Interview croisée de Fabrice Angei (CGT) et Pascal Pavageau (FO)

Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+Share on LinkedInEmail this to someonePrint this page

L’Humanité a publié une interview croisée de Fabrice Angei (bureau confédéral CGT) et Pascal Pavageau (bureau de FO) à propos de la journée du 16 novembre 2017.

670px-L'Humanité.svg

Grèves. Un front syndical élargi pour le 16 novembre

Entretien réalisé par Sébastien Crépel et Pierric Marissal
Jeudi, 26 Octobre, 2017
L’Humanité

En 2016, la CGT et FO défilaient ensemble contre la loi El Khomri. Elles uniront à nouveau leurs forces le 16 novembre. Mathieu Alexandre/AFP

En 2016, la CGT et FO défilaient ensemble contre la loi El Khomri. Elles uniront à nouveau leurs forces le 16 novembre. Mathieu Alexandre/AFP

Force ouvrière a rejoint la CGT et Solidaires sur le front de la mobilisation contre les projets gouvernementaux. Six organisations appellent à se mobiliser le 16 novembre. Entretien avec Fabrice Angéi, secrétaire confédéral de la CGT et Pascal Pavageau secrétaire confédéral de FO.

La CGT, Solidaires, et, pour la première fois depuis le lancement des ordonnances sur le Code du travail, Force ouvrière, appellent ensemble à des grèves et des manifestations interprofessionnelles unitaires le 16 novembre, avec l’Unef, l’UNL et la Fidl. Tandis que la réécriture du Code du travail est loin d’être achevée, le front de la mobilisation s’élargit face aux nouveaux dangers des projets gouvernementaux de refonte de l’assurance-chômage, de la formation professionnelle et de l’apprentissage, et des budgets d’austérité pour l’État et la Sécurité sociale, Dans leur appel commun à se mobiliser, ouvert à qui veut s’y associer, les organisations signataires dénoncent « une politique libérale visant à accroître les inégalités au profit d’une minorité », en pointant les « dispositions inacceptables des ordonnances », la « modération salariale » et « l’augmentation de la CSG », « l’instauration d’une sélection à l’entrée de l’enseignement supérieur », etc. Entretien avec Fabrice Angéi et Pascal Pavageau, qui représentaient respectivement la CGT et FO à la réunion intersyndicale de mardi soir.

Après plusieurs journées d’action auxquelles FO n’a pas participé, sur quelles bases l’appel intersyndical à se mobiliser le 16 novembre a pu voir le jour ?

Fabrice Angéi Nous partageons avec l’ensemble des signataires la même analyse concernant la situation économique et sociale du pays, comme sur la politique menée par ce gouvernement, au service des plus riches et des actionnaires, au détriment des travailleurs. Nous dénonçons tous également la fragilisation de nos services publics, avec les attaques contre les hôpitaux publics et plus largement la baisse du budget de la Sécu… Nous sommes tous d’accord pour dire que cette politique est libérale et vise la casse de notre modèle social. Cela a démarré avec les ordonnances qui, on le rappelle, ne sont toujours pas ratifiées. Et le reste des décrets et des réformes à venir va dans le même sens. Nous estimons nécessaire de dire « stop » tous ensemble. Nous tenons aussi à ouvrir d’autres perspectives de progrès social. On sent que l’attente est forte, on le voit dans les entreprises, dans les sondages, dans la baisse de popularité du gouvernement.

Pascal Pavageau FO a participé à la réunion de mardi avec le mandat donné par son comité confédéral national fin septembre d’appeler à une mobilisation interprofessionnelle, si possible dans l’unité, avant la ratification des ordonnances. La date du 16 novembre que nous avons proposée a été retenue. Le contenu de l’appel porte à la fois sur les nombreuses mesures inacceptables contenues dans les ordonnances, et sur les risques pesant sur les droits à l’assurance-chômage à la formation professionnelle, sur le service public et la protection sociale. C’est toute une politique ultralibérale qui est menée en faveur de quelques-uns et au détriment de tous les autres. Bien sûr, tout n’a pas commencé en avril 2017, mais on sent une poursuite et une accélération de cette logique de casse de nos fondamentaux. C’est tout notre modèle social basé sur le droit collectif qui est attaqué par des logiques d’individualisation des droits et du chacun pour soi.

Quels seront les mots d’ordres communs ? Des divergences subsistent-elles entre les syndicats ?

Pascal Pavageau Que l’on ne soit pas systématiquement d’accord sur tout, ce n’est pas nouveau et c’est normal car on ne met pas forcément tous le curseur au même endroit : c’est aussi ce qui fait la richesse du syndicalisme français, à savoir sa diversité et son pluralisme. Par contre, sur l’essentiel, il n’y a pas de divergence, c’est ce qui explique que six organisations, peut-être sept ou huit demain, se retrouvent dans un appel commun. Par ailleurs, le fait que certains syndicats ne s’accordent pas sur les modalités d’action n’empêche pas le diagnostic commun concernant, par exemple, l’étatisation de l’assurance-chômage, que tous rejettent unanimement.

