Une tribune de militantes et militants CGT contre les violences sexistes

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Cette tribune est parue le 23 novembre 2018 dans Libération.

 

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#CGTMeToo contre les violences sexistes

Comment accepter l’impunité face aux violences sexistes et sexuelles au sein même du syndicat CGT ? Le syndicat, malgré la constitution de collectifs Femmes mixité, se doit de condamner de tels actes et de participer au côté de #NousToutes à la marche du 24 novembre.

Tribune.

En octobre, nous avons appris que des ouvrières des maisons de champagne Krug et Veuve Clicquot gagnaient en justice la reconnaissance du harcèlement sexuel et moral qu’elles ont subi et la condamnation de trois salariés adhérents à la CGT (dont deux avec un mandat : un élu au CHSCT et un délégué syndical). Réponse du syndicat CGT : un soutien total à ses trois militants ! Nous, nous tenons à exprimer notre solidarité aux ouvrières des maisons de champagne. D’autres actes de violences sexistes et sexuelles au sein de nos syndicats ont été dénoncés. L’article de Mediapart sur celles commises au sein de syndicats CGT de la Ville de Paris en est l’exemple. Certain·e·s reprochent aux femmes victimes de ces violences d’avoir osé parler, de porter plainte, de ne pas «régler les choses en interne»… Une fédération va même jusqu’à s’appuyer sur un classement sans suite d’une plainte par le parquet (93 % des plaintes sont classées sans suite) pour re-légitimer un agresseur dans le cadre des élections professionnelles, dénigrant et niant à nouveau les victimes. Pourtant Philippe Martinez déclare : «La CGT n’est pas machiste mais il y a trop de machos à la CGT.» Nous ne pouvons accepter au sein même de nos syndicats cette impunité qui entoure les violences contre les femmes. Cette libération de la parole dans la CGT ne doit pas rester sans suite. Nous constatons trop souvent qu’un système de tolérance et de complicité tacite se met en place et entretient la domination patriarcale au sein de notre organisation.

Ce schéma pousse les femmes militantes à se mettre en retrait ou à se retirer des syndicats. La CGT considère encore fréquemment le féminisme comme «une perte de temps, pas assez lutte de classes, qui nous détourne de nos véritables combats contre le patronat» en niant ainsi la dimension genrée de l’exploitation. Pour le patronat, et avec l’appui du patriarcat, les femmes constituent une main-d’œuvre meilleur marché et plus flexible. La CGT doit se saisir de ce sujet qui est un enjeu pour la syndicalisation des femmes, face aux patrons comme dans l’ensemble de ses structures. Le sexisme «ordinaire» (qui ne l’est pas pour celles qui le subissent) et le «harcèlement sexuel d’ambiance» (jurisprudence 2017, cour d’appel d’Orléans) font partie des violences sexistes et sexuelles qui ne doivent plus être tolérées dans nos organisations. Plus jamais nous ne devons entendre «tu n’as pas d’humour», «tu exagères», «n’en fais pas tout un plat», «tu es coincée». La CGT est-elle plus machiste que d’autres organisations ? Non ! Et c’est bien parce que notre syndicat est investi dans ce combat que les tiraillements sont de plus en plus intenses. Des collectifs Femmes mixité CGT se créent, et certains syndicats agissent déjà pour condamner ces violences. Nous avons édité les guides Réussir l’égalité femmes – hommes dans la CGT ! et Combattre les violences sexistes et sexuelleset des formations sont proposées. En 2016, la CGT a fait le choix de créer une cellule de veille contre les violences sexistes et sexuelles dans la CGT. Mais, il est urgent de lui donner plus de prérogatives et de moyens d’intervention. La CGT doit prendre sa place dans le mouvement social contre les violences que subissent les femmes. Nous ne pouvons tolérer l’impunité en notre sein. Avec #NousToutes, nous participerons à la marche contre les violences sexistes et sexuelles du 24 novembre.

Premiers signataires : Priscille Cortet UFICT CGT Mines Energie, Mornia Labssi CGT Inspection du travail, Thibault Nachin CGT santé et action sociale 91, Nunzia Fernandes Camacho CGT petite enfance Ville de Paris, Nathalie Pontikis Conseillère salariée CGT 93, Hervé Malblanc CGT Fonction publique territoriale Bas-Rhin Alsace, Katia Philippe UGICT CGT ville de Lyon, Anne Sémécurbe CGT CIDJ Collectif Femmes mixité Paris, Eric Thiebaut CGT Energie Lorraine, Patrick Gerin UGICT CGT ville de Lyon.

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