Congrès CGT 2019 : les débats commencent tôt

Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+Share on LinkedInEmail this to someonePrint this page

Le dernier Comité confédéral national (CCN) de la CGT en mai 2018 (le CCN est une instance fédérative qui réunit les unions départementales et les fédérations professionnelles) avait entre autre à son ordre du jour les questions internationales et la validation (ou non) du processus engagé dans les « marées populaires » pour le 26 mai. Ce sont donc de gros enjeux d’orientation : la stratégie de luttes et le rapport au « politique », les affiliations internationales de la CGT : CES et CSI. La CSI est la Confédération syndicale internationale créée en 2006 avec la participation CGT. Ces enjeux expliquent que des structures CGT, critiques de l’orientation, éprouvent le besoin de s’exprimer très tôt pour le futur congrès de 2019, alors qu’aucun document n’est encore écrit. C’est cependant assez rare pour le souligner. Nous avions également publié récemment une prise de position de syndicats du Nord de la France. Nous publions ci-dessous deux documents qui circulent  (et dont Le Monde a parlé) : un texte non signé (et donc plein de mystères…) qui s’inquiète d’une dérive trop radicale, et inversement un nouveau texte de Jean-Pierre Page (ancien responsable du secteur international CGT), extrait d’un livre (CGT: pour que les choses soient dites, Delga, juin 2018), qui remet en cause les choix de la CGT affiliés au syndicalisme « de la pensée unique » (CES et CSI) et défend la réadhésion à la Fédération syndicale mondiale (FSM). Plusieurs structures de la CGT se sont déjà exprimées en ce sens.

e26ed98ab94288fbb378703c7a3317

 

 

  • Un document non signé intitulé « La CGT en avant » et datant d’avril 2018 :

« La CGT en avant ! »

« Dirigeants, militants de la CGT nous décidons de prendre la parole pour donner notre point de vue dans la préparation du congrès qui s’annonce. Nous le faisons de façon collective mais anonyme pour des raisons liées à nos mandats respectifs.

Il est temps que la CGT reprenne l’offensive en ce qui concerne sa nécessaire évolution. Parce que le monde bouge, parce qu’il ne peut s’agir de « continuer la CGT » ou de « défendre la CGT » comme si le paysage n’avait pas évolué. La CGT a connu des heures glorieuses qu’il ne s’agit pas de renier mais en s’appuyant sur celles-ci de ne pas rester au milieu du gué des changements nécessaires.
Comme l’a dit Philippe Martinez lors d’un récent CCN nous ne sommes pas pour un syndicalisme dogmatique ou idéologique, encore faut-il tirer les conclusions d’un tel positionnement.
Oui dans cette économie mondialisée le monde du travail a besoin d’un syndicalisme fort parce que moderne et rassemblé, force de proposition et à l’offensive dans les négociations.
Plus que jamais nous devons agir pour cette Europe sociale que d’aucuns appellent de leurs voeux sans jamais souligner les pas en avant qui sont faits.
On ne fera pas progresser les droits pour les salarié-e-s en campant dans des positions stériles d’opposition.
Oui le dialogue social peut permettre des avancées. Dans d’autres pays d’Europe les syndicats sont mieux entendus parce que pragmatiques et unis. Nous devons reprendre ce chemin qui semble avoir été abandonné depuis l’épisode de la loi travail : pour quel résultat si ce n’est des journées de grèves perdues, un  goût amer dans la bouche des militants et au final une loi qui passe quand même. Et on s’apprêterait à reproduire en 2018 ce qui a échoué en 2016 et 2017 ?
Quand certains voient la solution dans un alignement sur les partis politiques ou des journées fourre-tout pompeusement appelées « convergence des luttes » nous pensons avec notre secrétaire général que nous devons « cultiver notre jardin syndical » et nous en tenir à la défense stricte des revendications exprimées sans vouloir faire dire aux luttes ce qu’elles ne disent pas. Nous devons aller plus loin et plutôt que de camper dans un isolement sectaire reprendre le dialogue avec les autres confédérations avec le souci d’aboutir et d’avancer.
Oui la négociation n’est pas un mot tabou et permet des résultats, la preuve par le DGB allemand.
Pourquoi par exemple  la confédération ne diffuse pas massivement la dernière déclaration de la CES qui montre les avancées obtenues au niveau de l’Union européenne?
Par volonté de s’en tenir à la rhétorique de la lutte des classes ?
Pour ne pas contrarier celles et ceux qui rêvent d’un retour en arrière dans une FSM enfermée dans des schémas anciens?
Pourquoi la CGT n’a pas diffusé massivement l’analyse de Pernot sur les enjeux du syndicalisme actuel ? Parce qu’il a été dirigeant national de la CFDT ou qu’il est connoté trop proche du MUP ?
Force est de constater aujourd’hui que la CGT recule quand elle campe sur des positions doctrinaires et qu’au contraire elle progresse quand elle sait être un partenaire social force de propositions réalistes.
Pour aider au débat nous nous permettrons dans les mois qui viennent de diffuser nos réflexions et des textes du syndicalisme national ou international choisis par nos soins.

La CGT en avant !« 

  • Le document de Jean-Pierre Page intitulé : « La CGT, l’Europe et l’Union sacrée« . Ce texte est long, mais nous pouvons en extraire un passage significatif. Accès au texte complet en cliquant sur : CGT et Union sacreģe

Extrait page 27 :

[…]« Depuis un certain temps la direction de la CGT évoque pour les stigmatiser les positions souverainistes qu’elle assimile au racisme, à la xénophobie, à l’extrême droite. Elle va même jusqu’à interdire dans les manifestations la présence d’organisations qui contestent l’euro et se prononcent pour une sortie de l’UE.  L’amalgame avec le Front National est d’autant plus grotesque que l’on a jamais vu Marine Lepen ou Dupont Aignan défiler dans les cortèges de la CGT ! Mais pour la CGT c’est quoi le souverainisme ? Quelle définition donne-t-elle, on ne le sait pas? Est ce la défense de la souveraineté nationale, ou la souveraineté populaire qui serait en cause ? La défendre c’est juste ou pas ? Que faut-il penser des combats d’hier pour soutenir le produire français, était-ce du nationalisme, du souverainisme,  et les combats de la résistance pour l’indépendance nationale ? La lutte des Grecs, celle des Palestiniens, voir celle des Britanniques et des  Italiens contre les abandons de souveraineté au bénéfice de l’Europe allemande,  c’est quoi ? La lutte anti-impérialiste  c’est du souverainisme ou pas? Faut-il au nom de l’Europe, de l’Allemagne, de la France, de la Commission de Bruxelles  soutenir un déni de démocratie en Italie, qui se retournera contre ses auteurs parce que l’on a voulu imposer le choix d’un chef de gouvernement contre un autre. L’Italie n’est quand même pas une république bananière ! […]« 

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *