Les documents ci-dessous sont parus au début de février 2026, après la répression sanglante des peuples d’Iran contre la dictature. Ils sont extraits de Echo d’Iran, Bulletin d’information du mouvement ouvrier en Iran (N°27) dont nous donnons l’accès complet en téléchargement. Ce bulletin est publié par l’organisation Solidarité Socialiste avec les travailleurs en Iran (SSTI), dont une militante avait pris la parole au congrès CGT en 2023. Ces articles témoignent, à l’heure où le pays est cette fois sous les bombes de Trump et de Netanyahou de la vivacité des luttes syndicales, culturelles et des actes de résistance des peuples d’Iran.
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| DECLARATION DE L’ASSOCIATION DES ECRIVAIN.E.S D’IRAN |
| Le massacre des manifestant.es n’entrave pas la voie de la quête de liberté
La République islamique a répété, en l’espace d’environ deux semaines et à une échelle vaste et terrifiante, l’ensemble des crimes qu’elle avait commis au cours de quarante-sept années de domination sanglante. Comme on le redoutait, « le régime a rempli les prisons et les cimetières de manifestant.es ». Le pouvoir, en coupant toute possibilité de communication — de l’Internet aux SMS et lignes téléphoniques — a massacré, dans un silence absolu, une population à bout de souffle. Il a qualifié les personnes massacrées d’« émeutier.es » et d’« ennemi.es », ouvrant ainsi la voie à la poursuite d’une guerre totale contre le peuple. Il a enlevé les blessé.es des hôpitaux, enterré les mort.es en secret, entassé des monceaux de cadavres dans des hangars et les a stockés dans des semi-remorques. Il a envoyé des proches sans repères fouiller parmi les tas de corps à la recherche des leurs. Il a arrêté des milliers de personnes — enfants, personnes âgées et jeunes —, augmenté le nombre des disparitions forcées de ces quarante-sept dernières années et, en poursuivant une politique d’intimidation, tenté de faire taire les témoins des crimes, y compris le personnel soignant. Dans un climat de répression féroce et de monopole du régime sur l’information, le pouvoir a consigné sa version des événements dans ses propres médias avec une mise en scène triomphale. Cette spirale de mort a plongé une société endeuillée et meurtrie dans une stupeur telle qu’il peut sembler désormais impossible d’opérer un changement fondamental de l’ordre existant par la seule volonté du peuple. L’ampleur terrifiante des crimes du pouvoir a ouvert la voie à l’intervention de forces exploiteuses, leur permettant de dissimuler leur histoire coloniale sanglante derrière le masque du « sauveur » et de tirer profit de ce moment de sang et de soulèvement populaire. Il ne fait aucun doute que celles et ceux qui lient le rêve de liberté à une intervention militaire extérieure souhaitent fonder leur édifice sur les ruines de cette terre. Le destin du peuple n’est pas de devoir choisir entre les agissements du pouvoir et ceux des puissances étrangères. L’histoire des soulèvements passés, des répressions et des nouveaux soulèvements a montré que la force et la volonté d’un peuple exaspéré par la corruption, la discrimination et les inégalités ne disparaîtront pas : elles s’organiseront consciemment et s’imposeront aux détenteurs du pouvoir et du capital. Ce sont les peuples qui déterminent leur propre destin. L’Association des écrivain.es d’Iran, qui depuis des années, malgré la répression du pouvoir, défend sans aucune restriction ni exception le droit à la liberté d’expression. Elle se tient constamment aux côtés du peuple épris de liberté, sera, de toutes ses forces, la voix des opprimé.es et des partisan.es de la liberté jusqu’à la tenue d’un procès populaire et équitable de tous les donneurs d’ordre et exécutants des crimes du régime. L’Association des écrivain.es d’Iran appelle les écrivain.es épris.es de liberté et les institutions alliées du monde entier à ne pas détourner un seul instant leur regard de l’Iran et à être la voix des manifestant.es, des survivant.es et des personnes détenues•
Association des écrivain.es d’Iran Téhéran, 27 janvier 2026 |
| Déclaration de l’Association professionnelle des enseignant.es d’Iran (Téhéran) condamnant le massacre et la répression sanglante des manifestant.es |
| Depuis quarante-sept années, le peuple iranien subit un régime inefficace, corrompu et sanguinaire. Exaspéré, il est descendu dans la rue pour reprendre son « droit à la vie » et sa « dignité humaine ». Comme à son habitude, la réponse du pouvoir, a été les balles, la répression et la brutalité.
Après près d’un demi-siècle de gouvernance, la République islamique ne connaît toujours aucun autre langage que celui du châtiment et de la répression pour s’adresser à la nation. Une fois encore, le pouvoir, en recourant à la propagande médiatique et aux scénarios éculés des « agents étrangers » — un modèle usé et voué à l’échec, en place depuis les années 1980 jusqu’à aujourd’hui — tente d’effacer de ses mains la tache infamante de ces tragédies ; ignorant que ces mensonges ne sont désormais plus crédibles, même pour les rares soutiens du régime. En moins d’une semaine, l’un des chapitres les plus sanglants de la répression dans l’histoire contemporaine de l’Iran a été écrit. Des dizaines de milliers d’enfants, de femmes et d’hommes ont été plongé.es dans le sang et la poussière, et des milliers d’autres se trouvent dans des centres de détention sécuritaires et des prisons, soumis.es aux conditions les plus inhumaines. Selon les statistiques documentées des organisations de défense des droits humains et les observations de terrain des associations professionnelles d’enseignant.es, plus de 150 enfants et adolescent.es (de moins de 18 ans) ont vu leur vie sacrifiée sur l’autel du maintien du pouvoir, et plus de 10 enseignant.es intègres ont été, au cours de ces manifestations, victimes de la répression systématique exercée par les forces de sécurité et militaires. En tant qu’Association professionnelle des enseignant.es de Téhéran, tout en présentant nos condoléances à la nation endeuillée, nous déclarons clairement que nous nous tenons de toutes nos forces aux côtés des revendications de justice et de liberté du peuple, et que nous considérons comme notre devoir moral et civique de faire partie du processus menant à la démocratie, aux droits humains et à la justice sociale dans notre pays. De plus, en tant qu’institution civile et professionnelle, nous formulons explicitement les revendications suivantes : 1. Le pouvoir doit, au lieu de diffuser des mensonges, assumer la responsabilité de ce massacre de grande ampleur et mettre fin à la militarisation des établissements éducatifs. 2. Toutes les personnes détenues, en particulier les élèves et les enseignant.es enlevé.es et emprisonné.es, doivent être libérées immédiatement et sans condition. 3. Nous appelons la société civile mondiale ainsi que les syndicalistes et salarié.es du monde entier à manifester leur solidarité avec le peuple iranien face à cette barbarie flagrante et à porter la voix de l’oppression du peuple iranien à l’attention de l’opinion publique internationale• 31 janvier 2026 |
| Le Syndicat des travailleurs/euses de la compagnie des autobus de teheran et de sa banlieue (VAHED) condamne le massacre des manifestant.e.s |
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Le peuple opprimé de notre pays pleure une fois de plus ses enfants. Cette fois-ci, le massacre des manifestants et manifestantes qui s’opposaient aux politiques économiques et sociales de la République islamique est encore plus généralisé et horrible que les massacres de rue des années 1980, ainsi que les massacres de décembre 2017/janvier 2018, novembre 2019 et septembre 2022. Le choc immense qui a saisi la société ne provient pas de la surprise – car nous avons toujours connu l’étendue de la malveillance et de la brutalité des forces répressives au pouvoir – mais plutôt du fait que les dirigeants, sans la moindre considération, ont décidé de procéder au massacre de milliers d’enfants de ce pays. Cela prouve une fois de plus que tout espoir de réforme ou de changement au sein du système est définitivement perdu, même pour les individus les plus optimistes et les plus naïfs. Le pouvoir en place a une fois de plus démontré qu’il n’accordait aucune valeur à la vie du peuple et de nos enfants. Comment peut-on commettre un tel massacre et ensuite, avec un comportement impitoyable et inhumain, exposer les corps des victimes aux yeux du public ? Un tel gouvernement peut-il conserver la moindre légitimité dans l’esprit du peuple ? À la suite de la publication de la déclaration du Syndicat intitulée « Soutenir la juste lutte du peuple ; avancer vers une liberté et une égalité réelles, et non vers un retour au passé », nous avons nous aussi, comme plus de 93 millions de personnes à travers le pays, été privés d’accès à Internet et à d’autres moyens de communication. Un black-out systématique qui s’est poursuivi jusqu’à ces derniers jours, et même aujourd’hui, les communications restent peu fiables. Néanmoins, le Syndicat continue de souligner son principe fondamental et inviolable : la véritable libération du peuple iranien n’est possible que grâce à un leadership collectif et à la participation consciente, organisée et indépendante de l’ensemble de la classe ouvrière, ainsi que des autres couches opprimées du pays, et non par une intervention militaire des États-Unis et d’Israël, ni par aucune autre puissance étrangère avide de pouvoir ou par leurs forces affiliées et alliées. Tout en condamnant fermement le massacre des populations défavorisées du pays, le Syndicat présente ses sincères condoléances aux familles et aux proches des personnes tuées lors du soulèvement de janvier et exige la libération immédiate et inconditionnelle de tous les détenus. On entend parler tous les jours d’exécutions. Le gouvernement doit savoir que même l’exécution de milliers de prisonniers politiques dans les années 1980 n’a pas empêché le peuple de continuer à réclamer justice, liberté et égalité. Les massacres et les exécutions de masse d’aujourd’hui, dans une société beaucoup plus grande, mieux informée et plus diversifiée, ne pourront pas seulement contenir les profondes protestations sociales et le mécontentement, mais ils augmenteront également l’ampleur de la colère publique. La voie la moins coûteuse pour le peuple et le pays est que vous vous retiriez tous immédiatement et que vous mettiez fin immédiatement à la machine à tuer, à la répression et à la destruction du pays• Vive la liberté, l’égalité et la solidarité du peuple ! La solution pour les travailleurs, les travailleuses et le peuple réside dans l’unité et l’organisation. 27 janvier 2026 |
Déclaration de SSTI
Trois semaines se sont écoulées depuis le début du soulèvement courageux des peuples d’Iran.
Les protestations, qui ont commencé par la grève des commerçants du bazar de Téhéran contre la hausse des prix, la vie chère et du taux du dollar, se sont très rapidement transformées en contestations nationales.
Deux ans après le soulèvement populaire, déclenché à la suite de l’assassinat brutal de Mahsa Jina Amini, les iraniennes et iraniens sont de nouveau descendu.es dans les rues de nombreuses villes en scandant « A bas le dictateur » et « mort à Khamenei ». On a aussi entendu à l’Université ou dans les quartiers « Ni monarque, Ni guide, Liberté et Egalité ». Dans la poursuite de la répression et de la volonté d’écraser le soulèvement, le régime a coupé l’essentiel des moyens de communications avec l’étranger : les communications téléphoniques internationales sont extrêmement limitées et Internet est complètement coupé.
Le régime se livre à un véritable massacre, à huis clos.
L’ampleur des luttes et la radicalité des slogans contre la République islamique sont sans précédent. Des citoyen.nes désarmé.es sont descendu.es dans la rue en criant leur volonté d’en finir avec le régime théocratique.
En raison de la coupure d’internet, les informations parviennent difficilement à l’étranger. Toutefois, on parle de milliers, voire de dizaines de milliers de mort.es.
Les arrestations sont massives.
L’écrasante majorité du peuple iranien est opposée à toute intervention étrangère, en particulier militaire. Donald Trump, le président imprévisible des États-Unis, en affirmant que « l’aide [américaine] est en route », nourrit à la fois de faux espoirs chez une partie de la population et trouve un prétexte supplémentaire au régime pour intensifier la répression.
