Guyane : tribunes de Albert Darnal (UTG-CGT) et de Eric Domota (UGT de Guadeloupe)

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L’Humanité a publié le 12 avril 2017 deux tribunes de syndicalistes  sur la Guyane et la situation des départements dits d’Outre-mer.

 

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  • Pou Lagwiyann dekolé par Albert Darnal  Syndicaliste guyanais (UTG-CGT)

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Depuis maintenant trois semaines, l’ensemble du peuple guyanais s’est engagé dans un mouvement social revendicatif sans précédent. Ce mouvement a été marqué par des manifestations populaires historiques les 28 et 31 mars 2017 ainsi que le 4 avril 2017. Ces manifestations pacifiques d’une grande ampleur font descendre dans les rues des dizaines de milliers de personnes sur toute la Guyane. Cette mobilisation est la réaction du peuple guyanais face au mépris de la France depuis plusieurs décennies et particulièrement la volonté des Guyanais de prendre en main leur destin. Ce mépris s’exprime notamment par la situation économique et sociale catastrophique dans laquelle est plongé notre pays alors même qu’il regorge de richesses naturelles (or, pétrole, diamant, forêt amazonienne, mère poissonneuse, biodiversité, situation géostratégique). Le peuple guyanais est de plus en plus plongé dans la misère. Les jeunes de moins de 25 ans, qui représentent 55 % de la population, sont pour 50 % réduits au chômage, qui touche plus de 30 % de la population. Plus de 50 % des habitants sont en situation d’exclusion. 80 % des jeunes d’une classe d’âge sortent du système scolaire sans diplôme.

Ces chiffres à eux seuls illustrent l’état de délabrement dans lequel est plongée la société guyanaise. Le seul avenir offert à nos enfants est la délinquance (taux record), la toxicomanie, la prostitution… Les hôpitaux sont des mouroirs et les communes de l’intérieur sont quasiment privées des structures de soins élémentaires.

Le collectif Pou Lagwiyann dekolé a réuni en très peu de temps plus de 400 revendications émanant de la société civile. Ces revendications légitimes reflètent l’état de délabrement de la société guyanaise. En réponse, l’ensemble des mesures annoncées par l’État représentent une enveloppe de 1,085 milliard d’euros sur dix ans. Nous sommes manifestement toujours loin du compte puisque nous réclamons un plan d’urgence immédiat et que cette enveloppe très largement insuffisante ne prend pas en compte des besoins essentiels de notre population, notamment : les équipements structurants dans l’éducation et l’adaptation du contenu de l’enseignement aux réalités guyanaises ; la qualité de l’offre de soins et l’amélioration de la situation sanitaire ; la production énergétique et la sécurité du réseau ; les infrastructures routières et le désenclavement du territoire ; la restitution des terres occupées par l’État colonial, soit 90 % du territoire. De plus, la question d’un projet d’évolution statutaire ou institutionnelle, qui apparaissait dans le projet de protocole d’accord proposé par le ministre des Outre-mer, n’est plus abordée.

Par conséquent, les annonces du gouvernement sont inacceptables en l’état, sachant que la Guyane a accumulé un retard considérable en soixante et onze ans de départementalisation et que les mouvements sociaux (1968, 1973, 1974, 1981, 1992, 1997, 2000, 2001, 2008, entre autres) ont été récurrents pour interpeller l’État.

  • La République  : crime, racisme et mensonge par Élie Domota Secrétaire général de l’Union générale des travailleurs de Guadeloupe

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L’actualité guyanaise, et avant à Mayotte, à La Réunion ou en Guadeloupe et Martinique, est une nouvelle crise du système colonial. Un système construit le racisme et la domination. En 2009, le peuple de Guadeloupe s’est soulevé en masse pour exiger de meilleures conditions de vie. Les accords signés avec le LKP, notamment sur la formation et l’insertion professionnelle des jeunes, l’encadrement des prix des produits de première nécessité, n’ont jamais été mis en œuvre. Départements français d’Amérique, régions ultrapériphériques, etc. ne sont que des termes pompeux qui cachent une cruelle réalité. La Guyane, comme la Guadeloupe, est une colonie et la colonie n’a pas vocation à se développer mais à servir les intérêts de la métropole. Le colonisé n’est et ne sera jamais considéré comme un citoyen français. Telle est la réalité. Ces sociétés, fondées sur le viol des consciences, le viol des peuples, le viol de leur spiritualité et le vol de leur terre, sont confrontées à une vaste remise en cause. La domination coloniale, principal instrument de cette cruelle réalité, est démasquée. Les valeurs dites républicaines, prétendument offertes en partage, ont de tout temps été fondées sur le mensonge, le racisme et le crime. Liberté, égalité, fraternité, devise de la République française, mais dans les colonies, de liberté, d’égalité et de fraternité, il n’y en a jamais eu. La connaissance historique nous permet de mieux comprendre.

En 1789, « les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ». Mais cela ne nous concernait pas car nous étions réduits en esclavage. La Guadeloupe accède à une première abolition de l’esclavage en 1794. Les Guadeloupéens deviennent citoyens français. Mais en juillet 1802, la République rétablit l’esclavage. Les Guadeloupéens sont frappés de déchéance de nationalité et à nouveau réduits en esclavage. En 1848, la République abolit l’esclavage en déclarant que c’est un attentat à la dignité humaine. Et pourtant, le texte d’abolition précise en son article 5 que : « L’Assemblée nationale réglera la quotité de l’indemnité qui devra être accordée aux colons. » En 1849, la République promulgue une loi fixant l’indemnisation des esclavagistes. La République choisit alors la pérennisation du racisme et de la domination.

Jamais il n’a été envisagé de réparer les conséquences d’un crime de masse ayant duré plus de deux siècles. Un salarié peu rémunéré serait plus dépendant et plus rentable qu’un esclave. Il s’agissait de conforter la domination blanche dans les colonies. Libérer les esclaves afin de sauver les maîtres. En définitive, Guadeloupéens, Martiniquais ou Guyanais sont « libérés de l’esclavage mais sans ressources, émancipés mais subordonnés, libres mais entravés, mais débiteurs, égaux mais inférieurs, souverains mais dominés, citoyens mais assujettis ».

Et à chaque protestation, crimes et massacres coloniaux, comme ceux de mai 1967 en Guadeloupe. Les ouvriers réclamaient 2,5 % d’augmentation et de meilleures conditions de travail. La République tire : bilan provisoire, 87 morts et 200 arrestations. Les militaires sont décorés et les victimes transformées en coupables. Cinquante ans après, la Guadeloupe pleure ses morts. Des morts jetés à la mer, empilés dans des fosses ou enterrés dans le plus grand secret.

Le drapeau bleu-blanc-rouge continue à flotter, le son de la Marseillaise continue à retentir. Tout cela est synonyme de mort et désolation pour les colonisés.

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