Et voilà (le travail) numéro 56, édité par Solidaires

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Voici le bulletin « et voilà » numéro 56 de janvier/février 2018  des conditions de travail et de la santé au travail de la commission de l’Union syndicale Solidaires à destination de l’ensemble des militantes et militants impliqués dans la santé au travail. Ci-dessous la reproduction de l’éditorial, d’un article sur l’usine Foxconn  en Chine, ainsi que le sommaire de ce numéro très riche.

A noter : 2 à 3000 personnes ont participé le 27 janvier à la journée Tout le monde déteste le travail. Un évènement qui marque une forte attente, notamment dans la jeunesse.Voir ci-dessous.

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  • « Editorial : reprendre la question du travail

Après les mobilisations contre la loi travail en 2016 puis celles contre les ordonnances travail courant 2017, la question du travail reste une question cen- trale pour le mouvement social et le fait d’avoir été pendant ces deux années plutôt sur des positions défensives ne nous a pas nécessairement permis de prendre (ou reprendre) la main sur ce sujet. A contrario, dans le quotidien de toutes et tous c’est le sujet qui mobilise les esprits, il y a donc bien une urgence pour le mouvement social à reconstruire une hégémonie culturelle sur le sujet « travail ».

C’est dans cet esprit que Solidaires a participé et coorganisé deux journées de débats et d’échanges autour du travail au cours du mois de janvier.

 

  • « Les Assises pour la liberté du travail » qui se sont déroulées le samedi 13 janvier à la Bourse du Travail à Attac et la fondation Copernic à l’initiative de cette journée indiquaient : « Macron veut libérer le travail ? Nous aussi ! Mais nous voulons le libérer de l’emprise des actionnaires et des objectifs chiffrés. Lui redonner du sens. Conquérir le pouvoir d’agir sur comment et pourquoi nous travaillons. Rendre le travail vivable et soutenable, pour nous et pour la planète. … »

Les Assises pour la liberté du travail visaient donc à confronter ces initiatives et les renforcer, à partir de trois tables-rondes :

  • Résistance et pouvoir d’agir au cœur du travail réel
  • Qualité du travail, santé et écologie
  • Travail, entreprise et démocratie

Ces tables rondes qui ont réuni entre 300 et 400 personnes sur la journée ont permis des débats et confrontations d’idées autour de ces questions essentielles : s’agit- il de libérer le travail ou les travailleuses et travailleurs ? Comment les organiser, s’organiser, face à ce capitalisme qui cherche à réduire les espaces de débats et à nier l’idée même de confrontation ? L’ensemble des interventions de cette journée est disponible ici : https://www.youtube.com/playlist?list=PL9tnGMqhVyNWLAU6bzQFeor2B- mtrTfp2m

 

  • Le 27 janvier toujours à la Bourse du Travail à se sont déroulées les rencontres « Tout le monde déteste le travail » pour qui en a, en cherche, l’évite, s’organise au-de- là… Cette journée partait de l’idée que dans la plupart des langues le mot travail évoque la contrainte, la douleur, voire le chagrin ?

Et pourquoi tout l’art du management semble consister à rendre inaudible cette pourtant scandaleuse évidence : travailler revient toujours à se soumettre à une fi- nalité étrangère, jamais à la nôtre ? Il s’agissait d’interroger les formes actuelles du travail, les formes d’exploitation et les ressorts intellectuels ou techniques qu’elles utilisent et les formes d’organisations qui se construisent, s’élaborent et se mettent en place pour y faire face.