Le peuple iranien a besoin du soutien des forces progressistes du monde entier. En Occident, il faut faire pression sur les gouvernements pour qu’ils renoncent à toute forme de compromis ou d’arrangement avec le pouvoir iranien.
Au lieu de négocier avec ce régime dictatorial, ils doivent exercer une pression réelle par des voies politiques, diplomatiques et économiques, pour mettre fin aux massacres et à la répression.
Le régime de la République islamique est violemment rejeté par l’immense majorité de la population. Le peuple iranien, avec le soutien des peuples du monde, poursuivra sa lutte pour son renversement.
Solidarité socialiste avec les travailleurs en Iran soutient de toutes ses forces les luttes du peuple iranien à travers tout le pays, et remercie toutes les organisations apportant leur solidarité aux Iranien.nes et Iraniens en lutte organisations apportant leur solidarité aux Iranien.nes et Iraniens en lutte•
Paris, 17 janvier 2026
Manifestations étudiantes de janvier 2026 – 86 mort.es, cinq suicides et boycott national des examens
Au moins 86 étudiant·e·s ont été tué·e·s lors des manifestations de janvier 1404, selon des sources universitaires. Ce chiffre ne reflète pas la totalité des victimes, en raison des pressions sur les familles et des restrictions sur les communications. Des centaines d’étudiant·e·s ont également été arrêté·e·s, tandis que la fermeture des universités a favorisé une répression silencieuse.
La situation a eu des conséquences tragiques : cinq étudiant.es se sont suicidé.es récemment, victimes de pressions psychologiques et sécuritaires.
En réponse, les étudiants en sciences médicales de 29 universités à travers le pays ont lancé un boycott coordonné des examens, réclamant justice pour leurs camarades assassiné.e.s et refusant la normalisation de la répression•
Conseil de coordination des protestations des infirmières et infirmiers
A propos des crimes dans les centres de soins
Le mois de janvier 2026 a été composé d’une succession de jours horribles pour les infirmier-es, le reste du personnel soignant, et bien entendu l’ensemble du peuple iranien. Des événements sanglants et des massacres de rue vastes et généralisés ont fait des hôpitaux et des centres de soins, un champ de bataille entre l’ignominie et l’humanité.
Le mois de janvier 2026 est désormais un modèle de ce que le crime organisé est capable de faire pour violer ouvertement et détruire le caractère sacré des soins médicaux dans les hôpitaux, ainsi que toutes les normes internationales.
Des blessé.es qui s’étaient réfugié.es à l’hôpital auprès du personnel soignant pour être traité.es et sauvé.es de la mort ont été brutalement assassiné.es sur leurs lits d’hôpital ou enlevé.es, sous les yeux médusés des infirmièr.es et du personnel médical.
Des ambulances, au lieu de transporter et de protéger les blessé.es, ont été détournées pour transporter les forces de répression, ou bien, lorsqu’elles transportaient des blessé.es, ont été criblées de balles.
Toutes les normes humaines et professionnelles du domaine des soins ont été brisées. Les établissements de santé se sont transformés en scènes de guerre et de massacre des êtres humains.
Les forces répressives ont placé, les infirmiers, les infirmières et le personnel soignant dans une situation insupportable. Elles nous ont menacé.es et arrêté.es, afin de nous empêcher d’accomplir nos devoirs professionnels et humains envers des blessé.es.
Nous, les infirmier.es et le personnel soignant avons toujours été aux côtés du peuple dans toutes les situations de crise, et nous avons accompli avec dévouement nos devoirs professionnels et humains.
Les numéros de téléphone qui avaient été communiqués par les médecins et les infirmiers avant la coupure d’Internet afin de pouvoir prendre en charge les blessé.es ont entraîné des arrestations et la fabrication de dossiers sécuritaires.
Les médecins et les infirmier.es sont venu.es en aide aux blessé.es, que ce soit dans les rues, dans les centres de soins ou à domicile, et en chemin, certain.es d’entre eux/elles ont été tué.es.
