Nous reproduisons ci-dessous le compte rendu du congrès de l’Union départementale (UD) CGT de Paris, publié sur son site.
22e Congrès de l’UD CGT de Paris : plus un seul syndiqué isolé !

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Le 22e Congrès de l’UD CGT de Paris s’est déroulé du 10 au 12 février salle Hénaff, 29, boulevard du Temple. Avec des indicateurs – délégué·es, mandats, syndicats – partout à la hausse, il révèle le dynamisme de l’UD et, par-delà, l’importance du syndicalisme dans un monde en plein bouleversement, et surtout d’un syndicalisme de combat, celui qu’incarne la CGT.
C’est Karl Ghazi qui a commencé la présentation du Bilan d’activité du mandat qui s’achève, c’est-à-dire des trois dernières années, marquées, dit-il, par « des bouleversements tels que tout le monde perçoit que nous sommes entrés dans une nouvelle époque ». Et d’en recenser une longue liste, tant sur le plan écologique qu’économique mais aussi et bien sûr politique. Mais, ajoute-t-il, « cette vague n’est pas un phénomène naturel et ne comporte rien d’inéluctable ». Pour preuve les contestations qui s’amplifient : féministes, antiracistes, décoloniales, et pour la démocratie contre la dictature.
En France, « l’accession du RN au pouvoir semblait acquise à la veille des législatives anticipées. Elle a été contrecarrée par la mobilisation très large de notre camp et notamment celle de la CGT. » Pour ajouter que « le mouvement syndical reste la dernière grande force structurée ». Il est « encore puissant mais en échec », constate-t-il, et il faut se demander pourquoi. « Des éléments exogènes ? Des problèmes tactiques ? Nous ne le pensons pas.L’impasse stratégique que nous connaissons a des raisons profondes, liées à nos modes de structuration et d’action. »
S’adapter à la réalité d’aujourd’hui, ce sera le grand thème du débat d’orientation, que Karl Ghazi amorce ici : « Notre organisation n’a de sens que si elle constitue un outil effectif d’émancipation au service des travailleuses et des travailleurs. Elle doit pour cela tenir compte des évolutions des modes d’exploitation capitaliste. Ce n’est pas une option, c’est notre devoir. »
Reconstituer le collectif de travail éclaté par les patrons
C’est Adèle Tellez qui prend la suite. « De nombreux·es salarié·es veulent nous rencontrer, être aidé·es, se syndiquer, et gagner des luttes avec nous. La CGT attire, notamment dans la jeunesse. Pour preuve, la syndicalisation à Paris est en nette hausse, avec 2 000 FNI supplémentaires en 2024. » Et elle interroge : « Mais que se passe-t-il après l’adhésion à la CGT ? » Car ce que l’on sait moins c’est que « près d’un·e syndiqué·e sur cinq à la CGT n’est pas rattaché·e à un syndicat ».
« Nous avons donc réfléchi à la structuration de la CGT parisienne. Nous avons expérimenté, toujours avec les syndiqué·s concerné·s et dans le respect de la démocratie syndicale. Il n’a pas été question de faire ça ex nihilo, au risque de créer des coquilles vides. Il n’a pas non plus été question de bouleverser des structurations déjà existantes et fonctionnelles. Mais plutôt de nous tourner, au cas par cas, vers des secteurs où nos camarades rencontrent des difficultés pour s’organiser », explique Adèle Tellez, qui révèle les analyses de l’UD : « Les quatre secteurs dans lesquels nous avons eu le plus d’adhésions en ligne sont le commerce, l’éducation, les sociétés d’études et la santé-action sociale. » Dans les deux premiers, morcelés en de multiples établissements, la structuration départementale (US Commerce et CGT Éduc’action) a permis accueil et accompagnement. Puis elle a raconté comment les quatre cinquièmes des syndiqué·es des sociétés d’études étaient isolé·es et comment ils et elles se sont rassemblé·es dans un collectif parisien devenu un syndicat. Un exemple à suivre dans le secteur de la santé-action sociale.
Du bien et du moins bien
Après avoir rappelé que cette structuration existe déjà (livre, télécoms, postaux) et que l’expérience, pour diverses raisons, n’est pas forcément toujours positive (livreurs à deux-roues, nettoyage, Adèle Tellez a tenu à rappeler l’importance des Ictam pour l’UD de Paris, chez lesquel·les les adhésions sont en forte hausse et l’organisation de l’activité syndicale un peu à la peine car la Commission départementale Ugict a du mal à vivre. Puis elle a égrené les différents éléments du bilan : une intensification de la formation syndicale, le souci de venir en aide aux UL en souffrance, la dynamique du pôle DLAJ, le manque de participation à la Commission exécutive, les dernières luttes en date, dont l’issue dépend de l’implantation syndicale, de l’aide des UL et de l’UD et des caisses de grève.
Enfin, elle a rappelé comment l’UD s’est inscrite dans les grands mouvements revendicatifs nationaux, sur les retraites notamment, dans le mouvement féministe, la défense des sans-papiers, les mobilisations pour le climat et la biodiversité, contre les idées d’extrême droite et dans le soutien aux peuples opprimés du monde entier, en avouant que, sur ce dernier point, « la participation aux initiatives n’a malheureusement pas toujours été à la hauteur de la gravité de la situation ».
Craintes, alertes, espoirs
La parole ensuite aux congressistes, dont les interventions, nombreuses, ont étayé leurs craintes comme leur confiance. La guerre est un thème qui est revenu plusieurs fois et le pacifisme revendiqué de la CGT a été rappelé. Craintes aussi à l’égard de l’intelligence artificielle (IA), évoquée par un correcteur, et de la désagrégation du service public : le délégué de la CGT Culture a déclaré que l’État abandonnait peu à peu ses missions au profit du privé, celui des Finances publiques que les centres d’impôts sont passés à Paris de trente-deux à seize, et celui d’Éduc’Action a indiqué que, pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, le budget de l’Éducation est inférieur à celui de la Défense. Tout un symbole.