Cette journée « Tout le monde déteste le travail » a été un important succès avec une bourse du travail emplie à craquer, débordante avec tout au long de la journée entre 2 et 3 000 personnes qui sont venues participer aux conférences, tables-rondes, ateliers graphiques, projections et débats organisés en simultanée dans toutes les salles de la bourse. Une rencontre avec des syndicalistes de Solidaires (Sud PTT, Sud LIDL, Asso), des collectifs comme le CLAP, Blabla gréve, des invités internationaux comme la campagne «Make amazon pay» ou Callum Cant initiateur du mouvement européen des livreurs à vélo, des cher- cheuses/chercheurs, économistes, activistes et écrivains, et enfin les camarades de la ZAD et des syndicalistes des Pays de Loire. (il est possible de visionner cette journée ici http://chasseauxdrh.com/)

A travers ces deux journées ce sont des espaces de débat et réflexion qui se sont ouverts, à nous de nous en saisir et de les poursuivre. Les conséquences en terme d’outils à dispositions des salarié-es pour défendre leur santé et leurs conditions de travail après les lois régres- sives de 2016 et 2017 vont être considérables. Pour au- tant, les atteintes à la santé, les risques physiques et psy- chiques n’iront pas en diminuant, bien au contraire, il est donc vital de construire de nouvelles stratégies, de nouvelles alliances pour y faire face. Cela sera un des objectifs des nouveaux états généraux de la santé des travailleuses et des travailleurs auxquels Solidaires participera en mai 2018. Plus que jamais, ne plus perdre sa vie à la gagner est un enjeu essentiel.« 

  • L’usine Foxconn à Shenzhen en Chine : travailleurs et travailleuses exploités, un paradigme du capitalisme sans fard


Shenzhen est une ville du Sud-Est de la Chine, autrefois simple village, elle compte aujourd’hui 30 millions d’habitant-es venu-es des zones rurales les plus pauvres pour y trouver du travail. En 1978, la Chine autorise les investissements étrangers, notamment en provenance de Taïwan et de Hong Kong. De nombreuses usines y sont installées. C’est le cas du géant de la télécommunication taïwanais, Foxconn qui y produit les iPhones d’Apple et y emploie des dizaines de milliers de travailleurs et travailleuses. Les conditions de travail y sont telles que le nombre de suicides y augmente de façon catastrophique dans les années 2000, ce que les autorités locales ne peuvent plus feindre d’ignorer. Ces dernières font pression sur Foxconn pour augmenter le salaire moyen des ouvriers et ouvrières, qui va être doublé en 2010. Mais cela ne change rien aux conditions de travail effectives dans l’usine. Foxconn délocalise alors une partie de la production à l’ouest du pays, Zheng Zhou où la main d’oeuvre est moins « chère ». Pour l’usine de Shenzhen, Foxconn a alors une idée, embaucher des étudiant-es « en formation » : « l’avantage » est qu’ils et elles sont employé-es sur des périodes plus courtes, pendant les pics de production, qu’ils et elles ne se plaignent pas ou moins et sont de toutes façons remplaçables du jour au lendemain, le tout sous couvert de « formation professionnelle » et avec l’aval du gouvernement local. Les étudiant-es qui y travaillent décrivent des conditions dignes du 19è siècle : ils ne sont pas formé-es mais doivent tout de suite s’adapter à des cadences de travail calquées sur le taylorisme le plus poussé, avec des ouvrier-es plus expérimenté-es, des objectifs de production par jour irréalisables. Quand ces objectifs ne sont pas atteints, c’est non seulement celle ou celui qui n’y est pas arrivé qui est « puni » en ne touchant pas la misérable prime promise (et pourtant nécessaire, vu le niveau des salaires), mais aussi l’ensemble des autres travailleurs et travailleuses de son unité de production et leur supérieur hiérarchique. La pression est énorme, surtout qu’en période de pic de la production, avant la sortie d’un nouvel iPhone, en général de juillet à septembre et avant les fêtes de Noël, les journées de travail peuvent atteindre 15 heures ! Pour un salaire de 300 euros par mois, environ, ce qui est à peine de quoi vivre et se loger dans une ville où l’afflux des populations cherchant du travail et la spéculation immobilière sont énormes. Résultats : des accidents du travail, des mutilations, des burn out et dépressions, des suicides, à nouveau. Les heures supplémentaires lors des pics de production ou des week-ends… ne sont pas payées. Pour accroître encore ses bénéfices, Foxconn a robotisé ses chaînes, remplaçant 1/3 des ouvrières et ouvriers notamment délocalisés à Zheng Zhou. Les employé-es doivent s’adapter aux cadences des machines, les stratégies collectives qui consistaient à ralentir le travail de façon concertée pour souffler deviennent inopérantes, et les pressions physiques et psychologiques augmentent. Ils et elles ne peuvent pas compter sur le syndicat maison, affilié à l’AFCTU, confédération syndicale chinoise qui est une courroie de liaison de l’Etat. SACOM a mené des campagnes pour dénoncer cet état de fait, dont dernièrement pour la sortie de l’iPhone X, dont le« coûtdutravail» représente moins de 0,5% du prix de vente de l’objet de luxe. Solidaires y a modestement participé en organisant un rassemblement devant l’Apple store de St Germain à Paris le 3 novembre. Depuis des années SACOM dénonce les suicides, les accidents du travail et toutes les formes d’exploitation dont sont victimes les travailleuses et travailleurs du sous-traitant d’Apple. Apple, depuis, a annoncé dans The Guardian , une politique de « 0 tolérance » concernant le non-respect du droit du travail dans l’usine de Shenzhen. C’est une petite victoire, mais il restera à surveiller l’application de ces déclarations dans l’avenir.

