Les salarié-es et le syndicalisme : enquêtes d’opinions…contrastées

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Deux études différentes (BVA et CEVIPOF) parues récemment donnent une image assez contrastée des rapports entre salarié-es et syndicats.L’enquête CEVIPOF avait donné lieu à une chronique de Michel Noblecourt dans le Monde (22 juin 2018). Voici nos commentaires.

Les deux études soulignent bien sûr la faiblesse de la syndicalisation. Celle de BVA indique cependant une reconnaissance de l’utilité des syndicats pour obtenir des « aquis sociaux » (3/4 des réponses) simultanément à une confiance très limitée dans les syndicats (moins de 50%). Celle publiée par le Centre d’étude de la vie politique française (CEVIPOF) est faite sur un panel légèrement plus élevé que celle de BVA : 1650 salarié-es contre 1500. Elle est également très sévère sur le peu de confiance accordée aux syndicats : 1/3 de confiance, mais 3% seulement « très confiants » et 26% de « pas du tout confiance« .

L’enquête CEVIPOF détaille les réponses, selon que l’on est « cadre » ou « non cadre« , ou selon que l’on travaille dans le « privé » ou le « public« . Sans grande surprise, l’indice de confiance est plus grand dans le secteur public, cadres et non cadres. Mais comme le dit Luc Rouban, qui étudie les résultats de l’enquête, « dans l’ensemble, le regard porté par les enquêtés sur les syndicats est négatif« . 60% des réponses utilisent des qualificatifs négatifs, voire violemment négatifs : « égoïstes« , « excessifs« , « politisés« , « inefficaces« , « dépassés« , « inutiles« , « nuisibles« , « vendus« , et même « corrompus« . Et Luc Rouban de commenter : ces citations « témoignent également d’une violence sociale qui se développe et s’exprime même dans les propos des plus diplômés. Derrière la crise du syndicalisme, transparaît une dégradation des rapports sociaux qui se trouvent précisément de plus en plus dérégulés« . Un peu comme si les mots très durs employés reflétaient (mais ce n’est pas explicitement dit par l’auteur) une attente non satisfaite en direction du syndicalisme, débouchant sur un jugement très négatif.

Mais Luc Rouban va plus loin encore. Il tente de corréler les jugements portés sur les syndicats avec les sympathies politiques exprimées en 2017. 23% des enquêtés se déclareraient « ni de gauche ni de droite« . Ceux qui les décrivent « combatifs » ont plutôt voté Jean-Luc Mélenchon (ou Benoit Hamon), de même que 32% de ceux qui les jugent « inefficaces« . Il y a donc là clairement une attente. Tandis que ceux qui estiment les syndicats « dépassés » ont plutôt voté Macron, et ceux qui les jugent « nuisibles » soutiennent plutôt Fillon.

Que retenir finalement de cette enquête sur le jugement qu’elle porte, implicitement ou non, sur la politique de Macron? Le journaliste Michel Noblecourt avait mis en avant (Le Monde du 22 juin 2018) les résultats bruts de l’enquête CEVIPOF : 61% des salarié-es estiment que la réforme du Code du travail « ne va pas dans le bon sens » (et 78% des syndiqué-es). Pour 57%, « la flexibilité est une menace« . Ce sont donc des jugements critiques évidents. Il ne s’était ensuite attardé, dans sa chronique,  que sur les chiffres mettant en lumière la désaffection (bien réelle) des salarié-es envers le syndicalisme, pour reprendre en conclusion la fameuse citation de Laurent Berger (CFDT) sur le caractère « mortel » du syndicalisme. L’auteur de l’enquête du CEVIPOF, Luc Rouban, porte un regard peut-être un peu différent. Non pas que le syndicalisme serait en bonne forme, pas du tout. Mais il laisse plutôt entendre que la demande syndicale implicite ne s’accorde pas beaucoup avec la politique de Macron, ni avec ce qu’il est convenu d’appeler le « réformisme » pour fustiger le syndicalisme « combatif« . « 60% des enquêtés sont faiblement réformistes« , dit-il, sur un indice allant de 0 à 3, et 40% le sont « fortement« , ce qui n’est donc pas la majorité. Certes, ce sont surtout les électeurs de Macron (51%) ou de Fillon (65%), mais aussi pour partie ceux de Mélenchon (18%) ou de Hamon (20%). Et ceux qui ne font pas confiance aux syndicats (50% des enquêtés) ne sont en définitive guère enclin à soutenir la notion de « réformisme » telle que la doxa ambiante le présente. Celui-ci est en fait plutôt soutenu selon l’enquête par les cadres du secteur privé.

Et il conclut : « Ce n’est donc pas parce que l’on ne croit pas, ou que l’on s’oppose, à l’action syndicale que l’on est nécessairement un libéral sur le plan économique. C’est ici que l’on mesure la désynchronisation du dialogue social et du positionnement sociopolitique« . Et encore : « En revanche, la violence des propos tenus contre les syndicats pointe le danger d’une forme d’anomie de la contestation qui ne trouve plus à s’exprimer par le dialogue social. C’est ici que se nourrit la contestation politique radicale« .
Bref, nous avons beaucoup de travail de réflexion à mener collectivement pour renforcer le syndicalisme.

Jean-Claude Mamet

 

 

 

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BVA synthèse : Une syndicalisation qui reste faible chez les salariés français

Dans notre enquête, 15% des salariés français déclarent être adhérents d’une organisation syndicale (11% selon les données de la DARES en 2013) et 11% affirment avoir été membres par le passé. Près des ¾ des salariés déclarent n’avoir jamais été adhérent d’une organisation syndicale (73%). Les salariés du public (22%) et ceux qui travaillent au sein des grandes entreprises (18%) sont sensiblement plus syndiqués que les salariés du privé (12%) et des TPE (4%).

Et une confiance dans la capacité des syndicats à défendre ses intérêts comme salariés minoritaire

Moins d’un salarié sur deux indique faire confiance aux syndicats pour défendre ses intérêts (49% dont seulement 8%, oui tout à fait). A noter, les femmes (53%), les salariés âgés de 15 à 29 ans (59%), les employés (56%) et les salariés du public (54%) font davantage confiance aux organisations syndicales.

Alors même que les ¾ des salariés français reconnaissent la contribution des organisations syndicales dans l’obtention des acquis sociaux pour les salariés

78% des salariés estiment que les organisations syndicales ont contribué à l’obtention des acquis sociaux (dont 24%, oui tout à fait). Les salariés âgés de plus de 50 ans (82%), les professions intermédiaires (84%) et les salariés des entreprises de plus de 500 salariés (80%) identifient davantage ce rôle dans l’histoire sociale française.

Et que les ¾ des salariés pensent qu’un taux de syndicalisation élevé contribue à la qualité du dialogue social

Les salariés estiment largement qu’un fort taux de syndicalisation contribue à la qualité du dialogue social dans un pays (73% dont 24%, oui certainement). Cette opinion est particulièrement présente chez les salariés âgés de plus de 50 ans et ceux qui travaillent dans des entreprises de 50 à 499 salariés (79%).

  • Etude CEVIPOF complète: deux fichiers

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