Des regrets aussi sur le plan interne. Un délégué de la Ferc déplore que la CGT n’ait pas appelé à la grève générale lors de la mobilisation sur les retraites. Sur un autre plan, les délégués des UL du 12e et du 20e arrondissement ont alerté sur le manque d’investissement des syndicats dans leurs unions locales, qui réclament des forces militantes. Mais aussi des interventions plus enthousiasmantes avec le rappel de mobilisations, comme chez Décathlon, au BHV, à la Fnac ou à Monoprix, par exemple, ou d’une syndicalisation à la hausse comme à la Ferc où l’on appuie sur le rapprochement avec la FSU. Deux délégués de l’US Commerce ont tour à tour rappelé tout le bien qu’ils pensaient des syndicats territoriaux, expériences à l’appui, ainsi que celui de la gare Montparnasse qui met en garde contre les syndicats de métier à la SNCF. Et c’est celui du tout nouveau syndicat des bureaux d’études qui en fit la parfaite illustration : 900 adhérent·es, dont 300 militant·es actif·ves.
Un binôme au secrétariat général
La deuxième journée du congrès a été consacrée a été consacrée principalement à la présentation et au débat sur le document d’orientation, feuille de route de la future mandature. Rappelant qu’on dénombrait à Paris 1 800 000 travailleurs et 30 000 retraités, Adèle Tellez a déclaré d’emblée qu’il fallait « adapter la structuration pour que chaque adhérent·e trouve un collectif militant », sans jamais perdre de vue les réalités propres à Paris : de fortes inégalités et un grand nombre de cadres. Et vise trois objectifs : la formation, la continuité syndicale, et mettre l’accent sur les cadres. Elle a indiqué que 20 % des adhérent·es ne sont pas rattachés à un syndicat mais à une fédération ou à une union locale. D’où la nécessité de créer des syndicats professionnels territoriaux et d’élargir les périmètres aux travailleurs de la sous-traitance et aux prestataires de service. Et de repenser aussi les moyens des UL.
On ne part pas de rien, constate Adèle Tellez, qui mentionne le syndicat 75T, syndicat territorial des télécommunications réunissant des salarié·es d’Orange, Free, SFR et Bouygues, ou encore les différents ateliers de jardiniers de la Ville de Paris regroupés en un seul syndicat territorial. Et de revenir sur le récent syndicat des bureaux d’études : 300 militants actifs répartis sur 180 entreprises, montrant bien que le syndicat territorial est la seule structuration possible.
Suivra le long examen des amendements déposés (121), acceptés, rejetés, maintenus ou pas, et votés ou non. Puis le vote final, la présentation de la nouvelle commission exécutive, du nouveau bureau et, pour succéder à Benoît Martin, deux cosecrétaires généraux : Karl Ghazi et Adèle Tellez, sous des applaudissements nourris.
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Le salut de Sophie Binet
Au cours de la deuxième journée de travaux, les congressistes ont reçu la visite de la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet, qui ne voulait pas manquer de saluer les délégués de la première union départementale CGT de France. Et qui a aussi, a-t-elle précisé, la particularité d’être celle de la capitale, ce qui lui confère ainsi une dimension nationale et même internationale.
Après avoir dénoncé le « nouveau monde de l’extrême droite et des milliardaires », où règnent « la loi du plus fort et la loi du plus riche », elle a voulu souligner, apprenant que l’UD avait grossi durant la dernière mandature de deux mille nouveaux adhérents qui sont essentiellement des cadres, l’enjeu que constituent les Ictam (ingénieurs, cadres, techniciens et agents de maîtrise) dans la CGT et notamment à Paris, où la baisse du nombre d’ouvriers est essentiellement due au recours toujours plus important à la sous-traitance. Des Ictam qu’on a fait adhérer et à propos desquels il faudra réfléchir à la meilleure façon de les conserver. L’ancienne secrétaire générale de l’Ugict doit bien avoir quelques idées sur la question.
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Une trésorerie saine
Au cours des trois dernières années, l’UD a procédé à un redressement spectaculaire de ses finances. Elle a désormais non seulement reconstitué ses réserves mais en a accumulé pour une année. Cela est principalement dû à une nette augmentation des cotisations perçues ainsi qu’à une augmentation des sessions de formation, pour lesquelles elle reçoit une rétribution. De 2023 à 2025, le nombre des formations est passé de 28 à 44 et le nombre de stagiaires de 317 à 847.
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Les chiffres
• 199 délégué·es à mandat délibératif
• 55 délégué·es à mandat consultatif
• Le rapport d’activité a été adopté à 83 %.
• Le document d’orientation a été adopté – après examen de 121 amendements déposés –à 83,69 %.
• La nouvelle commission exécutive est composée de 90 membres, dont 29 sortant·es, se répartissant ainsi : 58 hommes et 32 femmes (aïe !). Toutes et tous élu·es avec plus de 92 % des voix.
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60 bougies
L’UD CGT de Paris a 60 ans. En effet, avant 1966, le département de la Seine n’avait pas le même périmètre. Pour marquer cet anniversaire, le congrès a invité celui qui en fut le premier secrétaire général, Gérard Alezard, 90 ans aujourd’hui, mais toujours malicieux : lorsqu’on lui a tendu le micro, il a dit « Vous avez tort, car je suis long ». Pas grave, le congrès touchait à sa fin.









