Solidaires international : un article sur Foxconn en Chine

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Le numéro 104 de Solidaires International, bulletin de la commission internationale de l’Union syndicale Solidaires, est sorti.  Il annonce la prochaine rencontre, début 2018 à Madrid,  du Réseau syndical international dont fait partie Solidaires.  Nous reproduisons un des articles sur les comportements de la multinationale chinoise Foxconn. Nous mettons également une information sur le réseau chinois d’universitaires et d’aide aux travailleurs chinois SACOM, cité par l’article.

 

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L’USINE FOXCONN DE SHENZHEN (CHINE) : EXPLOITATION ET CAPITALISME SAUVAGE

 

Shenzhen est une ville du sud est de la Chine, autrefois simple village, elle compte aujourd’hui 30 millions d’habitant-es venu-es des zones rurales les plus pauvres pour y trouver du travail.

En 1978, la Chine autorise les investissements étrangers, notamment en provenance de Taïwan et de Hong Kong. De nombreuses usines y sont installées. C’est la cas du géant de la télécommunication taïwanais, Foxconn qui y produit les iPhones d’Apple et y emploie des dizaine de milliers de travailleurs et travailleuses.

Les conditions de travail y sont telles que le nombre de suicides y augmente de façon catastrophique dans les années 2000, ce que les autorités locales ne peuvent plus feindre d’ignorer.

Ces dernières font pression sur Foxconn pour augmenter le salaire moyen des ouvriers et ouvrières, qui va être doublé en 2010. Mais cela ne change rien aux conditions de travail effectives dans l’usine. Foxconn délocalise alors une partie  de  la  production  à  l’ouest  du pays, Zheng Zhou où la main d’oeuvre est moins « chère ».

Pour l’usine de Shenzhen, Foxconn a alors une idée, embaucher des étudiant- es « en formation » : « l’avantage » est qu’ils et elles sont employé-es sur des périodes plus courtes, pendant les pics de production, qu’ils et elles ne se plaignent pas ou moins et sont de  toutes façons remplaçables du jour au lendemain,   le   tout   sous   couvert de« formation professionnelle » et avec l’aval du gouvernement local.

Les étudiant-es qui y travaillent décrivent des conditions dignes du 19è siècle : ils ne sont pas formé-es mais doivent tout de suite s’adapter à des cadences de travail calquées sur le taylorisme le plus poussé, avec des ouvrier-es plus expérimenté-es, des objectifs de production par jour irréalisables.

Quand ces objectifs ne sont pas  atteints, c’est non seulement celle ou celui  qui  n’y  est  pas  arrivé  qui  est « puni » en ne touchant pas la  misérable prime promise (et pourtant nécessaire, vu le niveau des salaires), mais aussi l’ensemble des autres travailleurs et travailleuses de son unité de production et leur supérieur hiérarchique.

La pression est énorme, surtout qu’en période de pic de la production, avant la sortie d’un nouvel iPhone, en général de juillet à septembre et avant les fêtes de Noël, les journées de travail peuvent atteindre 15 heures !

Pour un salaire de 300 euros par mois, environ, ce qui est à peine de quoi vivre et se loger dans une ville où l’afflux des populations cherchant du travail et la spéculation immobilière sont énormes. Résultats : des accidents du travail, des mutilations, des burn out et  dépressions, des suicides, à nouveau. Les heures supplémentaires lors des pics de production ou des week-ends… ne sont pas payées.

Pour accroître encore ses bénéfices, Foxconn a robotisé ses chaînes, remplaçant 1/3 des ouvrières  et ouvriers notamment délocalisés à Zheng Zhou.

Les employé-es doivent s’adapter aux cadences des machines, les stratégies collectives qui consistaient à ralentir le travail de façon concertée pour souffler deviennent inopérantes, et les pressions physiques et psychologiques augmentent. Ils et elles ne peuvent pas compter sur le syndicat maison, affilié à l’AFCTU, confédération syndicale chinoise qui est une courroie de liaison de l’État. SACOM a mené des  campagnes pour dénoncer cet état de fait, dont dernièrement pour la sortie de l’iPhone X, dont le « coût du travail » représente moins de 0,5% du prix de vente de l’objet de luxe. Solidaires y a modestement participé en organisant un rassemblement devant l’Apple store de St Germain à Paris le 3 novembre. Depuis des années SACOM dénonce les suicides, les accidents du travail et toutes les formes d’exploitation dont sont victimes les travailleuses et travailleurs du sous-traitant d’Apple.

Apple, depuis, a annoncé dans The Guardian , une politique de « 0  tolérance » concernant le non  respect du droit du travail dans l’usine de Shenzhen. C’est une petite  victoire, mais il restera à surveiller l’application de ces déclarations dans l’avenir.

Pour résumer, nous avons : une multinationale, Apple, qui fait appel à une autre multinationale, Foxconn, qui travaille en Chine et profite de la complicité de cet État autoritaire pour exploiter les travailleurs et travailleuses chinois.

Un paradigme du capitalisme sans fard, tel qu’il tend toujours à rechercher les profits en méprisant l’humain avec la complicité de l’État.

Et c’est le cas de très nombreuses multinationales à Shenzen et en Chine plus généralement. Comme ce dernier pays, du fait de la révolte de travailleurs et travailleuses au tournant des années 2010, a été contraint d’améliorer sa législation du travail, c’est maintenant vers la Cambodge, le Vietnam… que se tournent ces multinationales, à commencer par… les chinoises. Multinationales, exploitations multiples : Stop MultiXploitatioN.

 

 

Qu’est-ce que la SACOM ? (évoquée par l’article ci-dessus )
[…] L’association Students and Scholars Against Corporate Misbehavior (SACOM), soit en français, « Étudiants et universitaires contre la mauvaise conduite des entreprises », est une ONG chinoise basée à Hong-Kong. Créée en juin 2005 par un groupe d’étudiants, elle compte également aujourd’hui parmi ses membres de nombreux intellectuels et militants pour les droits de l’Homme au travail en Chine.
Initialement créée pour améliorer les conditions des employés des secteurs sanitaire et de sécurité des universités de Hong Kong, l’objectif actuel de cette association est de surveiller le comportement des entreprises et de faire campagne contre les pratiques entrepreneuriales qui violent le droit des travailleurs en Chine, notamment celles qui portent atteinte à leur santé, leur sécurité ou encore leur dignité […].

Cet extrait provient du document PDF ci-dessous (à propos des agissements de Disney en Chine): 

Rapport d’enquête sur les conditions de travail chez des sous-traitants …

www.actionaid.org/sites/files/actionaid/rapportdisney_bassedef21.pdf

 

 

 

 

 

 

 

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