Mai 1968 à Peugeot Sochaux

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Véronique Bourquin-Valzer nous a fait parvenir ce récit de mai 68 à l’usine de Peugeot-Sochaux (Doubs). Deux morts et 150 blessés dans les affrontements très violents avec les CRS. CGT et CFDT mènent l’action. Et plus bas, une interview et un portrait de Bruno Lemerle, délégué CGT de Peugeot entre 1979 à 2016,  qui a participé à raconter une histoire du mai 68 à Peugeot, sous la forme d’une fiction dont les chapitres ont été diffusés en feuilletons à l’usine. 

  • Peugeot-Sochaux en mai – juin 68   

    L’usine principale de l’Enclave

Peugeot-Sochaux en 1968, c’est 27 743 salariés, une des plus grandes usines de France, elle ne le deviendra stricto-sensu que plus tard : 39 103 en 1978 ! C’est l’usine-phare du groupe Peugeot dans le pays de Montbéliard, bastion industriel où les ouvriers représentent 46% de la population active contre 27% en France. L‘ ouvrage de JP Goux «Mémoires de l’Enclave » (éditions Mazarine-1986) a bien montré à quel point l’agglomération montbéliardaise vit en symbiose avec ses usines, croît en même temps qu’elles, avec notamment la naissance des nouveaux quartiers à la périphérie des villes, à partir de la fin des années 50. Ici, tout est Peugeot : on fait ses courses au Ravi, on obtient un logement par Peugeot, on va vibrer au stade Bonal pour une équipe de foot « Peugeot », etc… Etre ouvrier à Sochaux, c’est, au temps des « Trente Glorieuses » finissantes, la garantie d’un meilleur salaire que dans les « boites » alentour, la fierté de faire corps avec « la ville-usine » et de produire des « autos » (68, c’est l’époque de la 204, bientôt la 504).Autres caractéristiques des ouvriers de Sochaux : ils ne sont des ouvrières que de façon très minoritaire(7 %)et la présence d’ouvriers ne deviendra massive que dans les années 70(1968 : 2029 ouvriers-1978 :4613). Les ouvriers sont  majoritairement des jeunes(en 1967 53% ont moins de 30 ans), ce sont des OS à 70% c’est-à-dire des ouvriers spécialisés peu qualifiés travaillant sur la chaine selon le modèle de production fordiste.

Mai-juin 68 à Sochaux s’annonçait depuis une décennie

De même que le « mai-juin 68 national » est précédé de signes annonciateurs tant au plan international qu’hexagonal, le mouvement de 68 à Sochaux n’intervient pas comme un coup de tonnerre dans un ciel bleu. Il est précédé de grèves en 1961,1963 mais surtout en 1965 : un mouvement de 2 mois, avec des débrayages de 1 à 2h par jour, dont les 2 revendications principales sont l’augmentation des salaires (20 francs de l’heure) et le retour aux 40 heures. La grève, très unitaire, se solde par un échec et de nombreux licenciements. Le souvenir de ce combat long et difficile, qui se conclut par une défaite et une humiliation est encore très présent en 1968. Ces conflits d’un type nouveau marque la fin de la période « contractuelle », qui caractérise la fin des années 50, durant laquelle Peugeot, dans une politique à la fois paternaliste et autoritaire négocie des accords, en faisant tout pour marginaliser les syndicats contestataires. En tout cas, « incontestablement, l’esprit Peugeot, ce sentiment d’appartenance, même conflictuel à une communauté, est profondément fissuré » (Nicolas Hatzfeld, Mémoire de maitrise Université Paris VIII juin 85).

20 mai : c’est parti !

Le démarrage de la grève en 68 n’est ni précoce, ni tardif. Il intervient après la journée de grève du 13 mai, initiée par la CGT, en solidarité avec les étudiants violemment réprimés. C’est le point de départ du mai ouvrier, suivi de grèves décidées à Sud Aviation dès le 14 ou à Renault Billancourt et Berliet, le 16. A Sochaux la grève s’annonce et se prépare: les 16 et le 17, dans certains secteurs de l’usine, des délégations  portent des revendications à leurs directions. Le 17, suite à une réunion de CE, un tract CGT-CFDT avertit : « Travailleurs, tenez-vous prêts ». Le lundi 20, la vague gréviste submerge le pays de Montbéliard, dans l’industrie et les services publics. A Peugeot Sochaux la grève avec occupation est votée à mains levées, le drapeau rouge est hissé en haut du building (siège des bureaux centraux), manifestation hautement symbolique de l’appropriation de l’espace-usine par les travailleurs. L’impulsion est nettement le fait des syndicats (CGT très majoritaire environ 60% des voix aux élections de délégués- CFDT : le tiers -FO : 6%). Ceux-ci forment un Comité central de grève (CCG), composé de 12 membres désignés par la CGT et la CFDT et qui fonctionnera durant le conflit comme l’instance dirigeante, décisionnelle et négociatrice. Parallèlement, un comité de grève se forme par secteur de l’usine, qui gère surtout les questions pratiques liées à l’occupation : piquets de grève, entretien des machines, ravitaillement, équipes qui vont dans les usines du coin, pour les faire débrayer… Chaque jour un meeting d’information a lieu, une AG d’occupation se tient, bientôt baptisée « le forum », où la situation nationale et locale est débattue Chacun peut y prendre la parole. À côté de celles des syndicalistes, se font entendre d’autres voix, parfois plus radicales, comme celle des porte-paroles de Voix ouvrière, ancêtre de Lutte Ouvrière, qui souhaite que la direction du mouvement soit assurée par des comités élus par les travailleurs. On discute de l’occupation, des revendications mais aussi de la situation au niveau national. On quitte donc le terrain strictement revendicatif et les voix du PCF, du PSU, de l’extrême gauche s’expriment.

Que la grève ait été votée relevait d’une évidence, mais Nicolas Hatzfeld fait remarquer que lors des 1ères semaines, une sorte d’attentisme règne et que les yeux restent tournés vers Paris. On peut penser que le souvenir amer de l’échec de la grève de 1965 a pesé. C’est en même temps la période où les discussions au Forum sont les plus vives, les sujets évoqués les plus divers, la présence aux piquets de grève la plus massive.  Mais si les mobilisations de mai sont discutées, par exemple celles des étudiants, aucun « métissage » n’est possible : les facs de Besançon sont loin. Le pays de Montbéliard reste enfermé dans son enclave. Si les occupants mettent en place quelques soirées culturelles, rien de comparable avec ce qui s’était passé lors de la grève de la Rhodiaceta à Besançon en 1967. A Sochaux, la naissance du groupe Medvedkine, qui fait vivre un cinéma ouvrier avec l’aide de réalisateurs connus, c’est plus tard, en 1969.

Au début du mouvement, la direction Peugeot reste silencieuse, en position d’attente, négociant avec le CCG des laissez-passer pour pénétrer dans les ateliers (fierté des ouvriers qui y voient une manifestation de leur pouvoir sur l’usine).  Les occupants sont minoritaires, mais assez nombreux au début : « Les premiers jours on était autour de 1700 présents en permanence (…) Environ 5000 grévistes ont participé à un moment ou à un autre aux piquets de grève » (Noêl Hennequin in : « Mai-juin 68 souvenirs de militants ouvriers » édité par Lutte ouvrière. La plupart des grévistes sont non-actifs, ne faisant pas le lien entre grève et occupation, et préférant rentrer chez eux. C’est le cas, entre autres, de milliers d’ouvriers « ruraux », ramassés quotidiennement par les cars Peugeot dans un rayon de 70km, qui s’occupent à d’autres activités, paysannes ou artisanales, et qui écoutent les nouvelles à la radio.

Tout va changer après les négociations de Grenelle (27 mai) et le discours de de Gaulle le 30 qui annonce sa reprise en main de la situation et l’organisation d’élections législatives fin juin. On en vient à une étape où les négociations sur les revendications et la perspective des suites politiques du conflit (quelles alternatives gouvernementales) passent au 1er plan. Le champ des possibles ouvert par les fleurs de mai  se réduit, ainsi que la perspective révolutionnaire.

Du 1er au 10 juin : un tournant

Après Grenelle, la direction Peugeot espère la reprise et annonce le 31 mai lors de la 1ère rencontre de négociations qu’elle n’accordera pas plus que ce qui a été annoncé à Paris. C’est à dire pas grand-chose. Or les ouvriers de Sochaux, comme ceux de Billancourt continuent la grève. La direction organise une consultation du personnel, le 4 juin. Les résultats, favorables à la reprise,  sont contestés par les syndicats qui mettent en avant la faible participation : la lutte continue ! Les négociations reprennent, la direction fait quelques propositions mineures mais lance surtout un ultimatum : l’usine doit être évacuée. La tension monte, et la menace de l’usage de la force.

Le contexte national change avec  une reprise du travail dans un certain nombre de secteurs, cependant le nombre de grévistes reste important. Le CCG organise une consultation, qui a lieu le 8 juin, dans de mauvaises conditions : pas de ramassages, la direction n’a pas voulu fournir de listes de personnel. Le résultat est très serré 2664 voix pour la reprise, 2615 contre. Ce faible écart conforte la combativité de ceux qui veulent continuer et qui sont nombreux dans les piquets de grève.

 Les 10 et 11 juin : reprise de la grève et embrasement. Sochaux devient un enjeu national

Le  lundi 10, dès l’entrée de l’équipe du matin, la grève reprend, partant du secteur de carrosserie. Le front syndical se fissure, FO refusant désormais de participer au mouvement, contrairement à la CGT et à la CFDT. D’après les témoignages, la grève et l’occupation semblent reprendre de la vigueur.

Mais désormais Peugeot Sochaux devient un enjeu national. Pour Peugeot et pour les représentants du gouvernement, la continuation de la grève est insupportable, alors qu’il reste dans le pays 3 millions de grévistes, qu’il faut contraindre à la reprise. Les élections législatives sont proches, la grève doit être éradiquée. La direction Peugeot demande et obtient l’intervention des forces de l’ordre pour évacuer l’usine. Celle-ci intervient dans la nuit du 10 au 11 juin, avec une relative modération du côté des garde-mobiles et une sauvagerie évidente du côté des CRS, à coups de matraques, grenades lacrymogènes et même tirs à balles réelles.  Les piquets de grève réagissent mais tout s’embrase à partir de l’arrivée à 4h du matin des cars des « doubleurs », à 7h des travailleurs en horaire normal qui viennent pour reprendre le travail et qui se font se font attaquer par les CRS. Ils se solidarisent alors avec les grévistes. Une partie de la population de Montbéliard et des villes environnantes afflue, des salariés se mettent en grève pour rejoindre « les Peugeot ».  Des barricades se forment. A 9h les responsables syndicaux conduisent une manifestation vers la sous-préfecture, les tentatives de médiation des élus de gauche (le député-maire de Montbéliard, le socialiste André Boulloche, le conseiller général communiste d’Audincourt, Serge Paganelli) échouent. C’est la spirale de l’affrontement. Il fera 2 morts : Pierre Beylot, 24 ans est tué par un tir à balles réelles, Henri Blanchet meurt en tombant d’un mur, lors d’un assaut. René Hardy et Joël Royer ont le pied arraché car les CRS utilisent des grenades offensives « en chapelet » qui s’entourent autour des chevilles.  Quand vers 20h les CRS se retirent, la fin de ces scènes de guerre se solde par un terrible bilan : 2 morts et 150 blessés. Les ouvriers ont payé de leur sang la collusion de la direction Peugeot et de l’Etat policier.

A l’échelle nationale les 2 morts ouvriers, qui font suite à la mort du lycéen Gilles Tautin la veille à Flins frappent les esprits. Des manifestations de soutien sont organisées, les confédérations syndicales envoient des renforts. Nicolas Hatzfeld le note (mémoire de maitrise déjà cité) « l’écho de cette journée fait de la grève à Sochaux, devenue l’un des phares du mouvement gréviste, un enjeu national. »

Après le 11 juin, l’usine est fermée donc l’occupation cesse. Le rapport de forces est changé.

Le dénouement

Les négociations débutent enfin, le PDG Gautier « descend » de Paris pour y participer, et les travailleurs obtiennent un certain nombre de satisfactions sur les revendications.

L’augmentation des salaires Peugeot entre 12 et 14%, au-delà donc de Grenelle.

La direction accepte un calendrier de retour aux 40 heures.

Des négociations sur l’indemnisation des ouvriers en cas de maladie sont programmées.

Un compromis est trouvé sur le paiement des jours de grève.

L’indemnisation des victimes du 11 juin et de leurs familles est actée.

Les modalités de l’application du droit syndical dans l’entreprise sont définies.

 

Bilan non négligeable : le 20 juin les salariés votent la reprise du travail, mais une reprise  au gout amer, car on n’oublie pas le sang versé. Toute fin de grève est compliquée, celle-ci a secoué le pouvoir patronal et changé la vie des militants les plus actifs, impliqués dans l’occupation. Et que dire de ceux qui avaient rêvé d’un autre monde ? Mais contrairement à 1965, on reprend avec la fierté de la lutte menée et des acquis/conquis.

Le 23 juin, à l’échelle de la France, c’est un raz de marée gaulliste aux législatives. Dans le Pays de Montbéliard, ce n’est pas le cas : au 1er tour la droite gaulliste obtient 29911 voix, la FGDS /PS 23958 voix, le PCF 12704 voix, le PSU 3418 voix. Le  socialiste Boulloche est réélu député au 2éme tour.

Dans les années qui suivent la direction Peugeot tire à sa manière les leçons de 68 : la CFT (Confédération française du travail) et les milices patronales apparaissent. Mais les militantes, de plus en plus nombreuses,  et les militants continuent la lutte.

En guise de conclusion, on peut insister sur quelques aspects du mai-juin 68 à Peugeot Sochaux :

  • Il commence au moment où la grève se généralise en France. Le manque de radicalité du début peut s’expliquer à la fois par la structure de la classe ouvrière de l’usine, en particulier l’importance numérique des ouvriers qui vivent à la campagne et sont « ramassés» par les bus Peugeot. Ceux-ci, même s’ils sont grévistes font massivement  le choix de rester chez eux. De plus le souvenir de la défaite humiliante de la grève de 1965 pèse lourd.
  • Même si des débats politiques ont lieu au forum, la grève reste avant tout sur le terrain revendicatif : c’est la position de la CGT qui est de loin la force syndicale la plus puissante avec 1500 syndiqués, dont la plupart des responsables sont membres du PCF qui lui-même possède une puissante section d’entreprise. Selon le Parti communiste, la perspective de l’Union de la gauche est la seule issue politique crédible au mouvement de 68 et c’est clairement affiché après l’annonce par de Gaulle de la dissolution de l’Assemblée nationale.
  • Les formes d’auto-organisation ouvrière sont limitées, mais c’est le cas dans toute la France à part quelques exceptions. La direction de la lutte est  laissée aux organisations syndicales et cela ne choque visiblement  pas la masse des ouvriers, qui leur font massivement confiance.
  • Enfin, la reprise de la grève et de l’occupation le 10 juin, le regain véritable que connait le mouvement alors, le caractère déterminé de l’affrontement avec les « forces de l’ordre», qui engage très largement les masses ouvrières et de nombreux habitants du Pays de Montbéliard, montrent peut-être que le champ des possibles n’a pas été totalement exploré. Aurait-on pu aller plus loin dans les objectifs de la lutte et le développement de l’auto-organisation ? Aujourd’hui il y a quasi- unanimité pour dire qu’en 68 la situation n’était pas révolutionnaire. En tout cas les  10 et 11 juin, point culminant du mouvement à Peugeot Sochaux, le  contexte national du 68 ouvrier est plutôt celui de la reprise du travail dans les entreprises.

Véronique Bourquin-Valzer

 

Sources principales de ce texte qui n’a la prétention d’être ni un travail historique, ni une analyse politique approfondie : l’exposition de l’UL CGT sur le mai-juin 68 à Sochaux, les témoignages de militants en particulier Jean Cadet et Gilbert Marion, le mémoire de maitrise de Nicolas Hatzfeld.

 

  • A propos de « Jeanne et Lucien », interview de Bruno Lemerle, par Véronique Bourquin-Valzer

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Jeanne et Lucien dans le tourbillon de mai 68- (Edition Les Mutins de Pangée 2018 5 euro) 

Auteur : Bruno Lemerle ouvrier à Peugeot Sochaux de 1979 à 2016, délégué CGT du personnel de  à partir de 1983. Actuel secrétaire des retraités CGT Peugeot Sochaux.

Préface de Christian Corouge, ouvrier à Peugeot Sochaux de 1968 à 2011.Membre du groupe Medvedkine de Sochaux, militant à la CGT depuis 1968.

Cinquante ans après les témoignages recueillis par Bruno Lemerle ont donné vie à Jeanne et Lucien, un jeune couple qui va s’ouvrir à la lutte avec des incertitudes, mais aussi beaucoup d’amour et d’amitié.