Fabrice Angéi Chacun voit que les ordonnances sont au service des employeurs et précarisent les salariés. Il y a peut-être des différences de formules, mais nous nous opposons tous aux ordonnances. Elles seront donc au cœur de la journée du 16 novembre, mais pas seulement. Notre appel ne tourne pas la page, le combat continue, mais il dépasse ce cadre. Il exige de nouveaux droits et garanties, et s’oppose à une politique de précarisation et d’accroissement des inégalités. L’agenda à venir, particulièrement avec la réforme de l’assurance-chômage, s’inclut parfaitement dedans. Cet appel n’est pas fourre-tout, il réplique à une politique libérale cohérente et globale du gouvernement.

La stratégie du gouvernement est d’enchaîner les réformes et d’imposer son propre calendrier. Comment y répondre ?

Fabrice Angéi C’est effectivement sa stratégie de saucissonner ses réformes et de les échelonner dans le temps. Cela va très vite. Le gouvernement veut boucler les discussions sur la réforme professionnelle et l’apprentissage, avec les syndicats et le patronat comme avec les régions avant le 15 janvier 2018. Et on ne sait toujours rien du détail de sa feuille de route à ce sujet, à part concernant l’apprentissage, où l’on connaît les thèmes de quelques ateliers de travail prévus. Puis, à partir de janvier, ce sera au tour de l’assurance-chômage. Tout est segmenté mais pourtant, tout fait partie du même projet de casse en profondeur de notre système social. Une mesure ne chasse pas l’autre, elles s’accumulent. C’est pour cela que notre appel se veut large. La lutte est loin de s’arrêter. Nous devons tisser les liens entre ces réformes et montrer leur cohérence, vers quelle société ce gouvernement veut nous mener, faite de miniboulots et de loi de la jungle. Et proposer notre modèle, centré sur la solidarité.

Pascal Pavageau Premièrement, les ordonnances n’ont pas encore été ratifiées. Deuxièmement, il y aura une multitude de décrets et de textes d’application. Le 16 novembre se situe à la fois au cœur de la procédure d’adoption des ordonnances, au démarrage des discussions sur la formation professionnelle et l’apprentissage, et en plein examen du projet de loi de finances. Et alors que l’intersyndicale de la fonction publique doit se réunir demain jeudi, nous considérerions comme totalement cohérent que le 16 novembre mobilise aussi contre les attaques des services publics.

Après les mobilisations sectorielles de ce mois d’octobre, comment renforcer la convergence des luttes ?

Pascal Pavageau Si nous lançons un appel à la mobilisation interprofessionnelle, c’est évidemment dans l’intention de permettre que celles et ceux dont les combats vont dans le même sens ou s’opposent à la même réalité de façon sectorielle, que ce soit contre les dispositions des ordonnances ou encore contre l’austérité budgétaire, puissent se regrouper. Mobilisation interprofessionnelle ou secteur par secteur, les deux sont nécessaires, il faut avancer sur ses deux pieds, comme le montre le succès obtenu par les routiers.

Fabrice Angéi Il faut tenir à la fois les mobilisations sectorielles et des moments de mobilisation interprofessionnelle. On le répète, pour qu’il y ait convergence des luttes, il faut qu’il y ait des luttes. Et elles partent des entreprises, des services publics, des étudiants… Il faut les renforcer et tisser des liens entre elles pour aller vers une remise en cause plus globale des politiques libérales. Cette convergence ne se décrète pas du sommet, elle se travaille. Les routiers et les travailleurs du portuaire ont réussi à sanctuariser au niveau de la branche les droits existants, mais ils n’en ont pas gagné de nouveaux et sont toujours fragilisés par d’autres aspects des réformes. Ils l’ont bien compris et continuent la lutte. Ils sont devenus un point d’appui et la preuve qu’on peut faire reculer ce gouvernement.

Peut-on espérer un élargissement de la mobilisation d’ici au 16 novembre à d’autres organisations syndicales ?

Fabrice Angéi Notre appel est ouvert aux autres syndicats. La FSU doit consulter ses instances de direction avant de se positionner. Mais on s’adresse aussi aux organisations de retraités, de jeunesse… Et à tous les salariés, membres ou non des autres organisations syndicales comme la CFDT ou l’Unsa, qui seront évidemment les bienvenues le 16 novembre s’ils veulent se mobiliser. Nous pensons que cet appel peut permettre d’unir tous les salariés. Nous allons continuer à le diffuser pour que les travailleurs s’en emparent massivement, et faire mentir tous les Cassandre qui prédisaient l’essoufflement du mouvement. Les réformes s’échelonnent dans le temps, donc la lutte est loin de s’arrêter, de s’essouffler.

Pascal Pavageau La FSU et la CFE-CGC ont souhaité qu’on leur adresse notre appel commun et elles se positionneront certainement dans les jours qui viennent, cette décision leur appartient, mais dans l’absolu, n’importe quelle organisation syndicale ou de jeunesse qui le souhaiterait sera la bienvenue. C’est tout l’intérêt et le principe d’un appel comme le nôtre. En ce qui nous concerne, la mobilisation se poursuivra au-delà du 16 novembre dans les concertations sur les décrets qui sont aussi un lieu du rapport de forces, et par des recours juridiques contre certaines dispositions. Mais le fait que les organisations syndicales se voient pour discuter de ce qu’elles estiment qu’il faut combattre, c’est quelque chose qui se poursuivra fin 2017, en 2018, etc.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *