que la « représentativité à la FPT » n’aurait pas été gagnée !…
Dans une FPT à plus de 22.000 comités techniques la « représentativité » ne se mesure pas seulement à l’aune du seul Conseil supérieur de la fonction publique territoriale, (au sein duquel d’ailleurs, les représentants du collège employeur ne sont pas élus, mais désignés par des « associations » !) mais bien d’abord dans chaque CT de collectivité.
Un bilan exaustif nécessite donc un retour sur l’ensemble des éléments qui concourrent à l’acquisition de la « représentativité »; de façon autant quantitative que qualitative…

Rappelons tout d’abord que confrontée en 2003 au transfert de milliers d’agents des lycées et collèges, la FSU s’était vue dans l’obligation d’offrir à ses syndiqués TOS de l’UNATOS et du SNETAP une perspective territoriale. C’est d’ailleurs à cette occasion (une AG de plusieurs centaines de militants TOS dans le grand amphithéâtre de l’Ecole vétérinaire de Maisons-Alfort) que nous eûmes notre première rencontre avec Gérard Aschieri et la FSU, puisque ayant décidé d’inviter les deux principales fédérations de la fonction publique territoriale (CGT et CFDT) pour venir présenter la FPT aux collègues TOS, la FSU avait essuyé un refus méprisant de la part de la fédération InterCo CFDT, et m’avait alors proposé, en tant que secrétaire de la CFDT territoriale départementale d’y remplacer notre fédération, ce que j’avais bien entendu accepté.
Puis, les équipes syndicales sortantes de la CFDT firent ensuite le choix de la FSU – lors d’une AG tenue à Paris où nous avions invités CGT, FSU et SUD et où ne vinrent qu’Annick Coupé et Gérard Aschieri (1) – un choix qui s’imposa à 85% et mis à part l’équipe CFDT des Ardennes qui avait décidé de rejoindre SUD, l’ensemble des équipes CFDT (y compris celles qui avaient voté pour aller à SUD ou à la CGT) décidèrent de rester « ensemble » et d’accepter le « contrat d’association » que nous proposa alors la FSU.
Lors du congrès de Perpignan, une délégation de 3 camarades (Anne Amigues de l’Aude, Philippe Vollot des Préfectures et moi-même du Val-de-Marne) purent assister au congrès et rencontrer l’ensemble des syndicats nationaux et des courants de pensée, pour préparer notre arrivée à la FSU.
Nous représentions à ce moment environ 2000 adhérents, repartis dans une douzaine d’équipes syndicales sur le territoire.
De ce « contrat d’association » avec la FSU jusqu’à ce jour, le SNUCLIAS a été le seul syndicat de la FSU à connaître une progression continue et régulière de nos adhérents de l’ordre de 5 à 10% chaque année, et qui s’est conclue cette année par le chiffre de 6736 adhérents (soit plus que le triplement de nos effectifs d’origine !…) répartis dans 30 syndicats départementaux (soit plus du double par rapport au premier congrès du SNUCLIAS en 2004)
En y incluant les 4500 territoriaux du Snuacte (et les centaines d’agents territoriaux des lycées agricoles et maritimes adhèrents du Snetap) la « représentativité » quantitative des territoriaux au sein de la FSU est un fait désormais établi que le processus de fusion engagé entre nos deux syndicats (Snuclias et Snuacte) va en quelque sorte sceller officiellement à l’automne 2015, avec la présence d’équipes syndicales territoriales dans l’ensemble des départements métropolitains (et dans quelques départements d’outremer) autour d’un syndicat national unifié de près de 11.000 adhérents, qui deviendra en taille, le 3° de la FSU derrière le SNES et le SNUIPP.

Certes, diront certains, mais quid de la question de la « représentativité » en regard des épisodes électoraux successifs (2008 et 2014) et des résultats de nos équipes territoriales ?

Dès notre intégration dans la FSU nous avons très rapidement abordé l’épisode électoral de 2004, particulièrement délicat et difficile à cause du dispositif « Perben » qui permit alors à certains employeurs locaux (…et à d’autres syndicats) de contester notre « représentativité » locale en empêchant certaines de nos listes d’être déposées.
Malgré ces embûches, nos listes (communes dans certains Conseils Régionaux et Généraux avec l’UNATOS et le SNETAP) réussîrent à rassembler 28.000 suffrages de nos collègues, dont 12.000 dans les seules villes et collectivités où le Snuclias était implanté.
Il est certain qu’avec 3,1% des suffrages, nous ne pouvions pas entrer au CSFPT. Mais peut-on parler de « représentativité perdue » sur ce simple fait ? Je ne le pense pas.

La fonction publique territoriale regroupe un ensemble d’environ 52.500 collectivités locales (36.767 communes, 101 départements, 27 régions, 6 collectivités d’outremer, 2.145 EPCI à fiscalité propre, 9 poles métropolitains et 13.402 syndicats mixtes de coopération intercommunale) employant 1,9 million d’agents.
Pour être « représentatif » nationalement, il faut d’abord l’être localement, puis additionner ces représentativités locales.
Passé des résultats liés aux CAP en 2008, à celui des CT en 2014, cette représentativité concernait donc environ 22.000 comités techniques l’an dernier.
Or, nous n’avons pu déposer de listes FSU que dans 178 collectivités (35 de plus qu’en 2008) en y obtenant 32.800 suffrages (5000 de plus qu’en 2008).

Pourtant, dans 95% de ces 178 collectivités, nous sommes entrés au Comité Technique (avec des pourcentages variant de 7 à 100%), et notre représentativité a pu y être affirmée malgré une forte concurrence, obtenant même (ainsi que le remarqua fort judicieusement « La Gazette des Communes »), la première place dans des collectivités importantes (7 conseils généraux, 2 conseils régionaux, 1 centre de gestion départemental et 50 collectivités ou intercos)
Cette représentativité locale forte, ne butant que sur un seul obstacle : le faible nombre de listes que nous avions pu être capables de présenter…
Nous avions pourtant insisté longuement (et parfois lourdement) lors des CDFN et des réunions pré-électorales sur l’importance de listes FSU à monter dans des grosses collectivités où nous n’étions pas encore implantés, et notamment dans les centres de gestion départementaux aux CT desquels sont automatiquement affiliés toutes les petites collectivités de moins de 50 agents (donc sans CT propre)… Ces petites collectivités, au nombre d’environ 30.000 regroupent à elles seules plus de 300.000 agents votant dans un seul CT placé au Centre départemental de Gestion (CdG).
Dans la très grande majorité des départements, ce CdG est le premier employeur territorial.
Malgré nos demandes et le travail fourni par certains secrétaires départementaux pour travailler dans ce sens, nous n’avons pu monter que 5 nouvelles listes de CdG (soit un total de 10 sur l’ensemble des 96 CdG…)
Comparativement (et avec une implantation locale bien moins forte de ses équipes départementales) Solidaires a pu monter 15 listes dans les CdG !
A part ce travail (réussi) des cinq Sd FSU de la Creuse, du Gard, du Puy-de-Dôme, du Vaucluse et de la Réunion, quelle autre aide concrète a été apportée par les syndicats nationaux à la confirmation du mandat de Perpignan ?…
Pire; certains de nos camarades ont parfois essuyé des réflexions du genre « pas question d’aller concurrencer la CGT » voire même « pas question de monter une liste FSU, mon compagnon est le secrétaire du syndicat CGT » (alors que la liste était quasi complète…)
J’en passe et des meilleures…

Car la « question de la CGT » renvoie aussi – très souvent – à de tels paramètres…
Il est donc fort utile de rappeler que si les 2000 premiers adhérents du Snuclias lors de leur arrivée à la FSU étaient à quasiment 100% d’anciens adhérents et militants CFDT…sur nos 6800 adhérents actuels, les ex-CFDT y sont maintenant non seulement minoritaires, mais ce sont des ex-CGT qui en constituent désormais une part très importante.
Malgré le fait que nous partagions une large part des analyses et des revendications de la fédé CGT des Services publics, et malgré toute l’empathie que nous éprouvons pour son secrétaire général Baptiste Talbot, la CGT première fédération de la FPT (et de la CGT…) reste minée par un ancrage traditionnel et ancien dans des municipalités de gauche, au sein desquelles leurs équipes syndicales doivent souvent naviguer en tenant compte d’une insuffisante autonomie vis à vis de leurs élus employeurs et de leur encadrement (parfois syndiqués à l’UGICT-CGT)… Dans de telles situations schizophréniques (le chef de service y est alors à la fois le notateur …et le collecteur de timbres syndicaux !) les ruptures sont fréquentes …et souvent brutales !
Pour ne prendre que le seul exemple de mon département (le Val-de-Marne) sur ces dernières années ce sont plusieurs équipes et militants CGT qui ont rejoint la FSU dans nos collectivités (Ivry, Arcueil, Choisy, Vitry, Nogent, Limeil-Brévannes, Champigny …Conseil Général) témoignant à la fois de l’importance accordée à la nécessaire indépendance syndicale vis à vis des employeurs, et au souci de préserver leur expérience et leurs acquis syndicaux dans un nouveau syndicat offrant des garanties de libre organisation et de fonctionnement démocratique