Pour résumer, nous avons : une multinationale, Apple, qui fait appel à une autre multinationale, Foxconn, qui travaille en Chine et profite de la complicité de cet Etat autoritaire pour exploiter les travailleurs et travailleuses chinois. Un paradigme du capitalisme sans fard, tel qu’il tend toujours à rechercher les profits en méprisant l’humain avec la complicité de l’Etat. Et c’est le cas de très nombreuses multinationales à Shenzen et en Chine plus généralement. Comme ce dernier pays, du fait de la révolte de travailleurs et travailleuses au tournant des années 2010, a été contraint d’améliorer sa législation du travail, c’est maintenant vers la Cambodge, le Vietnam… que se tournent ces multinationales, à commencer par… les chinoises. Multinationales, exploitations multiples : Stop MultiXploitation !

  • Ce mois nous avons au sommaire:

3  Actualités

Reprendre la question du travail

4  Jurisprudences

• « Management disqualifiant et toxique » :l’Etat condamné
• Préconisations du médecin du travail et obligation de sécurité de l’employeur
• Les frais engagés sur prescription du médecin du travail ne sont pas automatiquement des frais professionnels
• Accident de mission : l’employeur doit prouver l’interruption de la mission pour motif personnel

5  Vu du terrain

• Drame de Tregunc : La Poste s’enfonce dans le déni
• Amiante dans la Tour Bretagne à Nantes : il est urgent de reloger les agents ! Amiante ou risque incendie…il ne faut pas choisir mais agir !
• Justice pour les salariés de SAFT
• Les soignants de Perrens disent « NON à la violence »

7  ici et Ailleurs

• Quelles stratégies syndicales développer face aux régressions du code du travail ? Réflexions et interpellations…

8  international

• Arrêter la gigantesque épidémie de cancers qui se prépare en Asie
• L’usine Foxconn à Shenzhen en Chine : travailleurs et travailleuses exploités, un paradigme du capitalisme sans fard

9  l’invité

Marc Loriol;  Quand les écrivains racontent les restructurations et la financiarisation des entreprises

11  Trois lectures d’un accident

ou à quoi sert le droit « protecteur » de la santé des travailleurs… épisode 3

12 Parutions

• Syndicalisme et santé au travail Quel renouvellement de la conflictualité au travail ? par Lucie Goussard, Guillaume Tiffon
• Les espaces du travail – Enjeux, savoirs, pratiques sous la coordination François Hubault
• La Revue Dessinée

Comme toujours, vous pouvez toujours adresser toutes propositions d’’articles, informations sur les luttes en cours, annonces de colloques et de parutions, idées et critiques à etvoilaletravail@solidaires.org

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Notre prochain bulletin est programmé pour … bientôt.

Bonne lecture

etvoilaletravail@solidaires.org

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