Nous, infirmières, infirmiers et personnels de santé, nous protestons depuis des années contre nos conditions de vie et de travail. Notre contestation a dû faire face à la répression, aux menaces, aux licenciements et au montage de dossiers. Nous faisons aujourd’hui écho aux cris de protestation populaire dans les rues. Nous en sommes solidaires, et nous partageons le même destin que les manifestant.es.
Notre liberté repose sur la volonté directe du peuple, à l’écart de toute forme de domination.
Le Conseil de coordination des protestations des infirmier.es rend hommage à la mémoire de toutes les personnes ayant perdu la vie dans ce massacre terrifiant. Il adresse son salut à tous/toutes les infirmier.es et personnels soignant qui ont tenu bon jusqu’au sacrifice de leurs vies pour sauver celle des blessé.es. Tous les infirmier.es et les personnels de santé arrêtés doivent être immédiatement libérés, et les montages de dossiers contre eux doivent cesser.
Tous les commanditaires et auteurs des massacres, des enlèvements de blessés et des crimes commis au sein des espaces de soins et des hôpitaux doivent être traduits en justice.
Nous, infirmières, infirmiers et personnels de santé, déclarons que nous sommes solidaires et aux côtés de toutes les personnes blessées qui ont besoin de soins, que ce soit à leur domicile ou dans les centres de soins.
Nous sommes également aux côtés du peuple, accablé par la pauvreté, la vie chère et la crise de subsistances, nous sommes uni.es et solidaires avec eux/elles. (Lire la suite en page suivante) ®
« À quoi sert la science lorsque la vie humaine n’a aucune valeur ? »
Quand le sang coule dans les ruelles, nous ne nous autorisons plus le silence.
Ce mois de Janvier, nous avons traversé des jours dont le récit même met les mots en échec. Des gens descendus dans la rue pour réclamer leurs droits sont tombés sous des tirs de balles réelles. Non pas sur un champ de bataille, mais dans les ruelles et les avenues. Il n’a fallu que quelques jours pour que la liste des mort.es s’allonge au point qu’il devienne impossible d’en estimer le nombre.
Cette liste n’est pas une simple succession de noms. Chaque nom représente une famille endeuillée, une mère en deuil, un avenir anéanti. Ce sont des êtres humains qui étaient vivants. Des femmes qui voulaient vivre, des hommes qui aspiraient à la liberté, des étudiant.es qui refusaient de se soumettre à l’humiliation de vivre sous une telle tyrannie. Des étudiant.es qui, un jour, se sont assis.es dans ces mêmes salles de classe, ont arpenté ces mêmes facultés, respiré le même air et, entre ces mêmes murs, ont parlé et ri. Des étudiant.es tels que Mohammadreza Moradali, promotion 95 de la faculté de génie informatique de l’Université Sharif, qui a été tué le 9 janvier 2026, et de qui il ne reste désormais que le souvenir et la mémoire.
Nous avons vu tout cela. Nous avons vu le sang sur le sol, les cadavres alignés à Kahrizak. Nous avons entendu les témoignages de celles et ceux qui ont vu la mort de leurs propres yeux. Une mort jaillissant du canon des fusils de personnes dont la mission était de protéger le peuple, non de le tuer. Et plus que tout, nous avons entendu votre ordre. Ce n’était pas le Seigneur, mais ce démon qui est descendu sur vous et a parlé par votre bouche en disant : « Tuez ! » Et ils ont tué. Sans hésitation, sans conscience, sans pitié.
Les mêmes personnes que vous qualifiiez, pendant les jours de guerre, de « nation noble et vaillante
» ont soudain été désignées comme des « émeutiers » et des « terroristes ». Les mêmes personnes qui ont vécu pendant des années sous le poids des difficultés et des pressions imposées par votre oppression sont maintenant traitées de « voyous » et de « malfrats ». Comme si vous aviez oublié qu’on ne peut pas élever tout un peuple jusqu’au ciel un jour ; pour l’écraser au sol le lendemain. Vous avez oublié que les mots ont un sens, et que la mémoire du peuple n’est pas courte.
