Election à la présidence du CESE : la déclaration de Gérard Aschieri

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L’élection à la présidence du Conseil économique, social et environnemental (CESE) a eu lieu le 1er décembre dernier. Patrick Bernasconi (MEDEF) a été élu avec 131 voix; il était soutenu par les organisations patronales et les syndicats CFDT, CFE-CGC, UNSA et CFTC. Jean-Paul Delevoye, président sortant, ancien ministre sous Raffarin, ancien médiateur de la République, soutenu par FO, a recueilli 63 voix. Gérard Aschieri, ancien secrétaire général de la FSU, soutenu par la CGT, la FSU et Solidaires, a recueilli 30 voix. Il nous a fait parvenir sa déclaration de candidature et nous l’en remercions.

 

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Lire le discours : discours élection cese revu 2-1

 

 

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Chers collègues,
Je me félicite que l’occasion soit donnée aux trois candidats de s’exprimer parallèlement et publiquement devant l’ensemble des conseillers, même si je regrette qu’il n’ait pas été possible, eu égard à nos règles de fonctionnement, de parvenir à un consensus pour que soit offerte une possibilité d’expression aux conseillers eux mêmes.
C’est que selon moi notre assemblée est fondamentalement un lieu de débat et je pense que l’élection du président doit être, dans un contexte de fort renouvellement, l’occasion d’un premier échange sur son fonctionnement et sur le projet qui doit l’animer : un débat de fond qui a besoin d’être apaisé et sérieux, loin de tout affrontement.
Dans une situation de crise telle que nous la traversons, nous avons plus que jamais besoin de ces lieux de débat et de construction du vivre ensemble- je dirais même du « faire ensemble ». Le CESE doit plus que jamais être l’un d’entre eux en renforçant ce qui fait sa spécificité : l’originalité de sa composition est le gage de sa légitimité et de sa représentativité parce qu’elle est le reflet de la société civile dans toute sa diversité et sa complexité. Cette diversité, qui constitue une véritable richesse, a été encore renforcée par la réforme intervenue en 2010 qui en fait la seule assemblée constitutionnelle où est reconnue, entre autres, une place aux organisations de protection de la nature et aux organisations de jeunes et où les femmes représentent désormais quasiment la moitié des membres. Nous devons également en tirer des conséquences en termes d’organisation, de responsabilité et de fonctionnement : par exemple les règles de parité doivent aboutir à favoriser effectivement la présence des femmes et non la limiter de façon absurde et elles doivent se traduire par un égal accès aux responsabilités
Cette diversité d’expériences, d’options, d’approches des problèmes est ce qui rend notre conseil légitime dans sa mission d’éclairage du débat public sur des sujets de société extrêmement diversifiés et ce qui lui permet d’intégrer dans sa réflexion la dimension du temps long.
Il ne s’agit pas de dialogue social au sens où on l’entend généralement : je suis tenté plutôt de parler de dialogue de société.
Et en cela notre assemblée, la troisième assemblée de la République, ne peut pas se réduire à des oppositions binaires : majorité contre minorité, gauche ou droite, salariés ou employeurs …pas plus qu’elle ne peut supporter une quelconque tentative de confiscation ou d’instrumentalisation, qu’elle soit interne comme externe. Les logiques de camps antagonistes peuvent se révéler au contraire mortifères.
Mon expérience de direction d’une organisation syndicale qui se revendique unitaire et qui s’est donné pour règle la recherche de la synthèse, avec l’obligation pour toute décision de recueillir 70% des exprimés, tout comme mon expérience des cinq ans que j’ai passés et où j’ai travaillé dans notre assemblée m’ont montré toute le bénéfice qu’apporte à chacun le fait d’écouter tous les points de vue, d’essayer de comprendre ce qui motive les positions divergentes voire antagonistes et de rechercher ce qui peut être commun sans pour autant pousser sous le tapis les désaccords.
C’est de cette façon, en nous appuyant sur la richesse de notre diversité et sur notre capacité de débattre sans exclusive, que nous pouvons ambitionner de placer le CESE dans une situation digne des institutions de la République : être à l’écoute des besoins de la société, et contribuer à rétablir de la confiance.
Et nous avons besoin de progresser pour jouer pleinement ce rôle et le voir reconnu par les responsables politiques comme par les citoyens, qui nous voient trop souvent comme un cénacle peut-être sympathique mais dont on a du mal à percevoir l’intérêt.
Même si nombre de préconisations contenues dans les avis adoptés par le Conseil ont trouvé un écho dans des projets de lois, le CESE doit continuer de porter son attention sur une meilleure visibilité de ses travaux, une meilleure compréhension de son rôle et de ses missions. Renforcer son efficacité au service du bien commun et de la Nation est l’ambition que nous devrons développer collectivement au cours de la prochaine mandature.
Cela implique de travailler à une mise en perspective et en mouvement de notre conseil pour mieux construire un outil adapté aux réalités sociétales actuelles, tout en étant capable d’anticiper l’avenir.
Lorsqu’on écoute ou lit les déclarations des uns et des autres, lorsqu’on prend connaissance du bilan de la mandature précédente, mais aussi des contributions des sections et délégations ou de certains groupes, on a vite fait de constater qu’il existe un assez large consensus sur ce qu’il faudrait faire.
Je souhaite simplement insister sur quelques points.
Par exemple, nous avons besoin de nous donner collectivement des priorités pour les sujets que nous voulons traiter afin d’éviter l’inventaire à la Prévert que semble parfois constituer la liste de nos travaux. Il est également indispensable de réfléchir aux moyens d’associer la société à nos travaux en développant un certain nombre d’expériences intéressantes qui ont été initiées dans la mandature précédente et en réfléchissant sur la façon de faire vivre la saisine citoyenne. Nous devons aussi impérativement renforcer les moyens dont les sections et délégations ont besoin pour fonctionner, qu’il s’agisse de personnels, de liens avec la recherche ou de documentation, car c’est là qu’est le cœur de notre activité. Une réforme du présentéisme qui a commencé à être débattue doit également contribuer à cette recherche d’efficacité nouvelle tandis qu’une réflexion de l’ensemble des groupes sur le format des séances plénières pourrait aider à les rendre dynamiques et interactives.
Ces idées, comme je l’ai dit, font probablement l’objet d’un large consensus parmi nous. Elles ne sont la propriété de personne. Elles ont besoin d’être débattues et enrichies par tous.
La vraie question selon moi n’est pas tant celle du programme mais de la façon dont on peut le mettre en œuvre. Et il n’y a pas d’autre méthode que celle qui passe par la transparence, le débat et la construction collective, bref la collégialité.
La mission du président dans cette perspective ne peut être d’apporter des solutions toutes faites mais de faire vivre le débat et garantir cette collégialité : en posant les questions, en faisant que chacun puisse s’exprimer et entendre les autres et en étant capable de proposer des synthèses. Cela implique d’être bien en phase avec ce qu’est le conseil, d’avoir comme préoccupations permanentes celles de l’équilibre, de l’apaisement, du dialogue et de l’intérêt général. Cela implique, sans renoncer à ses engagements et à ses appartenances de ne pas être l’homme ou la femme d’un camp.
C’est dans cet état d’esprit et avec le sentiment d’en être capable que je me présente à vos suffrages.
Pour terminer je souhaite exprimer deux convictions et un engagement ; la conviction que, quel que soit le résultat du vote, celui qui sera élu aura la responsabilité de rassembler et de surmonter les antagonismes mais aussi la conviction que chacun d’entre nous devra avoir cette préoccupation à l’esprit; l’engagement est de m’efforcer d’y contribuer quelle que soit la place qui sera la mienne.

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