Véronique Bourquin-Valser-  Pourquoi avoir choisi la forme d’un « feuilleton » pour traiter du mai-juin 68 à Peugeot Sochaux ? Une brochure historique n’aurait-elle pas donné plus de matière pour comprendre les « événements » ?

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Bruno Lermerle- Il s’agit, à travers ce feuilleton, de s’adresser à ceux, jeunes notamment, qui n’auraient pas eu forcément envie de lire une brochure syndicale traditionnelle mais qui vont se laisser entrainer par une histoire humaine, dans laquelle ils peuvent se reconnaitre et qui leur permet de suivre et comprendre les événements de façon plus vivante.

 A l’ origine ce livre n’était pas destiné à être édité ? Avez-vous hésité ?

Qu’un éditeur se soit intéressé à ce texte est un cadeau ! Cela permet de le diffuser en dehors de nos canaux traditionnels et dans les bibliothèques, ce que la version « tracts » n’aurait pas permis.

 En quoi les 2 personnages fictifs Jeanne et Lucien, que nous suivons tout au long du récit, sont-ils représentatifs des acteurs et actrices de 68 à Sochaux ?

Nous les avons voulus représentatifs par leur métier (ouvrier et employée des PTT), par leur âge, mais aussi par les doutes que peuvent avoir tous ceux qui n’ont encore jamais participé à une grève et qui se demandent où cela va les mener.

Le récit suit la chronologie de la grève. Comment avez-vous sélectionné les dates clés ?

Comme il s’agissait de distribuer dans l’entreprise chaque épisode à sa date anniversaire, nous avons été en partie contraints par le calendrier. Avec l’actualité revendicative d’aujourd’hui, il était difficile de demander aux militants plus d’une distribution de feuilleton par semaine, sans parler du fait que dans la plupart des entreprises, on ne distribue pas de tracts le dimanche !

Tu signes le récit, préfacé par Christian Corouge. Comment avez-vous travaillé en amont ?

Une fois le principe d’un feuilleton retenu, en se basant sur les souvenirs et les anecdotes racontées par les anciens, j’ai proposé des épisodes qui ont été relus, critiqués, modifiés, par le groupe intergénérationnel de préparation. C’est donc une œuvre collective. Pour être conforme à la réalité, nous avons bénéficié des témoignages des militants et de l’ouverture des archives. Pour être sûr de toucher les plus jeunes nous avions besoin de leurs réactions, de leur ressenti. Sans oublier les regards extérieurs qui nous ont donné quelques conseils sur le « style » car nous voulions un texte facile à lire mais de qualité.

Dans le cadre des 50 ans de 68, la CGT a invité Marin Karmitz , réalisateur de « Coup pour coup », qui date de 1972, dont vous avez proposé la diffusion dans une version remasterisée , dans le cinéma d’Audincourt. Pourquoi ce choix ?

Ce film nous semble significatif des avancées de 68, à la fois par la révolte contre l’injustice, la place des femmes et par le questionnement sur le rôle du syndicat.

 Les directions syndicales ne sont pas ménagées dans ce film de Karmitz qui était à l’époque militant maoïste ? Cela ne vous a pas gênés ?

Si cela nous gênait, on ne l’aurait pas choisi !Il est de la responsabilité de chaque militant de s’interroger en permanence sur la pertinence de son action, sur la façon dont il répond ou pas aux attentes du monde du travail. Le syndicat est un organisme vivant de sa diversité, de ses contradictions, des opinions diverses qui s’expriment en son sein ou à l’extérieur. Il ne faut pas avoir peur de la critique, du débat d’idées qui permet de corriger et de progresser.

J’imagine que votre anniversaire de 68 n’est pas seulement un regard passéiste sur un moment d’histoire du mouvement ouvrier, qu’il est certes important de connaitre et de transmettre. Que nous dit 68 d’utile pour les luttes présentes et à venir ?

Jeanne et Lucien ne donnent pas de leçon. Pas plus que nous ne donnons de recettes. Notre ambition était de donner envie, envie de ne pas se résigner, envie de bouger, de lutter pour un monde meilleur même quand le climat général ou les intérêts individualistes semblent conseiller le contraire. Montrer que là ou l’individuel nous enferme et nous rétrécit, le collectif nous libère, nous donne des forces inouïes, nous ouvre de nouveaux horizons insoupçonnés.

 

 

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