Ceux qui, pendant des années, du haut des chaires, répétaient que « le sang innocent fait s’effondrer les fondements des gouvernements » se sont aujourd’hui soit murés dans le silence, soit ont purifié les balles à l’aide de mots embellis. Ils ont arraché aux familles des victimes le droit aux tirs, prétendant que ceux-ci avaient été tirés par l’ennemi. Ceux-là mêmes qui criaient « Hayhât minnâ adh-dhilla » (« Loin de nous l’humiliation ») ont aujourd’hui adopté le plus vil des silences et se contentent de contempler les cimetières ; des cimetières qui, sur ordre de quelqu’un qui se croit infaillible, accueillent chaque jour davantage d’êtres humains innocents.
Ce n’est désormais plus le temps des avertissements, des mises en garde, ni du silence. Il est temps de dire que nous sommes témoins. Nous voyons ce qui s’est passé et nous n’oublierons jamais ce crime•
Nous réclamons la justice pour les personnes massacrées au sein même des centres de soins, et pour la violation de la protection de la vie des patient.es et des blessé.es•
L’unité et l’entraide sont la clé de notre victoire
Pour un avenir meilleur, unissons-nous dès aujourd’hui !
Conseil de coordination des protestations des infirmier.es
29 janvier 2026
Déclaration conjointe de quatre organisations indépendantes : Le soulèvement de janvier, le massacre du peuple, et leurs leçons
« Comment se fait-il que tous ces rêves naissants, encore boutons fermés au souffle du printemps, se fanent déjà dans mon âme, et se fondent silencieusement dans la terre ? »
En ce mois de janvier, d’énormes manifestations ont eu lieu de la part du peuple souffrant et épuisé par l’injustice et l’exploitation. Ces protestations se sont rapidement transformées en un soulèvement massif et généralisé. En peu de temps, plus de 190 villes, grandes et petites, ainsi que de nombreuses zones rurales, se sont soulevées et ont exprimé leur colère et leur haine contre le pouvoir politique et les responsables du pays. Le peuple est descendu dans les rues, transformant les places et les artères publiques en scènes de protestation. Le peuple a condamné d’une seule voix les politiques du régime de la République islamique, et réclamé un changement fondamental de la situation politique et économique du pays.
La République islamique est un régime exploiteur et partisan des exploiteurs, un régime qui accentue la pauvreté et la misère de la grande majorité du peuple. Il est la cause principale de l’inflation galopante. Ce pouvoir dirige un appareil de répression et de massacre ayant déjà fait, rien qu’en ce mois de janvier, des milliers de mort.es et de blessé.es, tandis que les arrestations et les persécutions se poursuivent. Un tel gouvernement ne veut pas et ne peut même pas garantir des conditions minimales de vie pour les travailleurs/euses et les autres masses laborieuses des villes et des campagnes.
Les manifestant.es clamaient leurs droits légitimes et réclamaient de changer leur destin. Un destin qui, au cours des 47 dernières années, n’a été fait que de pauvreté, d’inégalités, de discrimination, d’oppression, de répression et de mort. Le peuple sait et a acquis la certitude que le principal responsable et soutien de tous ces crimes, de ce pillage et de cette exploitation est un gouvernement qui sacrifie tout pour assurer sa survie. Le peuple a le droit de réclamer le départ d’un régime qui a transformé le bien-être, le confort et la liberté en un rêve inaccessible.
La réponse du régime à ces manifestations, qui reflétaient la volonté du peuple, a été le massacre, le sang versé et les tirs à balles réelles. Le peuple souffrant a été témoin de ses propres yeux de cette tuerie et de ce crime majeur, voyant le sang de milliers de proches se répandre sur les pavés des rues. Combien de familles ont-elles été plongées dans le deuil de leurs enfants et de leurs yeux de lumière. Nous constatons que des milliers de personnes ont été arrêtées et emprisonnées, attendant la torture et la mort.
