Industrie, travail, écologie : la CGT discute et mobilise

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Plus de mille personnes, déléguées et militant-es CGT venant de toute la France ont participé aux Assises nationales de l’industrie tenues le 22 février 2017 à la Cité des sciences et de l’industrie à Paris.

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Ce n’est pas la première fois que la CGT mobilise son réseau militant sur l’industrie, mais cette journée témoigne d’une incontestable prise en charge mêlant diagnostic général, analyse de terrain concrète, préoccupation écologique, exigences revendicatives, et propositions précises.  Même des sujets très controversés comme le nucléaire ont manifesté une écoute quand des positions iconoclastes se sont exprimées.

Lier industrie et écologie

La CGT a produit un livret pour préparer la réflexion et servir de support ensuite. On note la volonté de prendre ses distances avec le « productivisme », le « consumérisme », et de promouvoir une réindustrialisation basée sur les « circuits courts, l’économie circulaire, l’écoconception, des produits et objets durables… ».

Le discours introductif de Marie-Claire Cailletaud (Commission exécutive confédérale-CEC), en charge de ces questions, était de la même veine, mettant en évidence les « inégalités mondiales devant les dérèglements climatiques », dénonçant le cycle infernal des « délocalisations de productions » suivies ensuite de « réimportations ». Elle propose de « produire au plus près des consommateurs » pour répondre au mieux aux enjeux climatiques.

Mais ce n’était pas là qu’une introduction de forme : beaucoup d’éclairages apportés par les interventions se situaient dans ce sillage. On voit là très clairement comment les travailleur-euses dans les entreprises, les bassins d’emplois, peuvent avoir une connaissance riche des potentialités et des synergies possibles pour produire autrement, imaginer des manières de travailler proprement, inventer une économie nouvelle débarrassée du circuit de l’argent fou. Et donc donner envie de prendre du pouvoir et peut-être aussi le pouvoir alternativement aux réseaux financiers destructeurs.

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Marie-Claire Cailletaud (en charge du dossier)

On a entendu par exemple comment les travailleurs de la filière papier le long de la Seine avaient une préoccupation à long terme d’entretien de la forêt, et combien ils étaient préoccupés de la gestion des déchets. On a écouté comment il serait possible de développer une filière de démantèlement des navires sur trois ports, favorisant l’économie circulaire par recyclage des matières. La fédération chimie CGT semble défendre le moteur à hydrogène (Michelin et Renault y songent) comme alternative non polluante au moteur à explosion, mais il faut savoir que cette solution déclenche d’âpres débats chez les écologistes en raison des rejets importants d’eau produits : ce qui ne pollue pas à court terme n’est pas forcément bon sur d’autres plans. Articuler économie et écologie est très contraignant, et demande des discussions très précises et documentées.

L’Union départementale CGT de Saône et Loire défend aussi un projet de développement fluvial pour le transport de calcin (verre cassé), au lieu du transport par camion dans les villes : 1200 camions par mois. Le 3 avril prochain, 1000 salarié-es viendront en débattre à Chalons-sur-Saône.

Bien entendu, les militants CGT de la centrale de Fessenheim ont défendu leur point de vue, qui demeure celui de la fédération de l’énergie et celui de la confédération : l’énergie nucléaire est peu chère, fiable et constante (faire face à la demande d’électricité pour les hivers rigoureux sans risque d’écroulement du réseau), et sans rejet de gaz à effet de serre. Ainsi l’Allemagne rejette 520gde CO2 par kw/heure, contre 110g en France. Un cheminot fera remarquer que le coût actuel du nucléaire ne comprend pas celui très important de sa déconstruction inévitable. Un débat nouveau dans la CGT.

Un mot n’a (semble-t-il) pas été employé, celui de reconversion. Même si, par exemple, les solutions cherchant des solutions alternatives aux moteurs classiques tentent de s’en rapprocher. La CGT a pourtant les propositions sociales pour faire face à cette question inévitable (notamment dans le transport automobile ou certaines industries chimiques) : c’est la sécurité sociale professionnelle. Ou encore ce qui a été défendu par Nasser Mansouri (secteur économique confédéral) comme la nécessité d’un « bouclier social et environnemental ». Il n’est en effet pas imaginable que des travailleurs-euses puissent se projeter dans l’avenir d’une reconversion des métiers et d’industries sans un socle de garanties matérielles incluant salaire à vie et formations qualifiantes (de nombreuses interventions sur cette question par ailleurs, de même que sur la recherche, par la fédération de l’enseignement et de la recherche-FERC CGT). Une sécurité sociale vraiment universelle le permet.

Industrie et avenir du travail

Le débat sur l’avenir du travail était également bien présent, et on sait qu’il anime la campagne présidentielle à gauche. L’introduction de Marie-Claire Cailletaud tient à bien distinguer travail et emploi (et la subordination dans l’emploi doit être mise en cause). Elle fait remarquer que la notion de « fin du travail était déjà présente dans les années 1970 ». Elle ajoute que défendre le revenu universel revient à « renoncer à transformer le travail », et à cautionner « une rupture du lien entre travail et production de richesses, ce qui n’a aucun sens ».

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La fédération chimie CGT

De nombreuses interventions vont dans le même sens.  Un retraité des banques de Paris propose aussi de « sortir de la dictature du temps de travail », de valoriser la portée des conventions collectives, de combattre la propriété lucrative pour défendre la « propriété d’usage » des outils de production, de consolider les institutions de la sécurité sociale et les caisses appuyées sur le salaire, et non le revenu.

Vient également la nécessité sur les sites de production (par exemple sur des sites comme Airbus Toulouse) de créer « des communautés de travail » entre métiers, et de construire des « convergences entre salariés à statut dans les grandes entreprises et salariés sous-traitants ». Chez Thalès, il serait également possible de développer une filière en radiologie, de soutenir des « alternatives industrielles », impliquant « plusieurs fédérations et régions de la CGT ».

La question du salariat des services publics et de l’interconnexion étroite entre production industrielle et développement des services publics a été très présente dans les échanges, y compris avec la participation des fédérations concernées (services publics, poste, éducation nationale et recherche). Il est cependant étonnant que Philippe Martinez ait pu dire dans la conférence de presse que « les services ne produisent pas de richesses, et que seule l’industrie en créé ».

Industries et exigences politiques fortes

Le mot nationalisation, on le sait, était devenu un tabou dans le débat public, à gauche ou dans le syndicalisme, après les expériences calamiteuses des années Mitterrand. Cette fois-ci, ce mot revenait très souvent dans la bouche des délégués présents. Le livret distribué aux participants parle « d’appropriation collective des entreprises », notamment les plus importantes. Et valorise les salarié-es comme « source de créativité et d’initiatives ».

On a déjà cité le retraité des banques qui parle de « propriété d’usage » pour les salariés. Un autre parle de la classe ouvrière comme le pivot d’une force « pour un autre monde possible », capable de « gérer les entreprises », ce qui n’est « pas réalisable sous le capitalisme ». Vieux débat sur l’espoir d’un monde nouveau pour beaucoup plus tard, sans pont évident avec les revendications pour le monde d’aujourd’hui !

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Maurad Rahbi, fédération textile                                                                                                                                                                      Fredéric Sanchez, fédération métaux                                                                                 

La fédération chimie exige justement « la reconquête de pouvoirs démocratiques partout », et notamment le « droit de veto » sur les restructurations.  Un délégué de la santé de Lyon demande « la nationalisation des laboratoires pharmaceutiques ».

Beaucoup souhaitent que ce débat sur l’industrie interpelle « le politique » dans la campagne présidentielle. La fédération des services publics constate que « quand le politique veut, il peut », et que donc « d’autres orientations sont possibles » que celles du quinquennat sortant. La CGT peut « être actrice du débat citoyen pendant la campagne électorale », pour exiger par exemple « un service public national de l’eau », ou sur les « missions de contrôle de la puissance publique » (commandes publiques, chantiers…).

Interrogé dans la conférence de presse sur la tribune qu’il a signée en défense de la politique industrielle (co-signée avec Jean-Claude Mailly et Bernard Thibault, mais aussi Arnaud Montebourg, Eric Coquerel, et Pierre Laurent), Philippe Martinez a regretté qu’on parle peu d’industrie dans cette campagne. La CGT « ne commentera pas les positions des uns et des autres dans un document », mais pourra le faire ponctuellement. Elle constate que sur l’abrogation de la loi travail et sur les 32 heures, « un » ou certains candidats reprennent les positions CGT, et que donc « elle pèse déjà » dans cette campagne.

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Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT

 

Suite aux Assises réussies du 27 février, la CGT mobilise pour une journée d’action nationale le 21 mars prochain, centrée sur l’industrie, avec manifestations et grèves. « Ce 21 mars pèsera aussi dans la campagne » a ajouté Philippe Martinez.

Jean-Claude Mamet

 

 

 

 

 

 

 

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