François Chérèque a déclenché une crise CFDT en 2003, puis colmaté la brèche

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François Chérèque, décédé le 2 janvier 2017, a parfaitement dirigé la CFDT dans la lignée de Nicole Notat de 2002  à 2014. Il a su aussi remonter la pente après la très grande crise issue de l’année 2003 et de son acceptation de la réforme Fillon sur les retraites.

 

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On sait que le « recentrage » initié par Edmond Maire en 1977-78, muté ensuite en accompagnement actif des contre-réformes libérales avec Nicole Notat, a plusieurs fois secoué la CFDT,  organisation très partenaire de la CGT de 1966 à 1978. Cette unité d’action CGT-CFDT reste encore aujourd’hui dans la mémoire des syndicalistes- Mai 1968 en est imprégnée-, même si une page semble tournée.

Après 1989, suite aux mouvements de luttes dans la poste et chez les infirmières (luttes combattues par la confédération), se créent les premiers syndicats sortant de la CFDT dans le sillage de SUD PTT. Après 1995 et le soutien de Nicole Notat à la réforme Juppé, ce mouvement s’amplifie avec SUD Rail et bien d’autres (territoriaux). Mais c’est suite à l’approbation en 2003 de la réforme des retraites impulsées par François Fillon, que des dizaines de milliers de syndiqués quittent leur centrale (70 000 environ), et que celle-ci enregistre aussi des baisses importantes de résultats à certaines élections professionnelles. Dans la santé notamment, syndicat d’origine de François Chérèque, la fédération CFDT Santé-Sociaux baisse de 5 points à la fin de l’année 2003.

La brutalité de la décision CFDT le 15 mai 2003 est en effet sidérante. Alors que la mobilisation était à son maximum le 13 mai avec 2 millions de personnes dans la rue (les chiffres varient bien sûr selon les sources), et cela dans un cadre unitaire large (CGT, CFDT, FO, FSU, UNSA, Solidaires) construit depuis janvier, en deux jours, François Chérèque signe la fin du combat commun. Il négocie secrètement avec Matignon et Fillon, et accepte le 15 mai  ce qui avait été battu en 1995 pour les salarié-e-s du public (annuités de cotisations), en échange de promesses sur la pénibilité qui mettront des années avant de se négocier très…péniblement.  Cette rupture d’unité d’action, notamment entre CGT et CFDT , inaugurera une période de forte distanciation entre Bernard Thibault et François Chérèque, Thibault s’estimant avoir été victime d’une « absence de loyauté » , même si dans son livre d’entretiens  Ma voix ouvrière (Stock-2005), où il revient en détail sur cet épisode, il ne cautionne pas tout à fait le terme de « trahison » proposé par ses intervieveurs (les journalistes Marcel Trillat et Pierre-Marie Thiaville). Il convient aussi de noter que la bataille commune contre cette réforme annoncée par le gouvernement Raffarin avait été préparée très en amont, à la fin de 2002, entre les directions CFDT et CGT, notamment par des échanges approfondis (un livre de débats par exemple) entre Jean-Marie Toulisse (CFDT) et Jean-Christophe Le Duigou (CGT), au point que ce « rapprochement » avait été interprété comme le signal d’une entente plus stratégique (quoique toujours démentie par Bernard Thibault).

Suite à cette crise, la direction CFDT parvient ensuite à modifier un peu son image, et notamment celle du syndicaliste François Chérèque (« chaleureux, mais combatif » dit Bernard Thibault aujourd’hui), qui dans le conflit de 2006 contre le Contrat première embauche (CPE) est allé jusqu’au bout de la dynamique de lutte, et donc jusqu’à la victoire.  En 2009 également (crise de la finance mondiale), puis en 2010 contre Sarkozy, la CFDT n’a pas voulu cautionner symboliquement les contre-réformes de la droite en les approuvant bruyamment (comme en 1995 et 2003), alors même que sur le fond du dossier, elle était en désaccord profond avec une partie importante de l’intersyndicale (par exemple en défendant un système de retraites par points ou par comptes notionnels comme en Suède, opinion qu’elle n’a pas mis en avant).

Il a donc fallu plusieurs années pour que la CFDT se redresse. François Chérèque a visité après 2003 un très grand nombre de syndicats et de structures CFDT, pour assoir son leadership. Le système directionnel de la CFDT a été traversé d’un débat de consolidation stratégique, en admettant une certaine crise de son modèle, et un pallier atteint dans l’audience. Le fameux rapport sur 20 ans de CFDT (« Oser débattre« ) , prononcé par Marcel Grignard très en amont du congrès confédéral de juin 2010, en atteste. Il décrit un « syndicalisme qui ne va pas bien » (y compris la CFDT) et estime que des « révisions déchirantes » seront nécessaires, pour assumer totalement ce que doit être la CFDT.

Mais il est difficile de percevoir vraiment ce que doivent être ces « révisions« , à moins que ce soit l’approfondissement encore plus net du rôle d’intermédiation du syndicat entre salariat et pouvoirs de toute nature (patronal et politique), et donc anticipation des contre-réformes. C’est en tout cas ce qui caractérise la gestion de Laurent Berger, qui succède à François Chérèque au 48ème congrès de 2014. Il n’est pas certain que tous les syndicalistes CFDT et tous les syndicats cautionnent cette consolidation sur le terrain, comme on a pu le voir dans les cortèges du printemps 2016, où se joignaient parfois des structures CFDT. Mais si débat il y a encore dans la confédération sur sa stratégie, il tarde à s’exprimer de manière claire sur le plan national.

Jean-Claude Mamet

 

 

 

 

 

 

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