CSI : « investir dans l’économie des soins »

Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+Share on LinkedInEmail this to someonePrint this page

La Confédération syndicale internationale (CSI) a soutenu le mouvement dans les EHPAD en venant exposer un rapport intitulé : « Investir dans l’économie des soins« . C’est ce qu’explique le Collectif Femmes Mixité CGT. Ci-dessous le lien avec le document, ainsi que la synthèse.

CSI_ITUC_logo

  • Rapport de la CSI : Investir dans l’économie des soins

« En écho avec la mobilisation dans les EHPAD, le 15 février dernier, la Confédération Syndicale Internationale est venue nous présenter leur rapport « Investir dans l’économie des soins ». Ce rapport démontre qu’un investissement de 2% de PIB dans la petite enfance et la prise en charge des personnes âgées dépendantes permettrait de créer de smillions d’emplois de qualité. Un double enjeu pour l’égalité F/H : Un levier pour émanciper les femmes des tâches ménagères, et un outil pour sortir de l’économie informelle et y créer enfin des emplois de qualité » (Collectif Femmes Mixité).

Retrouvez ci-joint le diaporama présenté par la CSI : présentation CSI Investir dans l’économie des soins

Téléchargez ici le rapport de la CSI : https://www.ituc-csi.org/IMG/pdf/care_economy_fr.pdf

Ou encore : care_economy_fr

  • Extrait : « Notre analyse montre que l’investissement dans les secteurs de la construction ou des soins permettrait de créer de nombreux emplois. Par exemple, en investissant 2% du PIB dans l’économie des soins, et en admettant qu’il y ait suffisamment de capacités inutilisées pour réaliser ce surcroît d’investissement sans transformer le secteur ni déplacer l’offre de main-d’œuvre vers d’autres secteurs, le nombre total d’emplois pourrait augmenter de 2,4% à 6,1% en fonction des pays. Cela se traduirait par la création de près de 13 millions de nouveaux emplois aux États- Unis, 3,5 millions au Japon, presque 2 millions en Allemagne,   1,5 million au Royaume-Uni, 1 million en Italie, 600.000 en Aus- tralie et quasiment 120.000 au Danemark. Par conséquent, le taux d’emploi des femmes augmenterait entre 3,3 et 8,2 points de pourcentage (et entre 1,4 et 4,0 points pour les hommes) et les différences entre hommes et femmes en matière d’emploi diminueraient (de moitié aux États-Unis et d’au moins 10% au Japon et en Italie), les chiffres exacts dépendant des caractéristiques propres à chaque pays. Un niveau d’investissement du même ordre dans le secteur de la construction entraînerait éga- lement la création de nouveaux emplois, mais à peu près moitié moins seulement, et accentuerait les différences entre hommes et femmes au niveau de l’emploi au lieu de les réduire.« 
  • Synthèse :

Augmenter l’investissement public permettrait de stimuler l’emploi et la croissance économique, et d’apporter des solutions plus efficaces que les politiques d’austérité actuelles pour sortir de la récession.

Le présent rapport vise à démontrer le bien-fondé de l’investissement public dans les infrastructures sociales et physiques. L’infrastructure sociale désigne l’éducation, les services de soins et de santé et, plus particulièrement dans ce rapport, la prise en charge des personnes dépendantes, c’est-à-dire les personnes âgées ou handicapées et les enfants au stade préscolaire. Cette notion d’infrastructure sociale englobe la main-d’œuvre qui dispense les services de soins et les compétences qui lui sont propres, ainsi que les bâtiments et les installations dans lesquels travaille ce personnel. L’infrastructure physique se rapporte au secteur et aux activités relatifs à la construction de logements, de routes et de chemins de fer, pour lesquels l’investissement public est généralement sollicité en période de récession afin   de générer de l’emploi.

L’argument en faveur de l’investissement public en période de chômage élevé et de sous-emploi généralisé découle de la théorie macroéconomique keynésienne, qui part du principe  que le chômage et le sous-emploi sont dus à un manque de demande effective dans l’économie et que ce manque de de- mande décourage l’investissement privé puisqu’il n’y a pas de marché pour les produits. Par conséquent, il conviendrait que   le gouvernement comble ce manque en investissant directe- ment dans l’économie afin de stimuler l’emploi et contribuer à  la reprise de l’économie. Un tel investissement permettrait non seulement de garantir que les ressources, y compris la main- d’œuvre, soient pleinement exploitées, mais aussi d’accroître la productivité et la croissance.

L’investissement public va créer des emplois directement dans les activités dans lesquelles l’investissement est réalisé (par exemple la construction de maisons ou les services de garde d’enfants). Mais il y aura également des répercussions ou des effets «multiplicateurs» sur d’autres secteurs, car des emplois seront créés dans les secteurs qui fournissent les matières premières et les services nécessaires à l’investissement initial (il s’agit de l’effet indirect sur l’emploi). En outre, le développement de l’emploi dû à ces créations d’emplois entraînera une hausse des revenus des ménages, ce qui entraînera une nouvelle de- mande en faveur de toute une série de biens et services liés à la consommation des ménages, tels que la nourriture, le logement, les services de soins, le divertissement (il s’agit de l’effet induit sur l’emploi). En bref, la réactivation de la demande dans l’économie, grâce à l’investissement  du  gouvernement,  générera  de l’emploi directement et indirectement et aura une incidence expansionniste sur la demande globale. Ainsi, l’investissement public contribuera à accroître la demande et à faire sortir les économies de la récession.

L’avantage de cette stratégie est que l’investissement initial,  avec le temps, génère des effets positifs d’une valeur bien plus importante pour la société que son coût, ce qui justifie la hausse du déficit public et l’emprunt de la phase initiale. Des économies seront réalisées dans les dépenses publiques grâce aux prestations de chômage et de sécurité sociale qui n’auront pas besoin d’être versées; les personnes nouvellement embauchées paieront des impôts et il se produira, à plus long terme, des retours sur investissement. Dans l’exemple de la construction de ponts et des services de soins, ces retours sur investissement provien- draient, respectivement, de la réduction du temps de transport et d’une population plus productive, parce qu’en meilleure santé.

Traditionnellement, les gouvernements qui adoptent une stratégie d’investissement public investissent dans l’infrastructure physique, telle que les routes et les ponts, ce qui augmente la richesse de la société dans son ensemble et produit des effets bénéfiques qui s’additionnent au fil du temps. Dans ce rapport, nous montrons qu’il est possible d’obtenir des résultats positifs semblables, mais plus égalitaires  entre  hommes  et  femmes,  en investissant dans l’infrastructure sociale, et tout particulièrement dans les secteurs des soins. Investir dans l’éducation préscolaire et la petite enfance, de la même manière, bénéficie  à l’ensemble de la société et ces avantages, avec le temps, se traduisent par le fait que des «enfants mieux éduqués dont on   a privilégié le bien-être deviennent des adultes plus productifs  et plus épanouis. C’est pourquoi nous plaçons l’investissement dans les secteurs des soins dans la catégorie de l’infrastructure sociale» (Himmelweit, à paraître).

Dans le présent rapport, nous présentons les arguments théoriques, les éléments d’information tirés des  études  de  cas et les résultats issus de notre propre recherche empirique en ce  qui concerne les effets sur l’emploi, pour les hommes et les femmes, que peut générer un investissement dans l’infrastruc- ture sociale. Nous plaidons en faveur de  l’investissement public en période de faible croissance, de chômage élevé et de sous-emploi généralisé. Nous tenons à  rappeler  l’importance  de l’investissement dans les infrastructures de soins, ainsi que dans les infrastructures physiques; nous passons en revue l’en- semble des éléments de recherche complémentaires et nous présentons de nouvelles observations empiriques issues des  sept pays que nous avons étudiés (Allemagne, Australie, Dane- mark, États-Unis, Italie, Japon et Royaume-Uni) afin de donner une estimation de l’impact sur l’emploi que peut produire un in- vestissement public accru dans les secteurs de la construction   et des soins.

Notre analyse montre que l’investissement dans les secteurs de la construction ou des soins permettrait de créer de nombreux emplois. Par exemple, en investissant 2% du PIB dans l’économie des soins, et en admettant qu’il y ait suffisamment de capacités inutilisées pour réaliser ce surcroît d’investissement sans transformer le secteur ni déplacer l’offre de main-d’œuvre vers d’autres secteurs, le nombre total d’emplois pourrait augmenter de 2,4% à 6,1% en fonction des pays. Cela se traduirait par la création de près de 13 millions de nouveaux emplois aux États- Unis, 3,5 millions au Japon, presque 2 millions en Allemagne,   1,5 million au Royaume-Uni, 1 million en Italie, 600.000 en Aus- tralie et quasiment 120.000 au Danemark. Par conséquent, le taux d’emploi des femmes augmenterait entre 3,3 et 8,2 points de pourcentage (et entre 1,4 et 4,0 points pour les hommes) et les différences entre hommes et femmes en matière d’emploi diminueraient (de moitié aux États-Unis et d’au moins 10% au Japon et en Italie), les chiffres exacts dépendant des caractéristiques propres à chaque pays. Un niveau d’investissement du même ordre dans le secteur de la construction entraînerait éga- lement la création de nouveaux emplois, mais à peu près moitié moins seulement, et accentuerait les différences entre hommes et femmes au niveau de l’emploi au lieu de les réduire (voir ta- bleaux 13, 14 et 15).

En plus de créer  de  nouveaux  emplois,  l’investissement dans la petite enfance et la prise en charge des personnes dépen- dantes permettrait de lutter contre certains problèmes éco- nomiques et sociaux fondamentaux auxquels se heurtent les sociétés contemporaines: faible productivité, déficit de soins, changements démographiques et inégalité persistante entre hommes et femmes dans le travail rémunéré et non rémunéré.

Nos observations révèlent que les gouvernements désireux de développer l’emploi devraient augmenter l’investissement public dans l’économie, et que cet investissement devrait être plus important dans les infrastructures de soins qu’il ne l’est actuellement. L’investissement dans l’économie des soins permettrait non seulement de créer davantage d’emplois, mais aussi de lutter contre le manque de soins et de réduire l’inégalité entre hommes et femmes. Une telle politique contribuerait à créer un modèle de développement plus inclusif et à hisser les écono- mies hors de la récession.

 

 

 

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *