Le ReAct prouve que la syndicalisation est possible!

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La question des déserts syndicaux est constamment évoquée.  Mais aussi la perte de syndiqué-es à mesure qu’on en recrute : c’est le syndicalisme « passoire« . L’association ReAct (Réseaux pour l’action collective transnationale) prouve pourtant à son échelle que des recrutements syndicaux assez spectaculaires sont possibles.

logosmallPar Jean-Claude Mamet, après l’Université syndicale d’automne de Global Labour Institute. 23/11/2017. 

Avant de parler du ReAct, situons le débat crucial. La CGT (par exemple) fait de la syndicalisation une orientation fondamentale de ses congrès, mais certains déplorent que cela reste un vœu pieux, sans véritable volonté pratique, sans méthode de travail suivie. La CGT a pourtant pris conscience que l’écart de représentativité mis en avant cette année avec la CFDT (qui a professionnalisé depuis longtemps le travail de syndicalisation) provient très clairement d’un écart de présence : un écart de 500 000 salarié-es qui ne seraient pas en contact avec des syndicalistes CGT avec les conséquences en termes de résultats électoraux qui en découlent.

La question qui se pose est donc : est-ce que des méthodes volontaristes sont payantes ? Le ReAct veut prouver que oui, et aussi qu’il n’y a pas de secteurs salariaux, même hyper-précaires, qui seraient par nature « non syndicalisables ». Mais cela demande incontestablement une continuité militante sur plusieurs mois, voire années, avec des cibles choisies.  C’est ce que Marielle Roux Benchehboune, qui se présente comme « organisatrice syndicale » au ReAct, nous a montré dans une conversation lors de l’Université syndicale d’automne organisée par le Global Labour Institute (du 20 au 22 novembre 2017) à la bergerie de Villarceaux (Val d’Oise). Cette Université d’automne a permis de croiser plusieurs dizaines de syndicalistes (CGT, Solidaires, CNT), d’associatifs, avec présence notable de jeunes et femmes impliquées, et aussi un croisement international (Afrique, Etats-Unis, Belgique, Grande Bretagne…). Riche expérience dont nous rendrons compte.

Marielle Roux Benchehboune explique que le ReAct est né il y a quelques années autour d’un groupe d’ami-es qui croisaient leurs expériences de voyages à l’étranger et leur regard sur les agissements des multinationales. Ils et elles ont donc voulu agir. Elle-même s’est concentrée sur la syndicalisation des femmes de ménage dans plusieurs hôtels à Lyon. Celles-ci viennent de pays très différents, donc avec des langues différentes, des conditions horaires et salariales totalement incroyables : travail sans paiement ou sans bulletin de salaire, parfois 6 jours sur 7 ou seulement quelques heures, avec des injonctions à changer d’hôtel et d’horaires du jour au lendemain, pas de pauses, paiement à la chambre, temps d’attente du départ du client non rémunéré, etc.

Murielle s’est donc rendue pendant des mois, chaque matin, à la rencontre de ces travailleuses, cherchant à leur parler juste avant l’heure d’embauche, échangeant quelques mots rapides pour tenter la mise en confiance, donnant des indications sur les droits exigibles, etc. Une patience au très long cours. Et cela a fini par payer ! Les travailleuses se sont rendues compte des méthodes utilisées, ont échangé leurs informations, ont partagé leur vécu. Et ont accepté finalement la syndicalisation, la mise en place de représentantes, la recherche de leurs droits, l’examen du Code du travail. Elles sont même parvenues à se mobiliser, à obliger leurs patrons à négocier, à porter elles-mêmes les revendications non sans longue répétition préalable des paroles à prononcer. Il a fallu surmonter la peur de l’affrontement dissymétrique avec des manager maitrisant le langage, l’argumentation, l’autorité, le droit. Et elles ont réussi une première étape dans l’auto-organisation.

Aujourd’hui, plus d’une centaine sont syndiquées, à la CNT Solidarité ouvrière, implantée dans les hôtels. Dès lors, Marielle et le ReAct considèrent que leur objectif militant ne doit pas aller au-delà, c’est au syndicat et aux nouveaux-elles  « leader » de prendre le relai.

Méthode Labor organizing

Le ReAct explique s’inspirer de la méthode d’organisation dénommée « labor organizer », dans la tradition anglo-saxonne, où il faut se battre d’arrache-pied pour faire reconnaitre le syndicat dans l’entreprise.

Karel Yon, chercheur qui a étudié le syndicalisme étatsunien, présent à l’Université d’automne de Villarceaux, explique dans une introduction de ses recherches aux USA : « Dans un contexte où le droit qui régit les activités économiques est aux Etats-Unis un « droit de l’entreprise » avant d’être un droit du travail, les limites posées à l’action collective des travailleurs sont nombreuses. Dès les origines du mouvement syndical étatsunien, la figure du labor organizer, militant spécialisé dans l’organisation et la mobilisation des travailleurs, s’est donc avérée centrale. Au-delà des permanents syndicaux, il existe cependant une myriade d’acteurs qui interviennent auprès ou au sein d’organisations prétendant à la représentation des travailleurs : universitaires, consultants privés, activistes d’autres mouvements sociaux, ONG « pro-labor » telles que les worker centers. L’espace du labor organizing excède donc largement le mouvement syndical ».

Au moment où le droit se rapproche malheureusement en Europe du « droit de l’entreprise » (inversion de la hiérarchie des normes), plutôt que du droit des travailleurs-euses, il y a peut-être matière à s’inspirer de ces méthodes d’organisation faisant appel à de multiples ressources externes. Afin de retourner en son contraire la volonté d’émiettement et des statuts imposés par la hiérarchie libérale.

Jean-Claude Mamet

 www.projet-react.org

Lu sur le site du reAct :

« 

Qui sommes-nous ?

Le ReAct est né en 2010 d’une analyse partagée: les injustices sociales et environnementales ont pour cause principale la domination des intérêts des grandes entreprises sur ceux de la majorité des personnes. Pour cela, le ReAct souhaite contribuer à organiser les personnes affectées par ces abus afin de construire un pouvoir social à  même de défendre les droits et intérêts du plus grand nombre.

 

NOS MISSIONS

  • Organiser : les organisateur.rices du ReAct aident à construire des syndicats et des alliances citoyennes fortes pour porter les revendications des premiers concernés
  • Décloisonner : allier syndicats, ONG, associations communautaires, militant.es pour mener des campagnes victorieuses
  • Passer à l’action : se rassembler, venir planter le manioc dans la pelouse de Bolloré, occuper les toilettes avec les femmes de ménage, re´quisitionner et redistribuer les burgers et les frites de McDonalds, agir pour interpeler
  • Du local au transnational : coordonner les actions des centres d’appel entre le Maroc et la France, celles des travailleurs de l’électronique entre l’Italie, la Malaisie et les Philippines. Les multinationales sont partout, nous aussi.

Mauvaises conditions de travail, violations des libertés syndicales, évasion fiscale, pollutions… face aux abus des multinationales, on s’organise et on passe a` l’action.

 

LE RÉSEAU REACT

Le ReAct est un réseau d’appui à l’organisation des travailleurs.ses et communautés à travers le monde. Il les soutient dans la construction d’organisations locales et d’alliances transnationales par la présence de ses organisateurs dans différents pays. Basé en France, le Réseau ReAct a des organisateurs.trices locaux au Maroc, Cameroun, Libéria, Côte d’Ivoire et Cambodge.

Les méthodes d’organisation du ReAct sont diffusées dans les différents pays par des formations pratiques dispensées par des organisateurs.trices internationaux expérimentés auprès de militants.es désireux.ses de changer les conditions existantes.« 

 

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