Une histoire récente du syndicalisme international

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Cet article de Jean-Marie Pernot, chercheur à l’IRES et spécialiste du syndicalisme, est paru dans la revue Recherches internationales en 2006, lorsqu’a été fondée la Confédération syndicale internationale (CSI). Il permet de remettre en mémoire l’histoire du syndicalisme international depuis la chute du mur de Berlin. Un document utile pour remettre en contexte les débats actuels. 

 

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« UNE NOUVELLE INTERNATIONALE SYNDICALE : LA CSI,  REPLÂTRAGE OU RENOUVELLEMENT ? »

 

  • Accès à l’article entier : RI78-jean-marie-pernot(1)(1)4451632_3_70e0_jean-marie-pernot-chercheur-a-l-institut-de_85c48d66db650a1cc9ec640a8a2bebba
  • Passages choisis :
  • Unification du syndicalisme ? « ...La création de la CSI a été d’abord présentée comme une unification du syndicalisme international, c’est-à-dire la réunion de deux organisations préexistantes, la CISL et la CMT, à laquelle se sont agrégées plusieurs confédérations non affiliées à l’une ou l’autre de ces deux « mondiales ». Cette création est réputée mettre fin à quelques décennies de division syndicale. L’image devrait être nuancée : d’une part, plusieurs organisations sont demeurées à l’extérieur de ce regroupement, y compris parmi celles ayant participé au processus de regroupement. Un groupe de contact avait été constitué entre onze organisations non affiliées à la CISL ou à la CMT et désireuses de participer à la nouvelle entreprise. Parmi celles-ci, la CGT française qui a été jusqu’au bout du processus et a décidé, au vu des statuts et des résolutions adoptées, de s’inscrire dans la nouvelle organisation. En revanche, trois organisations de ce groupe n’ont pas été jusqu’au bout : ainsi la CGT portugaise, celle du Pérou ainsi que la PIT-CNT d’Uruguay ont, pour l’heure, différé leur décision jusqu’à leurs congrès respectifs. D’autre part, la CSI est, par construction, un regroupement de confédérations et il existe de par le monde un grand nombre de structures syndicales sans affiliation à une confédération. Elles appartiennent parfois – mais pas nécessairement – à des fédérations internationales de branche (FSI, fédérations syndicales internationales) ou à d’autres types de regroupement tel que l’OIEM (organisation internationale de l’énergie et des mines). Il existe donc dans le monde un grand nombre de structures syndicales qui ne sont pas dans l’aire de la CSI. Enfin, la FSM existe toujours. Elle n’a plus grand-chose à voir avec celle qui préexistait à l’effondrement du monde communiste mais elle existe tout de même….« 
  • Le processus hitorique de constitution du syndicalisme : « …Le syndicalisme s’est d’abord constitué dans les pays les plus industrialisés et dans le cours d’une histoire dont il était à la fois le produit et l’acteur. Les alliances et les oppositions politiques, les cultures des métiers, les formes de marché du travail, tout ce qui a constitué la matrice des mouvements syndicaux a été déterminé dans le cadre de l’État-nation, forme dominante et lieu d’organisation des premiers rapports capital-travail. Le mouvement syndical est ainsi le croisement d’une construction ascendante de « l’organisation des intérêts » des travailleurs et d’un mouvement descendant d’expansion des idées d’émancipation sociale apparues dans le cours du XIXe siècle. Les regroupements internationaux ont connu des logiques de constitution différentes. A la fin du XIXe siècle commencent à se mettre en place les secrétariats professionnels internationaux dont l’objet est celui d’une coordination professionnelle par-delà les frontières. Le regroupement des confédérations vient plus tard, elle croît au milieu de tensions où se mêlent des conceptions corporatives, politiques et des visions du monde marquées par les sentiments nationaux 2. C’est après la Première Guerre mondiale que l’OSI moderne prend forme. Le système qui se met alors en place renvoie au pluralisme idéologique de l’époque : la Fédération syndicale internationale (FSI) est de tendance laïque et socialiste, la Confédération internationale des syndicats chrétiens (CISC) est une création du Vatican. La composante communiste émerge avec la consolidation du Komintern et la création de l’Internationale syndicale rouge. Ainsi les grandes « mondiales » apparaissent davantage comme une cristallisation internationale des grands systèmes de pensée que comme un édifice assis sur une mise en commun de revendications. Le syndicalisme international est en fait un regroupement d’organisations syndicales nationales, une forme dont le contenu a peu de rapports avec ce que recouvre l’usage habituel du terme « syndicat »… »
  •  Les secrétariats professionnels internationaux (SPI) et Global Union : « … Les SPI de leur côté ont entamé un processus de fusion à l’image de celles conduites en Allemagne, au Royaume-Uni et dans les pays nordiques. Analysant la recomposition professionnelle de leurs secteurs, ils passent à 14 puis à 10 au tournant du XXIe siècle. A la même époque, ils décident de changer leur appellation : ils deviennent des Global Unions, mal traduit en français par la dénomination de « fédération syndicale internationale » (FSI). Dans le même mouvement, ils instaurent entre eux une coordination renforcée pour réagir aux réorganisations productives : par exemple, la FSI des transports (ITF) et celle des services (UNI) se rapprochent pour traiter la questions des logisticiens. Ces grands opérateurs internationaux intègrent désormais nombre de fonctions de services rendues aux entreprises (démarches, emballages) et celles du transport.… » 
  • Ci-dessous les logos de certains Global Union : transport (ITF), industrie (Industriall), services (UNI)
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  • Le devenir de la CSI : « …Ce que sera la CSI reste aujourd’hui largement indéterminé et ses premières décisions donneront le ton de ce quelle entend devenir. Elle sera aussi ce que ses principaux affiliés voudront bien en faire. Il est facile d’en faire la critique, il ne faut jamais oublier que les OSI n’ont pas le contact direct avec les travailleurs et que leur capacité réside entièrement dans les mains des organisations nationales et professionnelles qui la composent. Le réalisme impose de tenir compte du temps propre aux organisations internationales : s’accorder sur des objectifs, des moyens d’action et des priorités présente des difficultés décuplées à cette échelle et il faudra un peu de patience avant de juger l’ampleur (éventuelle) du changement. Au-delà de cela, il reste de nombreux problèmes d’organisation notamment au niveau des continents qui devront fonctionner comme « régionales » de l’OSI. La fusion réalisée au niveau central doit connaître autant de traductions que de continents ce qui ne sera pas chose aisée. Elle a été réalisée en 1974 en Europe occidentale, la CES étant la traduction d’une fusion entre syndicats de la CISL et de la CMT dans cette partie du continent. L’élargissement européen a peu à peu conduit la CES à acquérir une dimension proche d’une petite « mondiale » 7. C’est ce processus qui doit être concrétisé sur les autres continents. En Amérique latine par exemple, la tâche s’annonce compliquée car la FSM y dispose encore de sympathies et même d’affiliés. Le prestige encore manifeste de la CTC cubaine témoigne d’une méfiance encore bien ancrée vis-à-vis de la CISL. Le glissement à gauche d’une grande partie du continent, les appréciations relatives au Venezuela de Chávez 8, les désaccords sur le Mercosur, nombre de ces sujets divisent les syndicats nationaux et la CSI aura bien du mal à prendre forme dans de telles conditions. Si les difficultés sont moindres dans d’autres régions du monde, la tâche reste lourde et il faudra sans doute quelque temps avant qu’une traduction réelle de ces nouvelles ambitions ne prenne forme… »
  • CSI et syndicalisme français : « …La CGT a appartenu à la FSM jusqu’à la quasi-mort clinique de celle-ci, en 1995 ; FO a été organisation fondatrice de la CISL et elle s’en est recommandée en toutes circonstances ; la CFDT était membre de la CMT jusqu’en 1979, même si elle ne s’en réclamait guère.
    Ces trois organisations, ainsi que la CFTC et l’UNSA sont désormais adhérentes de la CSI. Il est tentant de s’interroger sur les effets de cette commune appartenance internationale sur le champ syndical français lui-même. Peut-il conduire à des rapprochements que les tensions de la sphère domestique ne parviennent guère à réduire ? La prudence s’impose. L’histoire n’offre aucune clé. La CFDT est adhérente de la CES aux côtés de FO depuis 1974, elle partageait la représentation française à la CISL depuis 1989 et cela n’a en rien contribué au rapprochement de ces deux organisations, c’est le moins qu’on puisse dire. Il n’y a donc nul effet automatique, les sphères nationale et internationale restant suffisamment compartimentées pour que ce qui se passe dans l’une n’ait pas d’effet dans l’autre. Au sein de l’OSI, les syndicats ne sont d’ailleurs pas contraints de défendre un point de vue commun même si celui-ci est parfois la condition pour être entendu. La division maintenue au niveau de l’Internationale est l’une des raisons du peu d’influence du syndicalisme français, par exemple dans les enceintes européennes, puisqu’il n’existe pas, en général, de voix unique « du » syndicalisme français 10. Même les arrangements d’alcôve nécessaires à la représentation du syndicalisme français dans les organes de la CSI lors du congrès fondateur n’ont donné lieu qu’à des tractations de dernière minute dénuées de tout débat de fond. L’évolution, en France, des relations entre les confédérations relève de considérations dans lesquelles l’international n’a qu’une faible part… »
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