Ruptures syndicales au Canada

Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+Share on LinkedInEmail this to someonePrint this page

Le site d’information et de solidarité syndicale Labourstart informe sur une sorte de scission syndicale au Canada, au sein du Congrès du travail (CTC). Plus bas, les explications du syndicat UNIFOR, qui quitte la CTC. 

  • Unifor : c’est le secteur privé. Le syndicat se présente ainsi : « Unifor est dirigé par un groupe dynamique de membres de la base représentant toutes les régions et tous les secteurs industriels au Canada ». 

31417b2fd8f3acae5df7dda09eb68368_400x400

 

 

 

  • CTC wikipédia : « Le Congrès du travail du Canada, ou CTC, (en anglais, the Canadian Labour Congress, ou CLC) est la première confédération canadienne syndicale en termes d’adhérents, avec plus de trois millions de membres. La majorité des syndicats au Canada sont affiliés au Congrès, avec 12 fédérations provinciales et territoriales et 137 conseils du travail. Elle est très proche de l’AFL-CIO ».

clc-french-logo

Labour-Start

Canada : le mouvement syndical se déchire !


La grande nouvelle de ce début d’année est la décision d’Unifor, le plus important syndicat du secteur privé du pays, de quitter l’instance nationale du Congrès du Travail du Canada (CTC). Cette décision a provoqué des ondes de choc dans tous les syndicats et menace non seulement les programmes nationaux, mais aussi la coordination entre les syndicats régionaux et locaux. L’impact médiatique est moindre au Québec où les relations entre les affiliés du CTC sont gérées par la Fédération du Travail du Québec (FTQ).

Les divisions dans les mouvements ouvriers nationaux sont loin d’être inconnues. Dans certains pays, des différences idéologiques de longue date ont fait que de multiples organisations syndicales nationales sont la norme, comme en France, en Pologne ou en Inde. Aux États-Unis et en Afrique du Sud, les scissions sur des positions politiques ou programmatiques fondamentales sont plus récentes. A part un certain temps dans les années 1990, lorsque les syndicats du bâtiment ont formé la Fédération canadienne du travail, le mouvement ouvrier canadien est uni depuis 1956, lorsque deux centres rivaux ont fusionné.

Unifor est le produit d’une série de fusions d’organisations depuis des décennies. La plupart des syndicats prédécesseurs étaient le résultat de scissions au sein de syndicats américains. Dans le secteur privé, la plupart des syndicats étaient et beaucoup sont encore des sections de syndicats basées aux Etats-Unis. Le plus important des syndicats qui ont précédé Unifor, les Travailleurs Canadiens de l’Automobile ou TCA, a été formé lorsque les travailleurs canadiens ont résisté aux concessions qui avaient été convenues par le TUA en négociant avec les grands constructeurs automobiles américains des deux côtés de la frontière. Le nationalisme et l’engagement envers la création de syndicats canadiens sont profondément ancrés dans la culture d’Unifor.

Les initiatives d’Unifor visant à aider les dirigeants des grandes sections locales à retirer leurs membres des syndicats basés aux États-Unis ont créé un conflit considérable au sein du leadership du CTC. Unifor considère que ses actions sont conformes au droit des travailleurs de choisir librement leur syndicat. Les opposants soulignent le processus actuel du CTC selon lequel les travailleurs mécontents peuvent migrer d’un syndicat à un autre et attribuent la frustration d’Unifor à son incapacité à faire des gains dans l’adhésion en utilisant ce processus.

Les militants syndicaux sont profondément inquiets que les rivalités pour s’attirer des travailleurs déjà organisés gaspille des ressources et détourne l’attention de la véritable tâche du mouvement : syndiquer les travailleurs non organisés.

Le 16 janvier, l’exécutif d’Unifor a pris la décision de quitter le CTC, promettant de ne pas nuire à la solidarité au niveau local, où les syndicats coordonnent les campagnes de masse nationales. Plusieurs sont en cours actuellement et ont été, jusqu’à récemment, considérés comme de grands succès, notamment celle en faveur des « barristas » des chaînes de cafés (voir ICI pour plus d’informations).

Unifor explique ses raisons de quitter la CTC ICI.

Dans les heures qui ont suivi l’annonce, Unifor, de concert avec les dissidents des syndicats hôteliers, a commencé à marauder (1) auprès des membres d’UNITE-HERE, un syndicat américain ; une action aussitôt dénoncée par le CTC. À ce stade, la campagne d’Unifor connaît un succès considérable.

La réaction du leadership à la scission varie selon les syndicats. Ils vont d’attaques contre Unifor à des appels pour des pourparlers d’unification. Des militants d’un bout à l’autre du pays s’inquiètent des motivations et des objectifs d’Unifor. Dans les réunions intersyndicales à huis clos et les conseils locaux du travail (où les activistes des différents syndicats coordonnent les activités locales), on travaille pour assurer une solidarité efficace malgré la scission. Voir ICI pour un exemple de la réaction de la base et ICI pour la réaction du président du Conseil du travail de Toronto, le plus grand du pays.

Les sections canadiennes de ce que l’on appelle les syndicats internationaux en Amérique du Nord se tournent vers l’intérieur et se concentrent sur la préparation de leurs membres à une approche d’Unifor, pour se défendre contre une perte d’adhérents. Les syndicats exclusivement canadiens, désignés sous le nom de «syndicats nationaux», semblent être peu préoccupés par les confrontations directes avec Unifor. Les conseils locaux du travail et les fédérations provinciales du travail s’efforcent de minimiser l’impact, parfois sans savoir si les membres d’Unifor qui ont été élus pour les diriger sont toujours homologués pour le faire.

LabourStart Canada continuera de suivre cette actualité au fur et à mesure de son développement. Vous pouvez aussi visiter les pages d’actualités de LabourStart Canada dans les deux langues officielles : ICI en français et ICI en anglais, ou bien suivre nos fils Twitter @LabourStartCanF en français et @LabourStartCanE en Anglais.

Notes :

Texte original de Derek Blackadder (LabourStart Canada) traduit de l’anglais.

(1) En droit du travail au Québec, le maraudage désigne l’action d’un syndicat qui tente de ravir à une autre organisation syndicale le droit de représenter les travailleurs d’une entreprise donnée (Wikipedia).

Crédit photo : “Labour Day Parade Toronto September 2011” by CAW Media –2011 Uploaded by Skeezix1000. Licensed under CC BY 2.0 via Wikimedia Commons

 

Pourquoi Unifor a quitté le CTC?

31417b2fd8f3acae5df7dda09eb68368_400x400

Cette dispute porte sur la gouvernance du Congrès du travail du Canada et son incapacité à empêcher les attaques des syndicats américains contre les travailleuses et travailleurs. Le Congrès du travail du Canada (CTC) est doté de règles pour garantir non seulement les droits démocratiques des travailleuses et travailleurs, mais aussi pour assurer l’autonomie des membres canadiens des syndicats américains. Malheureusement, ces règles ne sont ni suivies ni respectées. Unifor est gravement préoccupé par les syndicats américains qui bafouent les droits des travailleuses et travailleurs et a pris la décision de se désaffilier.

Cette question a été soulevée en 2017 alors qu’Unifor faisait entendre sa voix au sujet de la mise en tutelle de la section locale 113 de l’ACET. L’opposition de notre syndicat est simple – nous nous opposons à tout syndicat qui menace, harcèle, intimide ou tente de faire taire les travailleuses et travailleurs qui cherchent simplement à faire valoir leur droit démocratique et leur autonomie. Lorsque les travailleuses et travailleurs se sont tournés vers le CTC en quête de soutien, ils se sont heurtés au silence, et ce malgré l’article 26 des statuts du CTC qui est censé protéger les droits des travailleuses et travailleurs au Canada qui sont membres de syndicats américains.

En plus du manque d’action pour défendre les droits démocratiques des travailleuses et travailleurs au Canada, la mise en application de l’article 4 des statuts du CTC a été exécutée de manière inefficace. L’article 4 précise le processus démocratique à suivre lorsqu’un membre souhaite changer de syndicat, mais il n’est pas appliqué. Bien que les organismes affiliés aient approuvé cet article, en pratique ils n’accordent pas ces droits aux travailleuses et travailleurs qui veulent s’en prévaloir. Lorsque les membres demandent le recours à ce processus pour changer de syndicat, leurs droits ne sont pas protégés;  au contraire, les affiliés ont travaillé à empêcher toute enquête et par conséquent, pratiquement aucun membre ne s’est vu octroyer le recours au processus de mémoire récente. Dans deux cas récents (la section locale 113 de l’ACET et la section locale 75 de UNITE HERE) on a pu voir des sections locales mises sous tutelle par leur syndicat américain pour étouffer la dissidence. La mise en tutelle signifie que les syndicats américains ont pris le contrôle des bureaux, les représentants démocratiquement élus ont été retirés, les membres du personnel ont été congédiés et les propriétés ou les fonds des membres ont été saisis. Les statuts du CTC devraient protéger les travailleuses et travailleurs des syndicats américains, mais ceci n’a pas eu lieu et Unifor est en désaccord avec plusieurs affiliés du CTC . Nous ne pouvons rester plus longtemps en silence les bras croisés ou permettre que cela continue.

Compte tenu de cette situation et de notre désir de changements immédiats pour défendre les travailleuses et travailleurs au Canada des intimidateurs américains, notre syndicat a pris la décision de ne plus participer au CTC.

Cette décision en est une de principe. Il s’agit de tenir imputables celles et ceux qui ne mettent pas les principes en pratique. Le leadeurship d’Unifor croit fermement que, pour améliorer le sort des travailleuses et travailleurs, il est nécessaire de faire avancer les choses sur cette question maintenant dans l’espoir qu’il y aura un mouvement syndical plus fort au Canada.

À quoi aspire Unifor?

Le changement est nécessaire pour mettre fin aux tactiques d’intimidation des syndicats américains qui privent les travailleuses et travailleurs au Canada de leurs droits démocratiques fondamentaux. Cette décision est ancrée dans une perspective voulant que les syndicats et le CTC doivent agir comme défenseurs des droits des travailleuses et travailleurs, et demeurer une voix pertinente pour la justice en milieu de travail et la justice sociale – sans cela, nous ne respectons pas nos obligations envers nos membres.

La naissance d’Unifor se voulait un signal d’espoir pour le mouvement syndical canadien de même que les travailleuses et travailleurs dans leur ensemble. Notre syndicat prône les droits des travailleuses et travailleurs et a apporté des gains importants, ce qu’il continuera de faire. Nous espérons que cette désaffiliation du CTC agira en tant que catalyseur au changement pour garantir aux travailleuses et travailleurs du Canada que leurs droits démocratiques seront respectés.

Unifor a-t-il rompu la solidarité avec le mouvement syndical?

Absolument pas. La solidarité n’est pas une question de payer des cotisations à un organisme syndical central, mais bien une question du travail que nous effectuons tous les jours.

Unifor a été résolument soutenu les conseils du travail, les actions communautaires et les organisations de terrain. Le président du CTC a dirigé les fédérations et conseils syndicaux pour que ceux-ci empêchent les membres et les militants d’Unifor de participer à leurs travaux. Ce geste cherche à retirer notre participation et notre implication au sein du mouvement, but notre activisme continuera. Nous nous consacrons à bâtir un nouveau genre de syndicalisme et continuerons à le faire avec tous celles et ceux qui veulent travailler avec nous.

Bâtir un mouvement n’est pas une question de se fier à la bureaucratie; c’est une question d’actions solidaires, d’inclusion et de mouvement vers l’avant en quête de justice.

Comment cette décision a-t-elle été prise?

Cette décision fut difficile et elle n’a pas été prise à la légère. Unifor a entamé ses discussions sur cette question en 2017, et à la lumière des récents évènements impliquant la section locale 75 de UNITE HERE, la décision fut prise par l’équipe de leadeurship d’attirer l’attention des membres du conseil exécutif national, la plus haute instance de décision d’Unifor entre les congrès. Après une discussion approfondie, le conseil exécutif national a pris la décision unanime de quitter le CTC. Cette décision en est une de principe, fondée sur le maintien des valeurs de notre syndicat.

