Lu dans Enjeux, le bulletin du courant Unité et action de la FSU

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Le numéro 248 (fin de l’été 2017) de la revue Enjeux, éditée par le courant Unité et Action de la FSU, publie un article sur l’avenir du syndicalisme, après la séquence loi Travail de 2016, les relations unitaires, les rapports avec la CGT.  Suivi d’une « contribution » au débat de Jean-Marc Canon, secrétaire général de l’Union des Fédérations et des syndicats de la Fonction publique (ex-UGFF) CGT, où il reprend aussi le débat sur la stratégie syndicale dans le contexte d’aujourd’hui. Ce type d’échanges dans les colonnes des revues syndicales (et nous remercions Enjeux pour l’échange d’articles) devrait sans doute se multiplier, pour avancer vers des compréhensions partagées et vers l’unité. 

uniteAction

 

[…]

« Les questions posées au mouvement syndical doivent trouver des réponses en matière d’orientation et de stratégie.

Deux écueils sont à éviter :

  • les «réponses», théorisant une forme d’impuissance sinon que d’accompagner les reculs pour en amoindrir les effets néfastes pour les salariés, et qui aboutissent de facto au renoncement ;
  • l’affichage d’une     «radicalité»   de formulation (souvent en «contre»), peut être parfois juste en apparence, mais en désarticulation par rapport à la conscience qu’ont les salariés de ce qui est possible, gagnable.

Comme est à proscrire la réécriture d’un roman historique social qui imagerait un âge d’or (comme le fait FO), car elle désarme pour la suite et aggrave tous les décalages d’avec la réalité.

Le conflit social autour de la loi Travail est  à ce  sujet assez emblématique

D’un côté, l’orientation d’adaptation et d’accompagnement s’est immédiatement révélée côté CFDT ou UNSA, non sans contradictions d’ailleurs, retrouvant un positionnement sensiblement proche de celui de 1995 ou de 2003.

Et du côté de l’intersyndicale porteuse de la mobilisation, la lucidité est de constater une difficulté à définir une orientation commune à la hauteur des problèmes posés par la visée même de la loi Travail (remise en cause de l’ordre public social).

[…]

Le conflit sur la loi Travail notamment a rendu extrêmement peu évidentes les initiatives unitaires  entre CGT,  Solidaires d’une part, CFDT et UNSA de l’autre ; FO continuant sur son orientation de dedans / dehors.

La   FSU   est   souvent   contrainte   de se «ranger» d’un côté (pesant peu du fait de son absence dans le secteur privé lorsque le sujet relève surtout de ce dernier) au risque parfois de devoir assumer un «décalage» dans son activité sur le champ intersyndical interprofessionnel avec les personnels qu’elle représente.

[…]

Dans ce contexte, il est essentiel de travailler collectivement le mandat que nous nous sommes donnés au dernier Congrès : renforcer la fédération, aussi comme condition pour envisager les recompositions, et travailler aux rapprochements possibles, notamment avec la CGT.

Quels obstacles et quelles modalités ?

Le dernier congrès a permis d’avancer sur l’identification d’un certain nombre de réticences voire d’oppositions : craintes pour le syndicalisme de métier, existence des courants de pensée, articulation unification et unité d’action etc…

La situation de la CGT (baisse des adhérents après le départ de Bernard Thibault en 2012 mais accentuée après l’affaire Lepaon en 2015 ; perte de voix dans les entreprises de plus de 11 salariés constatée lors de la dernière mesure de la représentativité, perte de la première place dans le secteur privé, baisse importante dans la fonction publique aux dernières élections professionnelles…), en proie à des débats internes très vifs comme l’a révélé son dernier congrès, ne peut pas nous laisser indifférents compte- tenu de ce que cela implique comme modification du ou des centres de gravité du mouvement syndical et fragmente les espoirs et les perspective d’unité syndicale nécessaire pour faire avancer les revendications des salariés.

Les évolutions du champ syndical qui vont suivre les nouvelles mesures de représentativité du cycle 2017-2021 revêtent dès lors des enjeux très importants.

Par exemple, que signifie la récente transformation de l’UGFF (Union générale des fédérations de fonctionnaires) en UFSE (Union des fédérations et des syndicats de la Fonction publique d’État) ?

Elle semble signaler un abandon du projet de regrouper dans une structure commune CGT l’ensemble de la Fonction Publique.

Cela indique-t-il, en creux, la poursuite par la CGT de l’objectif prioritaire d’implantation dans le privé mis à mal par la dernière mesure de la représentativité ?

Cette situation n’impose-t-elle pas, du point de vue de ce que la FSU défend pour le syndicalisme, d’avoir une démarche de débat, d’unité et d’initiatives communes sur des objectifs nous paraissant être dans l’intérêts de la fonction publique et des personnels et susceptibles d’améliorer le rapport de force ?

[…]

Nous pourrions envisager de travailler à deux initiatives de type «assises» dont l’une pourrait être sur les services publics et la fonction publique, et l’autre sur les défis lancés au syndicalisme avec l’idée d’avoir des débats et confrontations sans tabou, mais avec l’objectif de trouver les chemins pour résoudre les difficultés particulièrement périlleuses si elles devaient se cristalliser.« images

Contribution de Jean-Marc Canon, secrétaire  général de l’Union Générale des Fédérations de Fonctionnaires CGT

 

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[…]

« Quelles responsabilités pour le mouvement syndical ?

S’il ne s’agit en aucun cas de verser dans les discours faciles et tendancieux sur le coup de neuf qui bouleverserait la France et sur l’arrivée au pouvoir de personnes non formatées par le système (alors que, au contraire, la reproduction des élites n’a jamais été aussi fréquente), la situation n’en est pas moins nouvelle et complexe à maints égards.

Ce n’est pas se payer de mots que d’affirmer que cela confère des responsabilités inédites au mouvement syndical.

Relever cet enjeu, c’est pouvoir se confronter à des questionnements et à des regards qui, sans sombrer le moins du monde dans un quelconque défaitisme, ne rechignent pas à bousculer un peu des positions dont l’évidence n’est parfois convaincante que pour nos militantes et militants.

Car enfin, s’il serait infondé et stupide de remettre en cause notre opposition à la loi El Khomri d’hier et aux réformes régressives sur les   retraites   d’avant-hier,   force   est  de constater que lorsque les luttes ont été appréhendées sous les mots d’ordre    de    «retrait    total» ou «abrogation totale», elles n’ont dès lors pas été couronnées de succès. Et, force est de constater également, que les organisations félonnes et conspuées qui ont accompagné, quand ce n’est pas soutenu, ces dispositifs dont nous dénoncions la flagrante ignominie, que ces organisations traitresses donc n’ont pas connu les revers électoraux, pour s’en tenir à cet indicateur, qui pourtant auraient dû être inévitables.

Et, dans le même temps, c’est un euphémisme que de dire que mon organisation syndicale, la CGT, n’a pas connu un essor significatif.

Mettre de tels éléments en avant, les aborder sans complexe, ne relève en rien d’un exercice d’autoflagellation stérile.

Tout à l’inverse, c’est pour mieux porter le syndicalisme de transformation sociale, le rendre plus efficace, que nous devons échanger sur de tels points essentiels dans notre démarche syndicale.

Dès lors, il ne faut pas hésiter à chercher à comprendre pourquoi, suite à une séquence où, pour bon nombre d’entre nous, les enjeux étaient caractérisés par des évidences revendicatives, les salariés n’ont pas massivement rejoint, d’une manière ou d’une autre, les organisations syndicales pleinement investies dans ce combat incontournable.

C’est à partir de là que, dans la période qui s’ouvre devant nous, j’estime que nous devons apporter quelques inflexions à notre démarche, sans rien en rabattre sur notre volonté d’élever le rapport de forces.

Pour s’en tenir à la Fonction publique, les sujets ne vont pas manquer où notre responsabilité syndicale va être interrogée. Il me semble qu’un premier impératif est de ne pas se retrouver cantonnés à de strictes luttes d’opposition.

Autrement dit, nous devons sans attendre mettre en avant nos propositions, les populariser, les rendre crédibles. Bref, il faut résolument nous engager sur des démarches offensives et positives où les agents seront appelés à intervenir pour gagner des choses, pas pour ne pas en perdre.

Pour favoriser la convergence des luttes – pardonnez-moi ce truisme – il est indispensable qu’il y ait des luttes.

[…]

Enfin, j’ai écrit, car j’en suis absolument convaincu, que le syndicalisme est à la croisée des chemins, placé au cœur de responsabilités inédites.

Ce constat doit nous inciter à renouveler nos pratiques et à nous questionner en profondeur, sans tabou ni a priori.

Pour moi, une dimension essentielle d’une telle réflexion est de ne pas faire l’impasse sur les conséquences de la division du mouvement syndical et même – osons le mot – de son éparpillement. Je suis de ceux qui pensent que l’indispensable renforcement du syndicalisme passe également, dans un cadre à co- construire et à co-inventer, par l’unification de forces aujourd’hui séparées.

Je ne suis aucunement pessimiste : j’ai la ferme conviction que nous avons les moyens de relever ces défis.

Les mois qui viennent vont donc être riches d’événements.

Faisons-en sorte que rien ne soit écrit d’avance et que, à rebours des prédicateurs de la fin du syndicalisme de transformation sociale, nous écrivions de belles pages pour les salariés et le progrès social.« 

 

 

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