Syndicalisme « par en bas » dans les multinationales

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Nous poursuivons notre compte rendu de quelques ateliers de l’Université intersyndicale d’automne organisée par Global Labour Institute (GLI) tenue du 20 au 22 novembre 2017 à Villarceaux (Val d’Oise). Voir notre article du 23 novembre sur l’action de syndicalisation par le réseau ReAct. 

Qu’est-ce que le GLI ? « Le Global Labour Institute (GLI) est une fondation de droit suisse dont le siège est à Genève. Son objectif est de promouvoir la solidarité internationale entre les organisations syndicales et entre celles-ci et les autres organisations et institutions de la société civile afin d’établir une société mondiale démocratique et durable, basée sur les principes de justice sociale, de liberté et de l’état de droit. Le GLI est une organisation de services au mouvement syndical. Il est guidé par les valeurs et principes du socialisme démocratique« .

Site : www.globallabour.info/fr

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Un atelier a rendu compte d’expériences de construction d’alliances syndicales dans des multinationales. En somme : du syndicalisme par en bas dans des groupes mondiaux.

Lors de cet atelier, Nara Ciadera, de Sud Education a décrit la création du Réseau syndical international où participe l’Union syndicale Solidaires et qui regroupe plus de 50 syndicats ou fédérations. Cette construction a été fondée par un Appel à Saint-Denis (93) en France en 2013. Il fonctionne selon une sorte de « double besogne » à l’échelle internationale : défense immédiate des travailleurs et travailleuses et propositions alternatives de société à l’échelle globale. Le réseau inclut des fédérations professionnelles et travaille avec des partenaires et des mouvements sociaux comme le Mouvement des paysans sans terre du Brésil, ou des mouvements féministes. Il a participé à des actions au sein du groupe Renault en Turquie (Bursa) ou dans le secteur alimentaire en Colombie.  Il organise une prochaine rencontre à Madrid du 25 au 29 janvier 2018. Le site du réseau (anglais, espagnol, français et portugais) : http://www.laboursolidarity.org/réseau syndical international.

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L’une des activités du Réseau syndical international de lutte a été d’établir une coordination syndicale des centres d’appel, où travaillent beaucoup de femmes en situation précaire. Ali Ourak, syndicaliste de Tunisie, décrit aussi une lutte dans l’entreprise Téléperformance (6400 salariés). L’élément déclencheur a été le licenciement de 14 personnes en Tunisie, suivie d’une grève soutenue par SUD et CGT. Cette grève a été un succès avec des augmentations de salaires et la réintégration des personnes licenciées. C’est l’occasion du Forum social mondial qui a, entre-autre, permis des rencontres entre syndicalistes.

Remarquable est la coordination directe entre syndicats de divers pays au sein du groupe STMicroelectronics, basé en France, Italie, Maroc, Indonésie, Malaisie. Elle est décrite par Emma Saunders (ReAct) et Nadia Sahli (CGT ST Micro, Isère). La question posée est la suivante : comment des syndicats de ST Micro plutôt bien implantés dans les pays occidentaux (France et Italie, CGT et CGIL) peuvent aider directement d’autres syndicats du groupe (sans la médiation du syndicalisme institutionnel) dans des pays et des contextes très différents ? Ce sont là aussi des licenciements qui créent des contacts. La CGT et le ReAct ont joué un rôle de liaison. Les syndicalistes malaisiens et marocains sont davantage demandeurs de relations directes internationales que les syndicalistes occidentaux. L’action a permis de diminuer de 40% les dividendes distribués au profit de revendications. La pression sur les syndicalistes malaisiens et tunisiens a été très forte pour qu’ils ne rencontrent pas ceux de la CGT en France. Enormes difficultés pour se faire comprendre, se faire confiance. Il y a les problèmes de langues (sauf pour le langage technique, où tout le monde se comprend !), mais aussi les contextes culturels.

Autre expérience (relatée par Vincent Pasquier, de Syndex), celle de l’action au sein du groupe britannique N° 1 mondial de sécurité privée G4S, qui a plus de 600 000 salariés dans le monde, dans 120 pays, et réalise 8 milliards de livres sterling de chiffre d’affaires. En Grande Bretagne, le syndicat GMB acquiert la représentativité. Les syndicalistes étatsuniens attaquent G4S pour être reconnus représentatifs aussi. La campagne passe par l’Alliance syndicale internationale UNI-Global Union (formée par regroupements en 2009 avec 20 millions d’adhérents dans le monde). En 4 ans de campagne, pas de résultat. L’action se débloque d’un seul coup grâce à un fond de pension norvégien sous propriété syndicale qui détient 4% de G4S. Celui-ci menace de retirer son investissement si le syndicalisme n’est pas reconnu. En 48h, G4S cède ! Des millions d’euros tombent dans l’escarcelle syndicale. La propriété syndicale de fonds de pension peut dans ce cas introduire une brèche dans la puissance d’une multinationale. A méditer…

On peut noter aussi, à contrario des coordinations syndicale directes par le terrain, l’existence d’une coordination intersyndicale des villes métropoles d’Europe. Elle est ancienne et coordonne une fois par an toutes les structures syndicales des villes capitales, notamment sous l’égide de la CES. Mais si elle permet des possibilités ultérieures de contacts directs, elle ne produit aucune activité notable. Plusieurs tentatives de projets n’ont pas abouti. L’hétérogénéité est très grande, entre stratégies syndicales, et entre pays du nord et du sud (selon Laurent Pagnier, qui y participe pour l’Union régionale Ile de France de la CGT).

Le débat sur ces expériences permet de pointer quelques conclusions partielles :

  • L’opportunité de construire des réseaux non institutionnels pour « bousculer les habitudes»
  • On apprend « dans l’action, plutôt qu’en théorie».
  • Etablir des « chartes de droits» transnationaux, comme par exemple pour les centres d’appels.
  • Un réseau ne fonctionne que si on a « des objectifs d’action», et pas seulement des échanges d’informations.

Prises de notes : Jean-Claude Mamet.

 

 

 

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