Si Unifor n’est pas affilié avec le CTC, que cela signifie-t-il pour la relation d’Unifor  avec l’ensemble du mouvement syndical?

Unifor est fier de défendre les droits des travailleuses et travailleurs de même que des syndicats et continuera de le faire. Le syndicat poursuivra son travail de renforcer le pouvoir des travailleuses et travailleurs et de défendre leurs droits. On demande à tous les membres et au personnel de continuer à démontrer l’énorme pouvoir de leur solidarité envers et pour les travailleuses et travailleurs. Cela ne changera jamais.

Indépendamment de l’affiliation d’Unifor avec le CTC, nous continuerons à jouer un rôle important dans la création d’un mouvement syndical dynamique, actif et diversifié. On encourage les sections locales d’Unifor à jouer un rôle actif au sein des conseils régionaux du travail de même que dans les fédérations provinciales et territoriales du travail.

Il est vrai que les statuts de plusieurs centrales syndicales requièrent une affiliation au CTC en tant que condition à la participation active.  Le CTC lui-même requiert que les syndicats affiliés participent de manière active au travail des fédérations et des organes syndicaux locaux. Toutefois, nous savons que ce n’est pas toujours le cas. Nous savons également que ces règlements ne sont pas appliqués de manière égale au sein des syndicats affiliés, que certains choisissent où et comment ils participent aux fédérations ou aux conseils du travail. Certains syndicats du CTC ne paient pas de frais d’affiliation aux centrales syndicales, incluant les fédérations syndicales provinciales et territoriales. Certains ne participent pas activement à leurs travaux.

Il est important de garder à l’esprit la profondeur et la diversité du mouvement syndical dans son ensemble. À part le rôle de coordination centrale joué par le CTC, notre mouvement s’enrichit de ses militantes et militants de la base et de la mobilisation enracinée au sein des communautés. Nos voix doivent continuer à se faire entendre alors que nous plaidons en faveur des besoins de travailleuses et travailleurs, incluant ceux des travailleuses et travailleurs qui ne sont pas syndiqué(e)s. Notre travail en soutien à ces organisations communautaires se poursuivra sans réserve avec un regain de vigueur.

Que devraient faire les sections locales d’Unifor?

D’abord et avant tout, nous devons continuer de représenter et servir les membres au meilleur des capacités d’Unifor à la défense des droits des travailleuses et travailleurs en milieu de travail et au sein de la communauté. Il est important de maintenant les voies de communication ouvertes pour que les membres restent informés au sujet de ce qui se passe. On demande à toutes les dirigeantes et tous les dirigeants locaux, déléguées et délégués de même que militantes et militants en milieu de travail d’intensifier les efforts pour partager l’information du syndicat national sur cette question pour que les membres soient impliqués et reçoivent des informations précises.

Les sections locales d’Unifor devraient poursuivre leur travail de construction d’un mouvement de travailleuses et travailleurs. Continuons d’être le syndicat que nous sommes, un syndicat militant et fort qui ne craint pas de se battre. L’implication au sein des syndicats, des communautés, de même que les efforts de solidarité, doivent se poursuivre. Ceci signifie qu’Unifor appuie les principes de démocratie syndicale, de justice sociale, d’équité et des droits des travailleurs. Notre syndicat doit continuer à démontrer sa solidarité à la grandeur du pays pour les travailleuses et travailleurs.

Si j’ai plus de questions, à qui dois-je m’adresser?

Pour faciliter une réponse rapide aux questions des membres à ce sujet, Scott Doherty, l’adjoint exécutif du président, peut être contacté via courriel au scott.doherty@unifor.org.

On encourage également les membres à contacter leur directeur régional, le directeur québécois ou tout autre membre du conseil exécutif national. Des informations sur le conseil exécutif national d’Unifor sont disponibles au site suivant : www.unifor.org/fr/a-propos-unifor/nos-dirigeants

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *