Contribution de Bruno Lemerle sur la situation du syndicalisme

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Bruno Lemerle a été secrétaire du syndicat CGT de l’usine Peugeot Sochaux (9000 salarié-es aujourd’hui, 40 000 au début des années 1980). Il a fait un exposé sur la situation actuelle du syndicalisme à Besançon (Doubs), dans un débat organisé par le mouvement Ensemble! (Mouvement pour une alternative de gauche solidaire et écologiste). Il analyse de manière très pédagogique les résultats des élections professionnelles, la difficulté très grande pour construire des syndicats de lutte aujourd’hui dans les entreprises, et les problèmes soulevés par les clivages stratégiques nationaux entre organisations.

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Ci-dessous : Bruno Lemerle

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  • Extraits :

 

Sur les résultats de représentativité :

[…]

« 

  • Elections TPE : Elles ont eu lieu après l’adoption de la loi El Khomri, et elles ont été remportée par la CGT. Mais ce qui frappe c’est que 92 % des inscrits n’ont pas voté. Sur 4 500 000 inscrits on a 320 000 exprimés.

Bien sûr, on pourra dire que les conditions du vote, reporté entre Noël et Nouvel an n’étaient pas favorable, mais il faut surtout mesurer le grand éloignement de tous ces salariés vis-à-vis du fait syndical, et cela quelle que soit l’organisation. J’en reparlerais.

Et mesurer la faiblesse d’une mesure de la représentativité syndicale basé sur 8% de votants. Et noter que l’avance en voix que la CGT avait eu dans ces élections en 2012 s’est rétrécie par la baisse de la participation.

 

  • Des élections pour les Comités d’entreprise ou à défaut pour les délégués du personnel dans les entreprises de 11 salariés et +. La participation est plus importante, car le syndicat a une réalité quotidienne, la présence du délégué. Il plait ou il ne plait pas mais dans la majorité des cas, on le connait. Sur 8 700 000 inscrits on a 4 900 000 exprimés (environ 60 %)

Mais ces élections aussi pose un problème. Contrairement aux élections prud’homales où j’avais le choix entre tous les syndicats, dans mon entreprise je ne peux voter pour un syndicat que s’il est présent dans mon entreprise. Si je suis favorable à un syndicat mais que ce syndicat ne présente pas de candidat dans mon entreprise, je devrais me rabattre sur un autre. Idem si le syndicat de mon choix est présent dans mon entreprise mais ne l’est pas dans mon collège électoral.

Les statistiques électorales nationales montre si on comptabilise les salariés qui avaient la possibilité de voter CFDT, par rapport à ceux qui avait la possibilité de voter CGT, il y en a 500 000 salariés de plus qui avait la possibilité de voter CFDT.

Le résultat ne dépend donc pas seulement de l’avis des salariés mais de la capacité syndicale à présenter des candidats dans un maximum d’entreprise, et dans toutes les catégories professionnelles.« 

Sur la difficulté à s’implanter dans les entreprises aujourd’hui :

« Avec l’évolution du système économique, les forteresses ouvrières sont disloquées. Le site Peugeot de Sochaux comptaient plus de 40000 salariés sous statut Peugeot en 1979, il en compte maintenant moins de 9 000 :

  • L’entreprise est éclatée entre une maison mère, donneuse d’ordre, essentiellement composé de techniciens ingénieurs et cadre qui ont la maitrise de la synthèse du processus de production. Chez Renault, le premier syndicat est maintenant la CFE/CGC
  • Et une foule de sous-traitants, spécialisé dans telle ou telle sous-tache élémentaire. Une sous-traitance qui a d’abord touché des activités productives ou de maintenance d’installation mais qui touche maintenant aussi la R et D

La où nous avions un corps social relativement homogène mais en tout cas, avec un seul employeur et soumis aux mêmes règles, nous avons maintenant une multitude de petites unités, avec une multitude de statut, et dépendante de l’attribution du prochain marché du donneur d’ordre.

La où nous avions la possibilité de constituer des équipes syndicales solides de plusieurs dizaines de camarades, nous devons compter sur des sections syndicales éparpillées, reposant sur les épaules d’un ou 2 militants.« 

L’équipe syndicale CGT Sochaux

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Sur la discrimination antisyndicale :

« Dans les grandes entreprises, nous avons les moyens de résister à la discrimination syndicale. Mais quand il s’agit de créer un syndicat dans une entreprise de taille moyenne, c’est le parcours du combattant.

Exemple de la fonderie CastMétal : création d’un syndicat CGT en 2015, 5 procédures de licenciements. Plusieurs semaines de grèves pour tenter d’obtenir la réintégration. Et la reprise du travail sans avoir gagner. Bien sûr nous avons ensuite obtenu devant les tribunaux la réintégration de nos 5 camarades, mais dans le Pays de Montbéliard ce qui reste dans la tête de nombreux salariés, ce n’est pas que la CGT a gagné, c’est que même si c’est dégueulasse, créer un syndicat CGT c’est prendre des risques importants.

 

La CGT sort affaiblie des transformations sociologiques. Les implantations SUD et FSU dans le privé restent très limitées. La CFDT, historiquement et notamment du fait de ces racines dans le syndicalisme chrétien est mieux implantés dans les catégories en développement de techniciens et cadres. Depuis son recentrage la CFDT bénéficie d’une bienveillance patronale et a mené une politique construite d’implantation dans les entreprises moyennes alors que la CGT d’une part n’a pas eu de véritable politique dans ce sens et y est victime d’une discrimination syndicale.

Maintenir et développer une implantation syndicale dans un salariat où la proportion cadre est plus importante mais aussi dans un salariat explosé en multiples structures et précarisé, demande un plan de travail sérieux et surtout de faire ressortir de leurs entreprises des équipes militantes qui s’y sont progressivement enfermées. « 

Le syndicalisme d’accompagnement : comment il marque des points :

« Cette négociation d’accompagnement est une négociation qui est en permanence sur le recul. On abandonne le code du travail pour se replier sur les accords de branche, on abandonne les accords de branche pour se replier sur les accords d’entreprise, on abandonne les accords d’entreprise pour se replier sur les garanties individuelles.

A titre d’exemple, lors de la remise en cause d’un avantage acquis, la négociation visera à ce que le nouveau système, moins favorable, ne s’applique pas à ceux qui sont déjà dans l’entreprise, mais seulement aux nouveaux entrants. La défense de l’individu se substitue peu à peu à la défense collective et à l’intérêt général.

L’exemple de la loi Fillon illustre ce raisonnement. Lorsque Fillon décide d’allonger progressivement la durée de cotisation nécessaire pour avoir le droit à la retraite, la CFDT négocie un système carrière longue qui permet à ceux qui sont proche de la retraite, et qui sont les plus mobilisés, de ne pas être impactés. Le système carrière longue meurt de lui-même puisqu’au fur et à mesure de l’allongement de la durée de cotisation plus personne ne peut en remplir les conditions (43 ans de cotisations à 60 ans !), et le tour est joué.

La réforme est passée, les nouvelles durées de cotisations sont en vigueur, mais la CFDT peut se vanter d’avoir obtenu un dispositif favorable, même si celui-ci n’est que très transitoire.

Cette nouvelle stratégie ne va pas de soi dans la CFDT, et cette évolution se fait au prix d’une reprise en main de l’organisation qui est devenu extrêmement centralisée, ne créant plus de syndicat d’entreprise qui avait leur autonomie, mais des sections syndicales qui n’ont pas de personnalité juridique.« 

 

Sur les perspectives du syndicalisme de lutte :

 

« J’ai dressé un tableau des difficultés rencontrées.

Mais ce qu’il faut souligner, c’est la capacité de résistance du syndicalisme d’émancipation.

Lors de l’effondrement du système soviétique, les observateurs avaient prédits que la CGT, du fait de ses liens avec les communistes, allait s’effondre, se disloquer et disparaitre du paysage, en tout cas, en tant que force syndicale influente, capable de mobiliser, et ne serait plus qu’une petite organisation de nostalgiques protestataires et incantatoires.

Cela n’a pas été le cas.

Et nous avons même de nombreuses raisons de penser que pour le syndicalisme de transformation sociale le point bas est passé, que nous sommes dans une nouvelle dynamique.

Par rapport aux évolutions sociologiques,

Même si beaucoup reste à faire, la prise en compte des catégories techniciennes et cadres , campagne sur la déconnection,… Sophie Binet, est une des figures montantes de la CGT-cadre, et de la CGT tout court.

Le lien avec la jeunesse et les salariés des petites entreprises, notamment avec l’utilisation des outils numériques. On a encore à faire, mais l’objectif que chacun est son syndicat dans sa poche, dans son portable.

Le travail avec les organisations de jeunesses, UNEF, UNL.

Les limites de l’individualisation:  alors qu’on nous a vanté le tous autoentrepreneurs, nous voyons les chauffeurs UBER, les livreurs de Pizza, revendiqué la reconnaissance du lien de subordination.  » 

[…]

Partager un peu d’histoire : mai 1968 à Sochaux :       

https://youtu.be/Ar_csNtmd2Q

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