Nous, organisations indépendantes, condamnons ce massacre sauvage et ce crime flagrant et sans limites.
Nous nous sentons obligé.es de partager la douleur des endeuillé.es et des familles des victimes. Nous demandons des soins sans restriction pour les blessé.es et autres victimes, ainsi que la libération inconditionnelle de tous/toutes les prisonnier.es politiques, manifestant.es et personnes arrêtées.
Nous avons vu qu’un crime immense a été commis par la République islamique, et que la vie des êtres humains est devenue le gage de la survie d’un pouvoir corrompu. S’appuyant sur le pouvoir politique et le système capitaliste, celui-ci entend sauvegarder son bien-être, son confort et sa position sociale privilégiée, même au prix de massacres et de la destruction de la société.
Tous les êtres humains conscients et aux consciences éveillées dans le monde ont également observé cela, et en ont pris conscience encore davantage
La réalité est que le pouvoir inébranlable des masses, et en particulier celui des travailleurs/euses, qui constituent l’épine dorsale de la société, finira par l’emporter sur le pouvoir du régime. Ce dernier exerce, et continue d’exercer, son pouvoir avec une brutalité totale depuis près de cinq décennies, à travers la répression et le massacre des masses, des manifestant.es et des dissident.es. Face à la force consciente et bien organisée des masses, le pouvoir du régime ne sera qu’illusoire.
Nous sommes certain.es que le sol sous les pieds des détenteurs actuels du pouvoir finira par trembler. Aujourd’hui, le fossé et la fracture entre le gouvernement et le peuple se sont élargis et approfondis. Cette fracture ne pourra être comblée ni par la répression, ni par des réformes, ni par des compromis ou une diplomatie mensongère et clandestine, ni par des cheikhs, des rois ou des “héros en carton” périmés de l’histoire, ni en se tournant vers les grandes puissances, elles-mêmes responsables du massacre et de la destruction d’une grande partie du monde.
Le fossé est très profond, et aucun miracle ne pourra résoudre les crises du régime. Les nœuds des problèmes du peuple, des travailleurs/euses et autres classes laborieuses ; ne peuvent être dénoués que par eux-mêmes. Le principal levier pour changer le destin des travailleurs/euses et pour opérer une transformation fondamentale de la société, réside dans le pouvoir collectif des opprimé.es et des démuni.es, dont la force de travail, la pensée et l’effort sont à la base de la construction et de la création de la société et du monde.
La condition première d’un changement fondamental de la société est de renverser les pouvoirs corrompus et répressifs en place. Il ne sera pas simple d’y parvenir, et sans disposer des outils de lutte, sans une organisation et les connaissances militantes nécessaires. Il faut un travail patient, de tactiques et de méthodes adaptées aux conditions spécifiques, aux capacités et aux rapports de forces, tout en s’appuyant sur le flot immense des masses de salarié.es et autres classes laborieuses. Il faut des leviers puissants et étendus pour relier entre elles les masses dispersées et en finir avec l’oppression et de l’exploitation.
Ces leviers ne sont rien d’autre que les organisations indépendantes et révolutionnaires des travailleurs/euses et autres classes laborieuses ! Les masses laborieuses, et en premier lieu les salarié.es, doivent se soutenir et s’unir : la peine de l’un.e doit être celle de tous et toutes, l’effort de l’un.e doit être celui de tous et toutes, et le bien-être et le confort de l’un.e doivent être ceux de tous et toutes. C’est la leçon de l’histoire et de l’expérience de tous les mouvements victorieux. Nous devons aussi l’apprendre et l’appliquer dans notre vie et notre lutte•
Unissons–nous, organisons–nous et changeons notre destin !
6 février 2026
Syndicat des ouvrier.es de la canne à sucre de Haft Tappeh
Comité de coordination pour aider à la création d’organisations syndicales Travailleurs/euses retraités du Khuzestan
Groupe de l’union des retraité.es










