Une tribune de Laurent Degousée (SUD Commerce) sur les ordonnances

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Laurent Degousée, co-délégué de la fédération SUD Commerce, un des animateurs de Front social, nous a fait parvenir cette tribune parue aussi sur le site de l’Humanité. Juste avant la dernière lettre du réseau Front social.

  • La Lettre de Front social N° 79 : INFO-79images

 

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IL NOUS FAUT UNE NOUVELLE NUIT DU 4 AOUT

 

 

Le 4 août 1789, les députés, réunis en assemblée nationale constituante, proclamait la fin des privilèges. A la royauté a succédé l’oligarchie qui peut plus que jamais compter sur un nouveau clergé, les politiques et les médias à sa solde. Le peuple attend lui encore sa révolution qui confierait au plus grand nombre le soin de déterminer la conduite de son existence.

 

Deux siècles et une « révolution » politique plus tard, nous sommes face à un président et à un gouvernement, dont l’élection par défaut ne fait pas débat, qui ont réalisé le tour de force, depuis leur installation il y a quelques mois, de se mettre successivement à dos les salariés, les fonctionnaires, les retraités, l’armée, les collectivités locales, les femmes et les étudiants : chapeau bas !

 

Il s’agit pour le nouveau pouvoir de poser dès la rentrée, au travers de sa réforme du Code du travail, la première pierre d’un projet d’hyper-austérité qui vise à baisser salaires et prestations sociales pour garantir, dans un contexte de reprise économique fragile, la richesse des plus fortunés et des grands groupes à coups de nouvelles baisses d’impôts et de charges. Comme cela ne se fera pas sans tension croissante, son pendant coercitif étant la transposition des dispositions extraordinaires de l’état d’urgence dans le droit commun.

 

Les grandes lignes de la loi Travail XXL sont connues. Concrètement, les DRH des grandes entreprises ont fait leur liste de commissions pour que soit supprimé tout ce qui peut encore faire obstacle à l’exploitation sans vergogne des salariés : disparition du CHSCT, référendum d’entreprise à la main de l’employeur, généralisation du CDI de projet, plafonnement des indemnités prud’homales, facilitation des licenciements économiques etc. Ces mesures sont l’aboutissement du rapport De Virville de 2004, ex-DRH de Renault, et prépare un bouleversement similaire de notre modèle de protection sociale, appelée elle par Denis Kessler, alors vice-président du MEDEF, afin de rapprocher la France du canon austéritaire européen et de laisser libre cours à une mondialisation libérale sans frein, ni entrave.

 

Pourtant, nous sommes de plus en plus nombreux à sentir confusément que ça ne peut plus durer mais pour cela, il s’agit de passer d’une colère froide, qui se traduit par l’abstention et l’impopularité croissante de l’exécutif, à une active. Le roi est nu depuis le début mais encore faut-il le rhabiller pour l’hiver : la journée nationale de grève et de manifestations du 12 septembre prochain, pour peu d’élargir son mot d’ordre au-delà du seul retrait de la loi Travail 2 et l’arc syndical qui y appelle (la présentation du contenu des ordonnances devrait y contribuer), constitue cette occasion. Il nous faut la réussir, à l’image de celle du 31 mars 2016 qui a sonné le début de quatre mois de mobilisation face à la loi El Khomri.

 

Mettre à profit l’été pour informer le plus largement possible et préparer un plan de mobilisation par secteur, à commencer par la manifestation prévue le 30 août prochain à l’université d’été du MEDEF, le commanditaire de ces mesures, à l’appel de Solidaires, de la CGT locale et du Front social, voilà la feuille de route des militants qui veulent en découdre avec Macron. La France Insoumise, dont il faut saluer le travail d’éducation populaire menée face à des députés godillots, appelle à une marche contre ce coup d’état social mais après la date d’adoption des ordonnances en Conseil des ministres. Une telle initiative a le mérite de pointer la nécessité d’une initiative centrale, comparable à la manifestation nationale contre la loi Travail du 14 juin 2016, mais doit être préparée sans exclusive, sous peine d’être réduite à un exercice d’auto-affirmation : la situation l’exige !

 

Pour autant, quelle organisation appelle véritablement à préparer une confrontation majeure ? Le Front social, lancé en avril dernier et composé à ce jour d’une cinquantaine de collectif locaux et de près de cent cinquante organisations dont la composition va au-delà de la sphère syndicale, porte lui cette orientation. En Guadeloupe avec le LKP en 2009, en Guyane cette année ou à Mayotte de nouveau, c’est bien un mouvement d’ensemble de la société qui a obligé le pouvoir central à céder. On me rétorquera que la situation en métropole est différente de celle de cette France périphérique mais, quand la paupérisation croissante fait renoncer à l’accès aux soins ou qu’un nombre croissant d’étudiants et de retraités en sont réduits à faire les poubelles pour s’alimenter, la frontière est-elle si réduite que ça ? Et le dégoût n’est-il pas un puissant ferment de révolte quant à l’indécence d’une ministre du travail qui veut plafonner les indemnités de ceux qui sont licenciés plutôt que celles de ceux qui licencient s’ajoute, pour les gens de rien qui touchent le minimum de l’APL, le fait de ne plus y avoir droit du tout ?

 

L’énergie existe pour amorcer une telle mobilisation : on la retrouve dans les équipes syndicales de lutte, dans le nombre croissant de jours de grèves, chez les livreurs ubérisés qui commencent à s’organiser, dans la jeunesse à l’origine de Nuit Debout ou dans celle plus radicale du cortège de tête, chez les habitants des quartiers populaires qui résistent aux violences policières, ceux des ZAD ou les soutiens aux migrants. Le moment viendra où le corps social, qui n’en peut plus d’être maltraité, s’électrisera à son tour. « Les pensées qui mènent le monde marchent sur des pattes de colombes » a écrit Nietzsche : ne reste plus qu’à accélérer le pas face à tous ceux qui veulent non seulement nous mener en marche arrière mais nous écraser.

 

Laurent Degousée est co-délégué de la fédération SUD Commerce et un des animateurs du Front social.

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