Edmond Maire ou la stratégie du recentrage

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Après le décès d’Edmond Maire, un article qui fait le bilan de celui qui a dirigé la transition de la CFDT autogestionnaire en 1968 à celle que nous connaissons aujourd’hui.

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Au centre, Edmond Maire, avec Georges Séguy à la gauche

 

Edmond Maire qui a dirigé la CFDT de 1971 à 1988 est décédé le 1er octobre. Il a marqué de son empreinte l’histoire de son organisation.

Après le congrès de 1964 et la transformation de la CFTC en CFDT, celle-ci qui dans un premier temps s’appuyait sur les mobilisations sociales et se revendiquait d’un socialisme autogestionnaire démocratique passa à l’approbation du plan Juppé ou de la loi El Khomri, évolution qui doit beaucoup à l’ancien secrétaire Général décédé dimanche dernier.

Les grèves des OS au début des années 70 du Joint français en Bretagne en passant par les ouvrièr(e)s de Lip à Besançon, le féminisme, le soutien et l’organisation des travailleurs immigrés , telle était la marque, l’identité de la CFDT après mai 68.

Edmond Maire fut le Secrétaire Général qui se démarqua de cette histoire pour finalement recentrer son organisation au Congrès de Brest en 1979.

Ce changement radical d’orientation se produisit par étapes. Il put le faire en profitant des  divisions de son opposition qui était pourtant très importante.

La CFDT après ce congrès historique abandonna dés lors la critique, l’affrontement avec le capitalisme. Il fut le Secrétaire Général qui assuma le passage de son organisation de l’autogestion à l’accompagnement des décisions libérales des différents gouvernements.

Proche de Michel Rocard il théorisa que le capitalisme était devenu l’horizon indépassable après l’échec du socialisme réellement existant. Il fallait donc s’adapter

Edmond Maire successeur d’Eugène Descamps au Secrétariat général de la confédération rompit avec l’héritage de celui-ci .  Descamps avait signé le pacte d’union avec la CGT en 1966. Edmond maire était l’antithèse d’Eugène Descamps. Les années passant, ce dernier ne reconnaissait pas son organisation, car il ne s’agissait plus d’être réformiste mais bien d’inscrire dans le marbre que la médiation sociale était la tâche principale de l’action syndicale.

C’est ainsi qu’au fil des ans, congrès après congrès, la CFDT se plaçant d’emblée sur le terrain de l’adversaire, renonça à contester l’exploitation capitaliste, à nier l’opposition entre le capital et le travail.

Retenons cependant que c’est sous les mandats d’Edmond Maire que la CFDT après une perte importante d’adhérents au début des années 80 amorça une re – syndicalisation importante.

La centrale de Belleville aidée par de nombreux intellectuels (Julliard, Rosanvallon) comprit avant les autres organisations syndicales les importantes modifications intervenues dans le capitalisme après les 30 Glorieuses, et donc les conséquences que cela entraînait en terme de modification du salariat dans le monde, en Europe, en France.

Il n’en reste pas moins que l’histoire de la transformation radicale de la CFDT qui après mai 68 avait su capter les aspirations du salariat et de la jeunesse puis se recentra un peu plus d’une décennie plus tard ce dont Edmond Maire fut l’artisan, reste à comprendre, à écrire. Cela intéresse tous les syndicalistes.

Julien GOUSKETT

A lire : 2 ouvrages :

– Pierre COURS-SALIES : « La CFDT, un passé porteur d’avenir » éditions La Brèche. Ce livre relate les débuts riches de cette organisation entre 1964 et 1988

« De la CFDT à la CGT » Ce livre est co-écrit par des militants CFDT qui à partir de leurs parcours singuliers expriment les raisons qui les ont amenés à rejoindre la CGT au début des années 2000 éditions Syllepse

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