Meeting unitaire de rentrée à Nantes

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Avant la nouvelle journée du 15 septembre, l’intersyndicale opposée à la loi Travail a organisé un premier meeting unitaire à Nantes le 7 septembre 2016. Ci-dessous le discours unitaire d’accueil et plus bas, un reportage de Médiapart. 

 

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Discours intersyndical d’introduction au meeting commun du 7 septembre 2016 Nantes
Esplanade des traceurs de coques

Promulgation ou pas, on n’en veut pas ! Abrogation de la Loi Travail !

Camarades, bienvenue pour ce meeting de rentrée sociale en Loire-Atlantique !

C’est un joli nom camarade même s’il est obsolète pour ceux qui sont énarques ou gouvernants. Mais il se trouve dans notre département, dans notre intersyndicale, des hommes et des femmes qui ne pensent pas avec le vocabulaire des patrons. Vous savez, ce vocabulaire de la novlangue qui remplace le débat d’idées par la conquête des marchés. Ce vocabulaire qui depuis une dizaine d’années fait que de Matignon à l’Elysée on avance masqués dans un carnaval de renoncement au progrès social. L’ANI, la loi Macron, la funeste Loi Travail, grêlée de 49-3, sont les enfants naturels de cette pensée de gouvernance où la technocratie est au service de la finance. De ce gouvernement il ne restera plus bientôt que des douilles de 49-3 jonchant le sol de ses capitulations face aux injonctions de la troïka.

Ce meeting devait se tenir le 26 août, à l’occasion de l’université d’été du principal parti de gouvernement qui avait choisi bien imprudemment de venir à Nantes tout un week-end pour exposer, non pas ses turpitudes, mais ses éléments de langage. On aurait pu parler de modernité de la croissance, de performance et d’efficience, de compétition et de marché, le tout à visage humain. Il va sans dire. Ç’aurait été un beau voyage à Nantes. Le voyage à Nantes a son label. Il fait rêver tout éveillé dans cette ville prétendument surréaliste. Mais ce voyage Solferino l’a annulé. Le 26 août, nous avions prévu d’inviter nos nationaux de l’intersyndicale pour qu’à la veille de cet automne on renoue avec notre printemps social. Nous y voici ce soir, après un été meurtrier qui imprime un rythme pestilentiel à la veille des Présidentielles. De fait ce meeting est d’autant plus précieux pour dire que les droits sociaux contribuent à la qualité d’une République et que les rogner est une autre manière de sortir des pas de notre propre histoire, de naufrager des principes fondateurs qui produisent de la solidarité par redistribution collective.

En Loire-Atlantique, l’intersyndicale CGT, CGT-FO, Solidaires, FSU travaille ensemble et réfléchit  dans un cadre interprofessionnel depuis l’automne 2014. Rejointe par l’UNEF en février dernier elle n’a de cesse de produire du sens commun pour que les salariés et les jeunes se mêlent du débat public. La loi travail ce n’est pas fluidifier l’emploi, c’est au contraire le mettre en coupe réglée sous la férule du catéchisme voulu par les muezzins du CAC 40 pour que dans chaque pays, chaque jour, le commun des mortels s’incline en direction de la Bourse la plus proche. La loi contre le travail portée par ce gouvernement se double d’une croisade contre le syndicalisme qui ne se prosterne pas. Nos militants syndicaux sont aux premières loges pour encaisser la répression, subir la vindicte des mousquetaires du MEDEF dont les tuniques sont désormais portées par une classe politique qui embrasse les partis de l’actuel gouvernement.

Notre lutte syndicale, face au consortium interchangeable des énarques et des patrons, relève d’un conflit majeur pour ne pas liquider toutes les conquêtes du salariat, rayer la grève générale de 1936, effacer le CNR et les ordonnances de 1945. L’offensive idéologique nous oblige, nous syndicalistes, à ne pas être seulement dans l’action contre les démantèlements voulus. Elle nous oblige aussi à construire ensemble d’autres voies possibles pour affirmer deux nécessités : la séparation du MEDEF et de l’ENA, la séparation du MEDEF et de l’Etat.

Le débat électoral de 2017 est désormais ouvert. Il est obsédé par le sécuritaire, la mise en concurrence effrénée des salariés et des économies nationales, agité par le tir à vue sur les dettes publiques. Ce débat prend mauvaise tournure avec des relents xénophobes. Notre action syndicale doit y imposer de délibérer des droits sociaux, du devenir du travail. Nous devons le faire en pleine indépendance, sans prendre parti pour un candidat, mais pour déjouer le bal des faux culs, des commis de la finance, pour dénoncer les postures de Pinocchio ou les coups de père François de faux candidats du camp social. L’indépendance syndicale n’interdit pas d’imposer le débat de société que nous portons pour dégager des espaces politiques aptes à satisfaire nos revendications.

En Loire-Atlantique, notre volonté intersyndicale n’emprunte rien au monde des bisounours. Nous avons des points d’accords et d’autres de frictions. Les nouvelles règles de représentativité nous placent en concurrence constante dans les entreprises. Cela vient altérer trop souvent les relations. Dans la fonction publique les tensions sont les mêmes. Notre volonté de travail au plan interprofessionnel vient de cette double nécessité : dépasser les clivages des boîtes, même s’ils sont fondés, et nous placer dans des conditions aptes à créer un rapport de forces adapté à l’enjeu porté par les employeurs et les politiques lorsqu’ils sont leurs complices. Cette position a un nom, que l’offensive idéologique veut aussi effacer : c’est la lutte des classes. Pas celles de la rentrée scolaire, mais celles des femmes et des hommes en souffrance dans une société vouée au nouveau concept « d’entreprenalisme » voulu par le MEDEF. Nous avons tout au long du printemps nantais eu à gérer nos tensions au sein de l’intersyndicale, et au-delà. Certains de nos porte-paroles ont été ciblés et voués à la vindicte, voire menacés. Tout ceci est relativement inévitable en périodes de grandes tensions sociales. Nous avons su le dépasser parce que le sens de nos luttes était notre boussole et que notre opposition commune au projet du gouvernement était et demeure sans failles entre nous. Ce qui nous unit est plus fort aujourd’hui que ce qui nous divise : nous ne sommes pas un agglomérat mais un conglomérat. Tous les maçons sauront vous en expliquer la grande différence. Il en fallait de l’enjeu social pour que la CGT et la CGT-FO tiennent avec la FSU et Solidaires depuis deux années dans une même volonté de travail commun ! Notre syndicalisme refuse d’épouser les logiciels de pensée et le vocabulaire du monde de l’entreprise et des affaires.  Cela fait-il de nous des ringards ? Non ! Cette exigence nous contraint au contraire à trouver des solutions d’avenir sans tomber dans l’accompagnement. La pire des chutes ? La courbette !

Pour témoigner de notre printemps social, avant les prises de paroles nationales, nous avons voulu remercier des camarades qui ont été des phares pour nos luttes locales ces dernières semaines. Les raffineurs, les métallos, les cheminots et nous n’oublions pas les ports, les chantiers, l’énergie, les Territoriaux, les jeunes lycéens, étudiants chômeurs ou salariés. Mais nous ne pouvons donner la parole à tout le monde. Vous allez témoigner de notre résistance populaire commune et c’est là l’essentiel. Camarades de nos bases respectives, dans votre anonymat, sur vos lieux de luttes et de travail, vous êtes notre honneur, notre dignité et nous vous en remercions.

En ces jours d’automne à venir qu’avec vous renaisse  notre printemps.

 

Les syndicats cherchent à écrire l’acte II contre la loi travail

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8 septembre 2016 | Par Mathilde Goanec

Après les politiques de tous bords, c’était aux syndicats de faire leur rentrée. Un meeting unitaire s’est tenu à Nantes mercredi 7 septembre, avec en ligne de mire une première manifestation le 15 septembre. Le plan d’attaque,

  • Nantes, de notre envoyée spéciale. – « Normalement, ce meeting devait se tenir en août, à l’occasion de l’université du PS, où tout ce beau monde aurait dû deviser tranquillement sur les bienfaits de l’économie de marché. Finalement, Valls et les autres ont préféré annuler… » Le militant CGT de Loire-Atlantique qui ouvre le meeting intersyndical à Nantes ne résiste pas à la moquerie. Ce mercredi 7 septembre, les syndicats se rassemblent effectivement là où les socialistes ont préféré déserter, par peur de voir leur raout de rentrée perturbé par un corps social chauffé à blanc après plus de quatre mois de mobilisation contre la loi travail.

À la tribune ce mercredi, devant environ 2 000 personnes, Jean-Claude Mailly n’est pas en reste dans le registre goguenard. Le matin même, apprenant que le dirigeant de Force ouvrière irait non seulement à Nantes faire table commune avec Philippe Martinez, mais également à la fête de L’Humanité – première historique –, le premier secrétaire du parti socialiste a déclaré que ses prédécesseurs à FO devaient « se retourner dans leur tombe ». « Que Jean-Christophe Cambadélis s’occupe de ce qui le regarde et ne se mêle pas de syndicalisme ! rétorque Jean-Claude Mailly, très en verve. Moi personnellement, j’ai immédiatement pensé : et que dirait aujourd’hui Jean Jaurès de la loi Travail ? » Rires assurés sur l’esplanade des Traceurs-de-Coques, au cœur de l’île de Nantes.

 

Le ton était celui-là : mobiliser les troupes, avant la première manifestation unitaire (CFDT mise à part) de la journée du 15 septembre, pour l’abrogation de la loi Travail. « À la veille de l’automne, l’intersyndicale veut renouer avec le printemps social ! » clame un responsable CGT local. « Nous avions promis au président de la République de nous retrouver après les congés. Nous sommes bel et bien là », répond le patron de la centrale cégétiste, Philippe Martinez, lors du point presse. « Que les questions économiques et sociales soient au cœur de la campagne, et pas le burkini », tonnent de concert Jean-Claude Mailly et Philippe Martinez.

Le problème, c’est le plan de bataille. Un rassemblement le 15 septembre, des « comités d’accueil », propose FO, « des ateliers revendicatifs départementaux », suggère la FSU, un combat juridique auprès de l’Organisation internationale du travail, une veille attentive sur les 134 décrets à venir… Le programme est foisonnant mais flou. La loi Travail, certes adoptée par 49-3 dans une ambiance électrique, est bel et bien inscrite au Journal officiel depuis le mois d’août, et le gouvernement ne semble pas disposé à changer d’avis. « On a bien gagné sur le CPE après l’inscription au JO, même si à cette époque-là le président de la République avait eu le courage de contredire son premier ministre », concède Jean-Claude Mailly, en référence à Jacques Chirac et Dominique de Villepin.

 « Il n’y a pas eu de date de nouvelle intersyndicale annoncée après le 15 septembre, c’est un mauvais signe, regrette Fabrice Lerestif, secrétaire général de FO d’Ille-et-Vilaine, venu avec une trentaine de militants et des banderoles. Il ne faut pas se raconter d’histoires, je ne crois pas que la victoire viendra par la bataille juridique, car elle est aléatoire et non suspensive. Si on se relance dans la bagarre, il faut le dire clairement. » Selon lui, « la base est prête », même si les appareils sont « frileux » : « En même temps, qui croyait en février à un mouvement qui durerait plus de quatre mois ? » poursuit le Breton.

Eric Beynel, l’un des deux porte-paroles du syndicat Solidaires, tente, comme chaque fois, les pas de côté. Il appelle, depuis la table des officiels, à une manifestation commune le 7 octobre avec les voisins belges, en butte à la loi Peters, « décalque de la loi Travail ». En appelant à la convergence notamment avec la lutte de Notre-Dame-des-Landes et en rappelant l’ampleur des violences policières, Solidaires joue à Nantes sur du velours. Les zadistes anti-aéroport ne faiblissent pas, et la ville a été, comme Rennes, l’un des hauts lieux d’affrontements et de répression syndicale au printemps. Plus tard dans la soirée, les syndicalistes très mobilisés sous la bannière « On bloque tout » ont d’ailleurs tenu une assemblée générale interprofessionnelle au miroir d’eau, tout près du château de Nantes.

 

Hormis les possibles divergences sur les modes d’action, déjà nœud coulant au printemps, se pose également avec acuité la question de l’unité syndicale. Résistera-t-elle aux prochaines élections professionnelle dans les TPE (très petites entreprises), prévues pour le mois de novembre ? En 2013, lors des dernières mesures d’audience, la CGT était arrivée en tête avec 29,54 % des voix devant la CFDT (19,26 %) et FO (15,25 %). Même si l’enjeu se situe plutôt autour du score de la CFDT, « la nouvelle donne sur la représentativité dégrade nos relations en nous mettant régulièrement en concurrence dans les entreprises », confie un adhérent de la CGT Loire-Atlantique. « À la veille des élections, il faut rester unis, mais ce n’est pas facile, les élections nous transforment en machine à bouffer l’autre, renchérit Fabrice Lerestif. Or on a vécu des grands moments avec les gars de la CGT ce printemps. Plus que l’unité, une vraie fraternité. Cela faisait bien longtemps qu’on n’avait pas connu ça. »

Dans le public cependant, l’envie de repartir est nette : « On attendait le redémarrage », confirme Christine, adhérente à la CGT et qui travaille à l’hôpital. Et de citer en vrac les conditions de travail, les 22 000 suppressions de postes annoncées dans la santé, la « colère » des agents du public. Les réactions politiques lors du conflit social ont aussi laissé des traces. « On s’est fait traiter de “terroristes”, des mots très forts ont été prononcés, regrette sa collègue, une Christine elle aussi. C’est un vrai travail de sape. Qui a envie de se syndiquer aujourd’hui si c’est pour finir par se retrouver devant un robocop [nom régulièrement donné aux forces de police ou de gendarmerie au cours des manifestations – ndlr] ou devant un juge ? »

 

Les ténors syndicaux, tout en martelant qu’ils voulaient, à défaut de victoire sur la loi Travail, « peser sur la campagne » pour remettre la question sociale, le travail et l’emploi au centre, se refusent pour l’heure à parier sur tel ou tel candidat. Ce n’est pas la « tradition » chez FO (même si Jean-Claude Mailly est encarté au Parti socialiste), et la CGT ne semble pas prête à rejouer 2012, lorsque Bernard Thibault avait appelé à battre Nicolas Sarkozy pour François Hollande. Le divorce est même désormais durablement consommé entre le PS et la CGT. « Le calendrier politique, c’est un jeu auquel on ne joue pas, assure l’une des deux Christine. La lutte sociale, c’est maintenant, c’est sur ce terrain que nous devons être. »  Bernard Caron, adhérent de Sud Rail, mais venu au meeting syndical en tant que soutien de Jean-Luc Mélenchon, assure que « tous les gens ici vont vous dire que cela ne dépend pas de la présidentielle ». « Moi, pour le retrait de la loi Travail et pour d’autres raisons, j’assume de jouer sur les deux tableaux ».

Les annonces de plans sociaux d’ampleur, cet été chez SFR et le jour même chez Alstom, vont, quoi qu’il arrive, donner aux syndicats l’occasion de redescendre dans la rue. Décrets signés ou pas, Philippe Martinez assure même que l’urgence est de lutter contre les restructurations découlant des nouvelles possibilités d’accords offensifs prévus par la loi Travail, ainsi la diminution rapide de la rémunération des heures supplémentaires. « Chez Renault, l’encre sur le texte de l’accord est déjà sèche », estime celui qui fut l’ancien délégué syndical de l’équipementier automobile français. Pour se donner du courage, le chef de file cégétiste ose un détour par le Portugal où il a, semble-t-il, passé ses vacances et trouvé le temps de rencontrer un ou deux ministres. « Dans ce pays, après un grand mouvement social, le gouvernement de droite est tombé, et les socialistes sont revenus aux 35 heures, ont remonté le Smic et le salaire des fonctionnaires. » Vu de Nantes, effectivement, ça fait rêver.

 

 

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