Crise de la CGT à PSA-Stellantis

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Les crises du fonctionnement démocratique semblent s’accumuler à la CGT (voir ici notre article : https://wp.me/p6Uf5o-4F0). Une commission est mise en place suite au dernier Comité confédéral national (CCN). Au vu des multiples crises qui la traversent sur ce plan, c’est probablement une bonne chose. Mais aussi le symptôme alarmant d’un danger. L’exemple de la CGT PSA Poissy, en conflit avec sa fédération et son Union départementale, le démontre.

CGT : les crises démocratiques (ici : la CGT PSA Poissy)

Jean-Claude Mamet

Les vidéos ci-dessous témoignent de l’ampleur d’une crise dans un syndicat de la métallurgie CGT, pas n’importe lequel : la CGT-PSA Stellantis à Poissy (78). La première  est celle d’un secrétaire fédéral expliquant pourquoi un deuxième syndicat a été mis en place à Poissy. L’autre montre une Assemblée de délégué-es CGT venant des usines PSA, qui s’est déroulée dans le patio de la confédération à Montreuil, et qui indique que la très grande majorité des mandatés CGT PSA s’opposent à la décision fédérale.

Il serait présomptueux de prendre parti ici sur l’origine et le fond de la crise qui traverse la Fédération des métaux CGT, l’Union départementale (UD) CGT des Yvelines (78), à propos du syndicat de l’usine PSA-Stellantis à Poissy. La fédération a purement et simplement crée un autre syndicat à la place de celui qui était animé, entre-autre, par Jean-Pierre Mercier, délégué syndical central (DSC) pour les usines du groupe PSA, très connu à ce titre mais aussi comme militant politique (de Lutte ouvrière) et qui a été démandaté par sa fédération. Ce n’est donc pas une petite affaire, car sa légitimité est forte.

Cette crise attire l’attention car elle surgit dans une entreprise ancienne (plus de 40 ans d’histoire PSA) avec encore 3500 salarié-es sur le site. Il semble par ailleurs que Carlos Navares, le PDG multimillionnaire de Stellantis, projette d’en développer les effectifs dans le secteur tertiaire (la recherche), tout en supprimant des emplois dans le groupe. Il s’agit donc d’une implantation de secteur privé sur laquelle la confédération CGT devrait mettre toute sa vigilance, au moment où la CGT peine à recruter, et même alerte ses syndicats sur le recouvrement de plus en plus tardif des cotisations.

La prépondérance des « structures » sur la base ?

Les désaccords sur la pratique syndicale du syndicat CGT de cette usine étaient certes anciens et répétitifs. Le syndicat revendiquait 270 syndiqués. Il lui était reproché de vivre dans une certaine distance voire une certaine autarcie par rapport aux « structures » de la CGT : union départementale et direction de la fédération. Il était aussi reproché à J.P. Mercier de marquer sa pratique syndicale de ses convictions politiques. Des élus et des syndiqués s’en sont plaints, se sont désaffiliés, et ont même trouvé refuge directement à l’Union locale de Poissy, en demandant un congrès extraordinaire. Les tensions se sont donc amplifiées, doublées de problèmes de cotisations.

Le syndicat animé par J.P. Mercier (DSC) et Farid Borsali (secrétaire général) a convoqué un congrès « extraordinaire » le dimanche 14 novembre 2021, pour conforter son orientation. 193 syndiqués y étaient présents selon le syndicat, ainsi que les représentants de 12 syndicats du groupe PSA-Stellantis en France (sur 15). La fédération et l’UD reprochent au syndicat de ne pas avoir voulu organiser ce congrès en amont avec les « structures ».  En décembre 2021, la direction de la Fédération métaux et l’UD 78 organisent donc un autre congrès « extraordinaire » affichant 137 présents, notamment 56 syndiqués PSA organisés à l’Union locale de Poissy. Elle demande à tous les syndiqués de rejoindre « librement » (note interne) ce nouveau syndicat qu’elle vient de créer.

A partir de ces deux congrès opposés, la crise explose. La Fédération et l’UD ne reconnaissent pas le congrès du 14 novembre, ni donc le syndicat CGT. Le mandat de J.P. Mercier est retiré, un autre Délégué syndical central (DSC) est désigné. Des courriers incendiaires sont échangés, des accusations, une pétition de protestation circule, le congrès de la fédération CGT métaux au début 2022 (où JP Mercier intervient pour dénoncer les pratiques) entérine la situation, malgré le fait qu’un membre du bureau fédéral appelle à « dégager une solution qui ne divise pas la CGT ». Il semble aussi que la direction confédérale (Philippe Martinez était présent au congrès) recherche la voix d’un « dialogue ».

Dans une note interne, la fédération rappelle les statuts CGT. L’article 8 précise que « la création d’un syndicat ne doit pas venir concurrencer une implantation syndicale existante sur le même périmètre ». Ce qui semble être le cas !

Dernier épisode : une Assemblée générale des délégués CGT des différents établissements PSA-Stellantis s’est tenue dans le patio de confédération CGT à Montreuil (voir ci-dessous la vidéo mouvementée de cette réunion, ainsi qu’une explication de Michel Ducret, du bureau fédéral). L’Assemblée montre que les syndicats CGT du groupe se sont réunis et se sont prononcées très largement pour maintenir Jean-Pierre Mercier Délégué syndical central : 223 voix pour, 31 contre.

Que conclure ?

La CGT est traversée par de nombreuses situations de conflits très durs. Nous avons déjà évoqué les près de 498 délégué-es démandaté-es à Paris par la Fédération des services publics (lire : https://wp.me/p6Uf5o-4F0). En plus de la situation à PSA-Stellantis, qui dépasse nettement le site de Poissy, il est également possible de citer les tensions récurrentes dans la Fédération du commerce, et plus récemment dans la Fédération du livre.

Ces descriptions révèlent que les murs de la CGT se lézardent. C’est le symptôme d’une crise du projet et d’orientation. Mais, comme dans toute organisation, quand les procédures démocratiques de règlement des divergences ne font plus autorité ou consensus, un certain « autoritarisme » prend le dessus. Mauvais présage.

 

  • Première vidéo : Michel Ducret, bureau fédéral métallurgie.

  • Deuxième vidéo : l’assemblée des mandatés CGT dans les usines PSA, réunie dans le patio de la confédération à Montreuil.

 

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