Le Front National, la gauche et le monde du travail

Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+Share on LinkedInEmail this to someonePrint this page

L’étude ci-dessous est parue dans Challenge le 23 septembre 2016. La fondation Jean Jaurès, qui a organisé cette étude,  a également publié un article plus historique sur les rapports entre le vote ouvrier et le FN.

Ouvrir le lien : le-front-national-et-les-ouvriers-longue-histoire-ou-basculement

 

logo_long

 

Article Challenge : Comment le Front National a-t-il réussi, en quelques années, à pénétrer le monde du travail et ses différents électorats au détriment de la gauche? C’est la question qui était posée hier à la Fondation Jean Jaurès à Paris, ou une conférence-débat « le FN, l’emploi et le monde du travail« , était organisée en partenariat avec l’Observatoire des radicalités.

 

Comment le Front National a remplacé la gauche chez les ouvriers

Il s’éloigne le temps où la gauche était le parti le plus plébiscité par les ouvriers et les employés, le temps où l’affiliation syndicale constituait encore un rempart au vote frontiste. Pour le Parti Socialiste et ses alliés, le constat est amère. Aux dernières élections départementales, le Front National est devenu le premier parti des salariés du privé avec 35% des voix, devant la droite à 31% et la gauche à 32%. Si les performances du FN sont évidemment multifactorielles, une enquête commandée par la Fondation Jean Jaurès, réalisée en septembre 2016, établit le lien essentiel qui existe entre les problématiques d’emploi et la montée du parti de Marine Le Pen.

Le FN est le parti qui présente le plus d’ouvriers et de salariés aux élections locales

L’enquête montre d’abord que cette réussite s’est construite sur le lien de proximité morale que le parti a tissé avec les électeurs.Le FN est en effet le parti qui présente la plus grande proportion d’employés ou ouvriers du privé parmi ses candidats aux élections locales. Aux dernières départementales, leur part était de 22,6% au FN contre 6,5% au PS, qui privilégie les cadres et les enseignants pour ses investitures.

Le FN parvient donc en parti à séduire car il présente des candidats de la même catégorie socio-professionnelle que les votants. « Ce qui compte pour les électeurs, c’est de sentir l’empathie du FN. Le mouvement ouvrier s’est historiquement structuré sur cette idée du  « eux et nous », l’idée que les intérêts des élites/patrons se heurtent à ceux des salariés. Aujourd’hui, pour beaucoup, le FN fait parti du « nous » et la gauche du « eux », explique Jerôme Fouquet, directeur du département Opinion et Stratégies d’Entreprise de l’Ifop.

Un autre facteur de la progression du vote FN, c’est évidemment le taux de chômage. Pour le prouver, l’étude recense les scores du Front National au 1er tour des régionales de 2015 en fonction du taux de chômage dans le bassin d’emploi votant. Résultat: le score frontiste est d’autant plus important que le chômage est élevé. Dans les bassins d’emploi ou le chômage est supérieur à 14%, le score du Front national dépasse les 40% contre 25% dans des régions où le taux de chômage est inférieur à 8%.

Une fermeture d’usine, et le vote FN explose

Et l’explosion du vote FN dans ces bassins d’emploi sinistrés se fait à chaque fois au détriment des partis de gauche, que ce soit le PS ou le mouvement de Jean-Luc Mélenchon. « Sur ces questions d’emploi, c’est la préférence nationale proposée par le FN et une partie de la droite qui fait la différence. Elle permet de crédibiliser leurs discours. Le FN est aussi le seul mouvement à proposer un contre-modèle avec une sortie de l’Europe », selon Jean Grosset, conseiller social du Premier secrétaire du Parti socialiste.

Sur les mêmes ressorts de progression, les fermetures de sites industriels profitent grandement au FN, qui capitalise sur le sentiment d’abandon et de déclassement. L’étude explore l’exemple emblématique de Florange, une commune qui a abrité l’un des plus gros échecs industriels du quinquennat. Sur le territoire, aux dernières élections européennes, Edouard Martin, figure syndicale de la résistance aux méthodes d’Arcelor Mittal a été propulsé tête de liste PS dans le Grand Est. Résultat, il n’a obtenu que 18% des voix à Florange, et n’a pas réussi à contrer le candidat frontiste qui a obtenu, lui, 31% des voix. « C’est désormais le FN, qui représente le parti des cassés, des désossés, des délocalisés, devant la gauche syndicale historique », reconnaît Jérôme Fourquet. La progression du vote frontiste a également progressé dans toutes les communes aux alentours de Florange, note l’étude.

« Le FN est désormais un parti capable de donner un cadre à la contestation sociale », constate Guillaume Balas, eurodéputé PS. « Le FN marche car il veut en finir avec la mondialisation, la libéralisation sous tous aspects, comme le libre-échange et l’immigration. Les gens que je rencontre m’interpelle ‘Votre Europe nous fragilise. On n’y croit plus’, raconte-t-il. Les solutions de Marine Le Pen sont irréalistes mais elles sont porteuses », conclut le député européen.

Et en effet, les derniers sondages lui donnent raison. Selon une étude Elabe diffusée jeudi par Les Echos et Radio Classique, Marine Le Pen se qualifierait pour le second tour de l’élection présidentielle 2017 dans tous les cas de figure, avec 25% à 28% des voix. François Hollande, serait pour sa part éliminé dès le premier tour dans toutes les hypothèses.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *