Holiday Inn : une grève exemplaire, un impact international

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L’Evènement syndical, journal de la confédération syndicale suisse UNIA, fait un reportage sur la venue devant un hôtel genevois des grévistes de Holliday Inn de Clichy, en grève depuis le 19 octobre, soutenus la CGT hôtels de prestige et par la CNT Solidarité ouvrière. Comme le dit l’article, « après Barcelone, Londres et Bruxelles, la ville du bout du lac est la quatrième étape d’une tournée européenne« . C’est dire que cette lutte au long cours commence à avoir un retentissement international.

La CGT et la CNT-SO assignaient le 24 janvier 2018 Holliday Inn au TGI de Nanterre, pour respect du droit syndical. Lire : 05-grevistes-holiday-inn-clichy-au-tgi-nanterre-le-24-janvier(1)

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no 4 – 24 janvier 2018

Depuis le 19 octobre, douze employés de la société Héméra, sous-traitant chargé du nettoyage de l’hôtel Holiday Inn de Clichy, sont en grève. En tournée européenne, ils ont fait halte devant un hôtel genevois appartenant au même groupe que celui où ils travaillent. Au cœur de leur lutte: des conditions de travail intenables et l’exigence d’internaliser leurs tâches.

Ils sont en grève depuis plus de trois mois. Samedi dernier, quatre des douze grévistes de l’hôtel Holiday Inn de Clichy, aux portes de Paris, étaient de passage à Genève. Depuis le 19 octobre, ces salariés de la société Héméra, un sous-traitant chargé du nettoyage et de l’entretien des 260 chambres de cet hôtel parisien, ont cessé le travail, ils protestent contre leurs conditions de travail et d’embauche. Nous les avons rencontré aux abords de l’hôtel Intercontinental, exploité, comme le Holiday Inn, par le groupe britannique IHG. Ils ont remis à la réception du palace genevois une lettre interpellant la direction. Soutenus par leurs syndicats, la CNT et la CGT hôtels de prestige et économiques (HPE), les travailleurs ont internationalisé leur lutte. Après Barcelone, Londres et Bruxelles, la ville du bout du lac est la quatrième étape d’une tournée européenne.
Journées à rallonge

Entouré de syndicalistes et de militants, Eric, équipier au Holiday Inn depuis dix ans, a dénoncé le «travail énorme» qui est exigé par leur employeur. «Mais c’est encore plus dur pour le personnel féminin, on impose des cadences infernales aux gouvernantes et femmes de chambre». Celles-ci doivent nettoyer trois chambres par heure quel que soit leur état. «C’est un travail très difficile. Souvent les chambres sont très sales et si on n’a pas fini, on ne peut pas rentrer chez nous», témoigne Illiana. «Je travaille normalement de 9h à 17h, mais si ce n’est pas terminé, il m’arrive de ne partir qu’à 19h. Il faut alors trouver quelqu’un pour aller chercher les enfants à l’école», se plaint cette mère de quatre enfants. Autre source de précarité, la clause de mobilité inscrite dans leurs contrats de travail. «Tous les trois ans, on change d’employeur et on vit sous la menace constante d’une mutation. Nous travaillons depuis des années au même endroit, on a pas envie d’aller ailleurs sachant que les conditions ne seront pas meilleures. L’une de nos collègues a été envoyée dans un hôtel du quartier de la Défense à son retour de congé de maternité. Elle devait nettoyer près de 70 chambres par jour, de 9h à 21h. La suppression de cette clause est un élément important de notre demande d’internalisation», explique Eric.
Monde du travail cassé
Les grévistes réclament d’être engagés directement par l’hôtel et de bénéficier des mêmes conditions que les employés du site. Ils exigent notamment le paiement de toutes les heures travaillées, une indemnité pour les repas et un treizième salaire. «Ces hôtels réalisent énormément d’économies par le biais de la sous-traitance, en profitant de populations issues de l’immigration et dans des situations précaires. Nous sommes sur des revendications basiques et non sur une grève offensive, nous ne demandons que l’application de la législation, la sous-traitance évoluant dans une zone de non-droit. Il est toutefois compliqué de mobiliser, les employés de l’hôtel n’ayant pas les mêmes intérêts que ces travailleurs», indique Tiziri Kandi de la CGT-HPE. Depuis 2012, le syndicat a obtenu l’internalisation de la sous-traitance dans neuf hôtels. «Cette problématique ne se trouve pas que dans les hôtels des grandes villes, on la voit dans tout le secteur propreté», ajoute Jean-Baptiste Callebout, secrétaire général de la CGT d’Annecy. «Les appels d’offres sont de véritables appels au crime: les soumissionnaires étant poussés à réduire les coûts, les économies se font sur la masse salariale. Ce système casse le monde travail et on s’achemine encore vers une plus grande division des travailleurs avec les ordonnances Macron sur le travail.»
Piquet de grève permanent

Depuis le 19 octobre, tous les jours, week-end compris, du matin au soir les grévistes font le siège de l’Holiday Inn de Clichy. «Il fait froid, il pleut, c’est dur, mais on n’a pas le choix», confie Illiana. «Le donneur d’ordre se lave les mains et ne laisse pas les grévistes entrer dans l’hôtel, alors nous essayons de lui pourrir la vie, en jetant des œufs sur la façade et en la décorant chaque jour d’autocollants ou de banderoles. Tous les dimanches, nous diffusons des informations sur le marché de Clichy, l’accueil est bon, nous récoltons entre 200 et 300 euros pour la caisse de grève, même des gens de droite donnent de l’argent», s’amuse Claude Levy. Le responsable de la CGT-HPE ambitionne d’organiser le 1er mai à Paris une «manifestation européenne contre la précarisation hôtelière, cette forme d’esclavage moderne». En attendant, à la demande de l’hôtel, le préfet des Hauts-de-Seine vient de convoquer les parties en conflit, laissant envisager une issue. «On lutte depuis plus de trois mois, c’est sûr on va gagner», prédit Illiana. «Il y a encore peu, nous étions les travailleurs de l’ombre, méprisés, maltraités, nous avons eu le courage d’aller dans la lumière. C’est un pas important. Nous devons nous battre jusqu’à la victoire, pour nous et pour les autres salariés», conclut Eric. C’est nous qui produisons les richesses, il faut qu’on nous respecte.»
Jérôme Béguin K

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