Les questions de vie syndicale, de syndicalisation, des inerties dans les modes d’organisation, seront au coeur du 54ème congrès CGT en juin 2026. Nous reproduisons un article paru sur le site Syndicalistes!
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2023 : « La CGT ne peut plus attendre » – Décongeler les structures de la CGT #8
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Depuis plusieurs dizaines d’années, la CGT fait le constat que ses structures ne permettent plus de répondre aux évolutions du capitalisme, et qu’il faut les transformer pour rester en capacité d’affirmer un syndicalisme qui permette d’exercer réellement un rapport de forces. Du rapport Warcholak de 1980 au 53e congrès, passage en revue de 45 ans d’immobilisme sur les structures de la CGT.
Lors du 53e congrès confédéral, qui s’est tenu à Clermont-Ferrand, le bilan d’activité présenté sur ce sujet est bien maigre. Une conférence « sur » (et non pas « des ») Unions locales (qui n’a aboutit qu’à des redéfinitions de périmètres d’UL – utiles mais qui, à moyens constants, ne changent rien au fond du problème), un « Tour de France de la vie syndicale », mais aucune avancée sonnante et trébuchante à présenter sur les questions d’orga ou de structuration. Le document d’orientation va donc reprendre peu ou prou les mêmes thèmes que les précédents : « La CGT ne peut pas, ne peut plus attendre, face à un salariat du XXIe siècle. Nous devons faire évoluer nos structures, imaginées au début du XXe siècle, sans renier nos fondamentaux », « La place des syndiqué·es individuel·les doit être une priorité. Nous réaffirmons qu’il ne peut y avoir de syndiqué·es sans syndicat », « Nous devons engager impérativement un travail interfédéral autour de cas concrets », etc.
Employées pendant plus de 20 ans sans jamais avoir connu de début de concrétisation, ces belles formules commencent à sonner un peu creux. Pourtant, elles reflètent parfaitement les constats que nous faisons sur le terrain : nous trouvons donc utiles de les mettre en avant, pour appuyer l’action des militant⋅es (malheureusement trop peu nombreux⋅es) pour qui ces décisions de congrès ont du sens et qui œuvrent à mettre en œuvre les orientations choisies par et pour toute la CGT. Les changements promis par ces proclamations volontaristes auront-ils lieu ? Réponse dans quelques mois, lorsque le bilan en sera fait à l’occasion du 54e congrès.
Rapport d’activité
Tour de France de la vie syndicale
En octobre 2020, a été lancé le « tour de France de la vie syndicale » après des échanges nourris entre la direction confédérale et les directions d’organisations. Elles ont acté la nécessité de faire de la vie syndicale une priorité pour toute la CGT. En effet, soigner la « culture d’orga », y consacrer le temps nécessaire, renforcer et structurer la CGT, l’implanter là où elle absente sont des tâches indispensables pour gagner un rapport de force capable de transformer la société. Plus de cinquante organisations se sont impliquées dans ce « tour de France » débouchant sur des décisions d’action : plans de syndicalisation, plans de déploiement, formations pour la maîtrise des outils opérationnels (CoGiTiel, outil du ou de la trésorier·e, plateforme élections, formation « Renforcer la CGT », formation des collectifs de direction…).
Ces réunions ont mesuré l’importance d’une vie syndicale construite et suivie collectivement avec la nécessité de faire respecter les statuts et règles de vie à tous les niveaux de notre organisation. Il n’est en effet plus possible d’avoir, au nom d’une prétendue indépendance ou autonomie de fonctionnement, des comportements de type « franchisé » où l’on affiche le sigle CGT, mais où on ne respecte pas les règles élémentaires de reversement régulier des cotisations. Le « tour de France de la vie syndicale » s’inscrit dans la durée et nécessite un état des lieux partagé et des besoins identifiés par les collectifs de direction des organisations avec les syndicats.
Conférence nationale des unions locales
[…] Au nombre de huit cent-dix sur tout le territoire, une union locale sur quatre ne participe pas aux instances démocratiques du département (CE, AG…) ; près de 50 % des syndicats sont peu ou pas impliqués dans la vie des unions locales ; neuf unions locales sur dix n’ont pas de secrétaire à la politique revendicative ; et 61,99 % des unions locales n’ont pas de droit syndical mis à disposition. Syndicalisation des individuel·les dans les unions locales du fait du manque de syndicats dédiés et en lien avec notre déploiement dans les TPE, cohérence du périmètre avec l’évolution des bassins de vie et d’emploi sont les problématiques qui remontent du questionnaire préparatoire à la conférence des unions locales adressé aux unions départementales, problématiques confirmées lors des réunions avec les organisations du CCN. […]
La conférence sur les unions locales des 11 et 12 octobre 2022 a réuni plus de deux cents participant·es. Elle a permis de nous placer à l’offensive en remettant les unions locales au centre de nos enjeux de proximité avec le monde du travail. Des unions locales utiles et efficaces pour les salarié·es, pour gagner l’adhésion à la CGT et y remettre du revendicatif, et pour les syndicats, aux antipodes du « trop de juridique » et de l’institutionnalisation. Une telle initiative n’avait pas eu lieu depuis 2007.
