La Fédération chimie CGT prend position pour un Front populaire

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Dans un bulletin public de la fédération des industries chimiques (FNIC) de la CGT, on peut lire ce texte qui propose un lien entre le syndicalisme de lutte et la « gauche radicale« , en rappelant les grandes dates de l’histoire sociale : 1936, 1945, 1968. La fédération propose d’en faire un thème de débat pour le prochain congrès confédéral CGT. 

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  • Télécharger le bulletin 530 en entier: 530pdf-12508-page-00001-212x300

 

 

 

SYNDICALISME ET POLITIQUE ONT BESOIN L’UN DE L’AUTRE

 

 

Depuis environ trois décennies, le monde du travail et l’ensemble des citoyens sont confrontés à la mise en place méthodique d’un plan de société ayant de mul- tiples conséquences : augmentation des inégalités et du chômage, baisse des prestations sociales et des ser- vices publics, désindustrialisation, précarité, etc. Le choix de société consistant à maximiser les profits privés a fissuré l’État social, faisant ressurgir une obsession po- pulaire qu’on croyait disparue celle de vivre « au jour le jour ».

Pour combattre ce projet capitaliste de société, la ques- tion de la stratégie syndicale est posée. En la matière, l’examen de l’Histoire sociale récente dégage un con- traste frappant, entre deux groupes de situations :

  • Des situations de dynamisme syndical fort, avec des conquêtes sociales majeures : 1936, 1945, A chaque fois, le lien direct du syndicalisme avec le champ politique de gauche a amené dans la tête des salariés une perspective réelle, im- médiate, de changement radical de cadre poli- tique. Cette conviction a produit les effets que l’on connaît : un rapport de forces imposant la baisse du temps de travail, les conventions collectives, les congés payés, la Sécurité sociale, l’augmenta- tion des salaires, etc.
  • L’autre situation tranche nettement avec la pre- mière : c’est le transfert de ce qu’il était convenu d’appeler, en tout cas dans la CGT, la « courroie de transmission » avec notre champ politique, vers une autre courroie de transmission, celle du « syndicalisme rassemblé ». Combien de fois avons-nous pesté sur des positions intercon- fédérales qui, pour avoir l’audience la plus large, étaient vidées de leur contenu de transformation sociale ? C’est cette situation que nous vivons depuis environ 30 ans, avec notre incapacité à nous opposer au train des contre-réformes, et les reculs sociaux associés.

En 30 ans, entre 1987 et 2017, la capitalisation boursière du CAC 40 est passée de 56 milliards d’euros à près de 1 200 milliards, soit une évolution 8 fois supérieure à celle du PIB français sur la même période. En même temps, le taux d’emploi à temps partiel, indicateur de la précarité, est passé de 11,7 % à 19,2 % et aujourd’hui,

« l’armée de réserve » de chômeurs, selon le décompte Pôle Emploi, toutes catégories confondues, atteint le chiffre officiel, donc sous-évalué, de 6,7 millions.

Face à ce terrible constat, nous devons en faire un autre, en toute lucidité : notre syndicalisme, qui s’est historique- ment tourné vers le dialogue social et le compromis, est en échec pour stopper cette déferlante.

L’épisode le plus récent concerne les ordonnances Ma- cron, contre lesquelles la CGT a bien convoqué quelques « journées d’action », mais cette seule re- cette n’est en rien de nature à gêner sérieusement l’ac- tion du gouvernement. Ces journées n’ont d’ailleurs pas beaucoup mobilisé, précisément parce qu’elles n’ont aucun effet. Une journée d’action, c’est quoi ? Une simple journée de manifestation, durant laquelle, dans un certain nombre de secteurs, les syndicats appellent à la grève de manière à libérer les travailleurs le temps nécessaire à ce qu’ils se rendent en manifestation, avec par ailleurs un taux de réussite assez faible.

Aucune chance que cette stratégie, appliquée à des dates qui s’égrènent de loin en loin, stoppe une grande contre-réforme comme celle des ordonnances, structu- rantes de la société et opérées par la bourgeoisie et ses politiciens, qui ne redoutent pas ces journées d’action, même lorsqu’elles sont massives.

Soyons précis : ils ne reculeront que face au développe- ment d’un mouvement de grève reconductible embras- sant un nombre croissant de secteurs de l’économie. Cela peut commencer par une véritable grève générale de 24 heures, organisée comme telle, avec une prépara- tion minutieuse, comme cela se fait dans d’autres pays d’Europe. Puis, suivant le résultat de cette grève géné- rale de 24 heures, évaluer si une grève reconductible est envisageable, et dans quels secteurs.

Sauf à penser qu’un rapport de forces apte à imposer d’autres choix passe par des protestations

« folkloriques », immatérielles (du type pétition sur Inter- net) ou des coups médiatiques, auxquels sont apportées des réponses purement médiatiques, construire une stra- tégie alternative aux « journées d’action » passe néces- sairement par la question de la grève générale. Non pas la grève illimitée mais la grève, même de courte du- rée, mais généralisée à tous les secteurs, l’inverse de la grève par procuration.

Nous sommes d’accord que la grève générale ne se décrète pas. Une fois qu’on a dit cela, doit-on changer de sujet ?

Au contraire, une fois qu’on le dit, on doit se donner les moyens de la construire, à commencer par tirer la leçon des défaites de 2010, 2016 et maintenant 2017.

Ces défaites résultent de l’incapacité du seul syndica- lisme, qu’il soit « rassemblé » ou pas (les deux ont été tentés), fût-il de lutte radicale, à imposer autre chose que des aménagements à la marge au projet de société capitaliste.

Une barrière artificielle a été érigée entre la lutte syndi- cale et la lutte politique, on la nomme « indépendance syndicale », qui est une notion ambiguë que certains n’hésitent pas à traduire par « apolitisme » (même si ce mot est rarement prononcé). Pour ce faire, on convoque même la charte d’Amiens de 1906, texte fondateur dont l’intérêt est surtout d’avoir permis de dépasser les défi- ciences de l’époque.

Sauf à limiter le syndicalisme à gérer le « carreau cas- sé » dans l’atelier, soyons clairs : il n’y a pas de mou- vement social d’envergure qui ne soit politique, le syndicalisme CGT est condamné à la politique et l’apoli- tisme est un mythe, contraire à nos orientations.

La CGT est une organisation de transformation sociale et l’apolitisme renvoie toutes les orientations dos à dos,. Or il n’existe qu’un seul courant politique qui veut changer le système économique actuel, base de la so- ciété, celui de la gauche radicale. Persister dans cette stratégie erronée, sous le seul prétexte de rester indé- pendants, n’est plus recevable aujourd’hui.

Le prétexte d’indépendance syndicale est ainsi évoqué pour écarter les partis politiques des cortèges syndicaux, usage exigé depuis 1967 par la CFDT dans le cadre de son alliance appelée « unité d’action » avec la CGT, et qui a imposé, à l’époque, que le PCF soit écarté des manifestations. Mais pourquoi défiler avec des partis politiques menacerait plus notre indépendance que défi- ler aux côtés des autres organisations syndicales ?

Hormis la CGT, quelle organisation syndicale a pour objectif de changer de système économique ? Au- cune. Et par comparaison, quel parti politique porte cette orientation ? Que diraient des salariés à qui on propose- rait, dans les entreprises, des actions convergentes avec le champ politique, pour obtenir les 32 heures, regagner la retraite à 60 ans, ou une hausse massive des salaires ?

A cette question qu’on ne pose jamais, les salariés ont déjà répondu dans notre Histoire sociale, en 1936, en 1945 et en 1968, avec à chaque fois, de grandes avan- cées sociales !

 

Aujourd’hui, les structures politiques de progrès (mouvement ou partis) sont en capacité de réunir des millions de voix sur un programme de société, mais sont incapables de mobiliser les masses pour le mettre en place. Le mouvement syndical de lutte, la CGT, est l’outil pour le mettre en place, mais nous sommes dans l’incapacité de faire partager, au plus grand nombre, notre projet de société, au demeurant identique au précédent, ou très proche.

Dès lors, la conclusion qui s’impose est claire : il faut articuler de façon consciente, concertée, planifiée, les capacités de mobilisation de notre syndicalisme de lutte, dans les entreprises, à la lutte politique contre la politique du gouvernement Macron, pour son renverse- ment et pour l’élection d’un gouvernement de gauche radicale. Il sera temps de régler les détails une fois cette première étape réalisée !

Ces questions stratégiques posent la question de notre identité CGT : si, comme l’affirment nos statuts, nous sommes un outil de transformation sociale, nous devons jeter nos forces vers cet objectif et nous avons alors un besoin vital du champ politique de gauche radicale.

L’adhésion idéologique des salariés, des jeunes et des laissés pour compte, à une dynamique de luttes, passe nécessairement par une action conjointe entre syndica- lisme et politique.

 

 

 

 

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