Imaginez donc l’effet que serait susceptible de produire sur ces militants, l’image d’une FSU s’interrogeant à la fois sur la pertinence de son maintien dans la FPT, et sur les conditions d’un rapprochement « privilégié » avec une CGT qu’ils viennent juste de quitter…

Car si la question de la CGT continue de nous tarauder (ou au moins d’en tarauder certains plus que d’autres) elle nécessite elle aussi bilans et croisement d’expériences. Beaucoup de nos anciens camarades de « Tous Ensemble » avaient ainsi fait le choix de la CGT au moment de leurs sorties (éclatées) de la CFDT. Les différences d’accueil et d’intégration furent multiples et variées. Entre une fédération CGT des Banques qui avait choisi de s’auto-dissoudre pour se recomposer avec les entrants issus de la CFDT, et une Fédération des Services qui laissa cohabiter en frères ennemis deux syndicats CGT dans les mêmes établissements, il y eut toute la gamme entre le tapis rouge …et les bourgeois de Calais !
Ce que nous en racontent les quelques camarades qui font aujourd’hui le chemin inverse, en revenant vers nous après avoir goûté à la CGT n’est pas encore de nature à nous faire rêver.
Il est vrai que pour beaucoup d’entre nous, après avoir choisi de quitter une confédération dont le fonctionnement pyramidal et le centralisme décisionnel bridait et asséchait le débat démocratique dans ses structures de base, la découverte du fonctionnement de la FSU a été plus qu’une heureuse surprise…

Ces quelques « mises au point » et réflexions n’étant pas posées pour fermer d’emblée les nécessaires débats que le prochain congrès fédéral se doit de mener, mais pour en borner les enjeux, sans esquiver l’essentiel : la réaffirmation du rôle que le FSU peut et doit mener pour oeuvrer à la « recherche d’unité et d’unification de leurs forces pour un syndicalisme plus efficace. »
Même si, à trop confondre unité et unification, on en oublierait parfois que pour que cette dernière devienne le corrolaire de la précédente, cela nécessitera la mise en place des meilleures conditions à la réalisation de celle-ci.
Croiser les expériences et les bilans (par exemple avec nos ex-camarades de « Tous Ensemble » qui firent le choix de la Cgt, de Solidaires… ou de l’UNSA) et interroger les conditions et conflits qui occasionnent souvent départs, démissions ou mouvements d’un syndicat vers un autre.
Voir ce qui nous rassemble au-delà des stratégies (bien bousculées) de nos organisations…
Et puis avancer en trouvant le(s) meilleur(s) outil(s) pour organiser ces débats et échanges.

Michel Angot

– J’observe d’ailleurs qu’en ce moment, les mutuelles savent mieux faire que les organisations syndicales sur ce terrain de la confrontation-convergence, afin d’être mieux entendues et mieux respectées et d’être plus fortes, en se regroupant (par exemple dans Uni-ter, Istya, Intériale…) sans que chacune d’entre elles y sacrifie son histoire, ses valeurs et ses principes fondateurs (« Uni-ter » c’est un beau nom pour commencer à parler ensemble d’une même voix…)
(1) Nous avions également invité la CGT, mais fort curieusement la lettre d’invitation « s’égara » et personne ne vint à notre AG de sortie de la CFDT… Quelques années plus tard, Philippe Gicquiaux, l’ex-secrétaire de l’UD CGT du Val-de-Marne, qui était devenu permanent à la confédération à Montreuil, y retrouva notre courrier, qui avait circulé de bureau en bureau comme une « patate chaude » et qui était finalement restée archivée …sans générer la moindre réponse !

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