Conclusion
[…] « Pour gagner il ne suffit pas d’être fort·e chez soi, il faut être fort·e partout ! » Il nous faut retrouver des syndicats forts redevenant l’outil de déploiement de masse et de conquête de la CGT, dont l’« orga » et les syndiqué·es constituent le socle, la force, le moteur, la démocratie syndicale et ouvrière, le levier, et le cahier revendicatif, le carburant.
La « culture d’orga » c’est définir le périmètre de vie démocratique le plus pertinent permettant d’engager le débat d’idées le plus riche, l’élévation du niveau de conscience le plus grand, et la capacité d’action la plus forte pour gagner. Le défi posé est la culture d’orga capable au XXIe siècle de construire le contrepouvoir nécessaire pour le monde du travail ! Depuis plusieurs mandats, nous travaillons cela autour de notre capacité à dépasser l’institutionnalisation, la recomposition du capital, la mutation du salariat et les nouvelles formes de travail. Des métiers relèvent aujourd’hui de plusieurs champs professionnels. La question ne peut se limiter à affecter des syndiqué·es toujours en plus grand nombre dans une juste création de syndicats multiprofessionnels.
Ce mandat a encore permis de mûrir le questionnement, la réflexion sur le sens d’une structuration efficace dans l’affrontement capital-travail. Réappréhender l’orga par le processusde production ne guide-t-il pas avec évidence sur les enjeux Ictam ? L’intérim ? La sous-traitance ? …
Ne devons-nous pas traiter plus profondément des questions telles que celles des groupes, des sièges autour des métropoles et de l’Île-de-France, de la spécialisation des territoires ? Les grandes entreprises ne sont-elles pas structurantes de tous les nouveaux secteurs d’activité et ceux à forts potentiels pour la CGT tels qu’Amazon, Uber, etc. ? Il s’agit bien d’agir pour se trouver en phase avec la réalité de la précarité, de la jeunesse, du digital et de toutes formes de discriminations. […]
Document d’orientation – Thème 2 : Pour la reconquête de nos forces organisées et de notre audience électorale
Structuration
Une CGT utile au salariat dans un monde du travail en constante évolution, cette problématique n’est pas nouvelle, mais n’a jamais été aussi essentielle, partant du constat que les bassins d’emplois ont changé, que les collectifs de travail ont explosé, alors que notre CGT, dans son organisation, n’a pas changé.
Nous devons nous interroger sur la pertinence de nos outils, de leur efficacité, sur le nombre de nos structures, pour examiner ce qu’il y a éventuellement lieu de bouger pour être plus efficaces, et avoir ainsi des organisations mieux adaptées aux réalités de la société et du salariat tel qu’il est, en fonction des moyens existants.
Nous avons besoin de définir et proposer des moyens qui permettront à toutes les structures de la CGT d’être plus efficaces, utiles aux salarié·es, et de gagner l’adhésion à la CGT ! La CGT ne peut pas, ne peut plus attendre, face à un salariat du XXIe siècle. Nous devons faire évoluer nos structures, imaginées au début du XXe siècle, sans renier nos fondamentaux.
Lorsque des salarié·es franchissent le pas de l’adhésion, ils et elles adhèrent à un syndicat. Par la double affiliation à leur union départementale et à leur fédération, ils adhèrent à la CGT. Bien qu’ils et elles ne connaissent a priori pas notre structuration, ils et elles connaissent la CGT par ses militant·es et par ce qu’elle est, combative et proche du monde du travail, au service de leurs intérêts immédiats. La place des syndiqué·es individuel·les doit être une priorité. Nous réaffirmons qu’il ne peut y avoir de syndiqué·es sans syndicat. Traiter cette question, c’est engager une analyse précise sur la forme la plus pertinente pour notre organisation (périmètre des syndicats, syndicats d’entreprise, interentreprises, syndicats locaux, départementaux, régionaux ou nationaux), mais aussi sur le périmètre des fédérations.
Syndicats
De nombreuses difficultés sont aujourd’hui identifiées concernant la création de syndicats. Une partie découle de la répression patronale, une autre tient à notre organisation, par exemple le manque de volontaires pour animer un syndicat. Un syndicat peut-il être efficace s’il se résume aux seul·es élu·es (dans les instantes représentatives du personnel) ?
Le syndicat : la base de la CGT
Nos syndicats sont marqués par une très grande disparité de tailles et de périmètres, parce que la réalité du travail est plurielle. Il ne peut y avoir d’uniformité dans la forme des syndicats. Ils doivent répondre à plusieurs critères pour trouver leur place, quelle que soit sa forme, dans l’organisation CGT. Près de 100 000 de nos syndiqué·es ne sont rattaché·es à aucun syndicat.
Nous faisons le constat que les orientations prises sur ce sujet n’ont pas été mises en œuvre, puisque le nombre de syndiqu·ées dit·es individuel·les a de nouveau augmenté depuis notre précédent congrès, traduisant une mutation du salariat.
Nous devons poursuivre le travail avec les unions départementales et les dix fédérations concernées par le plus grand nombre de syndiqué·es individuel·les ; organiser des états généraux sur les formes des syndicats existants ; faire le bilan des expérimentations qui ont été faites ; mettre sans attendre de nouvelles formes d’organisations en place pour faire des propositions concrètes au 54e Congrès confédéral, en veillant à maintenir l’implantation de nos organisations au plus près des salarié·es.
Les unions locales
Dans la perspective d’être à l’offensive, il nous faut remettre les unions locales au centre de nos enjeux de proximité avec le monde du travail, pour gagner l’adhésion à la CGT et y remettre du revendicatif, pour tous les syndicats, aux antipodes du « trop de juridique » et de l’institutionnalisation. Les unions locales jouent un rôle crucial dans le développement des luttes, des formations et de l’organisation sur un bassin d’emplois. Les unions locales sont le lieu où se réunissent les camarades des différents champs professionnels, c’est là que doivent se construire les revendications et les luttes interprofessionnelles. C’est dans les unions locales que se construit l’unité des travailleur·ses, où l’on déconstruit le corporatisme, l’institutionnalisation. La vitalité des unions locales dépend de la mutualisation des temps syndicaux et de l’implication des camarades dans l’activité interprofessionnelle. La plupart des unions locales sont en difficulté financière et/ou en difficulté de moyens humains. Cela doit nous amener à réfléchir sur la façon de leur donner les moyens de mener à bien leur activité.
Les unions locales ont un rôle central dans l’accueil des travailleur·ses pour la mise en œuvre d’actions revendicatives, interprofessionnelles, locales et le soutien aux syndicats. La conférence nationale sur les unions locales a permis, à partir d’expériences concrètes tant sur les bassins d’emplois qu’avec des syndicats de site, des évolutions de périmètres sur un même département, voire sur plusieurs. Des projets communs avec différentes structures de la CGT, franchissent allègrement les périmètres habituels de nos organisations et acceptés par tou·tes parce que construits avec tou·tes, comme l’exemple des unions locales mobiles ou l’expérimentation d’antennes, le tout en cohérence aussi avec les bassins de vie.
Les unions départementales
L’union départementale est l’organisation territoriale qui coordonne l’activité entre le local, le départemental et le professionnel. Or, le glissement d’activités des unions locales vers les unions départementales ne leur permet plus de jouer correctement leur rôle structurant permettant de rendre visible la CGT sur le territoire. Cela nécessite de renforcer leurs capacités, leurs moyens et leur rôle politique.
Les fédérations
Les fédérations sont un élément clé de notre organisation pour avancer sur les champs professionnels, pour défendre les acquis des salarié·es et gagner sur des revendications collectives. Les évolutions du monde du travail nous poussent à mieux travailler ensemble entre fédérations.
Comment s’adresse-t-on aux syndiqué·es dont le métier peut être représenté dans plusieurs fédérations (par exemple, l’aide à domicile) ? Nous devons engager impérativement un travail interfédéral autour de cas concrets – aide à domicile, Ehpad, petite enfance, centres d’appels, etc., – mais aussi sur des réflexions politiques : enjeux industriels, transports, aménagement du territoire et travail en filières, et consulter les fédérations, les syndicats et les syndiqué·es concerné·es pour affiner nos réflexions. La Confédération coordonnera avec les fédérations l’organisation de ce travail sur le mandat à venir.
Les comités régionaux
Bien que la question de modification statutaire ne soit plus d’actualité, les comités régionaux sont des outils de coordination territoriale dans la CGT. Durant ce mandat notamment, pendant toute la période de la crise sanitaire, leur utilité et leur pertinence ont été démontrées. Ces structures ont été une aide, un lieu de croisement d’informations et d’initiatives pour faire converger les expériences à l’échelle d’une région.
Nous devons nous appuyer sur cette expérience, avec l’ambition de donner plus de visibilité et de lisibilité aux comités régionaux. Ils sont des acteurs de complémentarité, de cohérence de l’activité CGT en territoires dans une dimension interprofessionnelle, ainsi que le précisent les orientations du 52e Congrès.
Aussi, l’ancrage territorial des fédérations partant des filières est à explorer, permettant une coordination des unions départementales, voire des syndicats avec plusieurs fédérations. Ainsi, l’apport professionnel au sein des comités régionaux est le bon axe de travail pour porter des enjeux revendicatifs.
Au-delà de cela, les différentes étapes de décentralisation, mises en place en France depuis quarante ans maintenant, amènent les régions à être dotées de compétences de premier ordre dans des domaines structurants : développement économique, gestion des programmes européens, formation professionnelle, apprentissage et alternance, lycées, aménagement du territoire et environnement, transports. Le rôle des comités régionaux CGT doit prendre en compte cette réalité afin qu’ils soient des interlocuteurs syndicaux incontournables au plan régional.













