Renouveau syndical : des témoignages CFDT, CGC, CGT

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Les témoignages d’expériences ci-dessous proviennent de la journée de débat du 1er mars organisée par l’Institut de recherches économiques et sociales (IRES). L’IRES travaille avec les organisations syndicales pour proposer des réflexions et analyses dont elles peuvent avoir besoin.  A l’occasion de la sortie du numéro 160 des Chroniques internationales de l’IRES, était organisée le jeudi 1er mars une journée de réflexion sur le « renouveau syndical » et les comparaisons internationales à cet égard. Nous reviendrons sur ce numéro des Chroniques.

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Renouveau syndical : une comparaison 289internationale

Chroniques internationales de l’IRES, numéro spécial, N°160.

 

Prises de notes : Jean-Claude Mamet

Nous ne rendrons compte ci-dessous que des interventions de responsables syndicaux de la CFDT, la CGC, la CGT. Mais étaient présents aussi un grand nombre de chercheur-euses, dont Jean-Michel Denis (Université Paris-Est, Marne la Vallée), Donna Kesselman (Université Paris-Est Créteil), Sophie Béroud (Université Lumière Lyon 2), Catherine Vincent (IRES), Marcus Kahlmann (IRES), Karel Yon (Université Lille 2), ainsi que d’autres syndicalistes de la CFTC (Bernard Sagez) et de FO (Béatrice Clicq).

Il s’agit donc d’une restitution très partielle (sur la France uniquement) par des prises de notes, à partir des interventions de Isabelle Mercier (CFDT Pays de Loire), Sébastien Crozier (CFE-CGC, Orange), lors de la table ronde intitulée : « Quelles stratégies de renouveau syndical à l’échelle locale » ? Mais aussi de David Dugué (secrétaire confédéral CGT), lors de la table ronde : « Quelles relations, interactions stratégiques y compris avec des structures associatives ? ».

Isabelle Mercier-CFDT Pays de Loire :

La CFDT Pays de Loire a gagné 4000 adhérent-es nouveaux dans les dernières années, dont beaucoup par internet (10% des syndiqués sur la région sont par internet). Il s’agit maintenant de rendre compte du travail effectué autour de l’entreprise STX (chantier naval Saint-Nazaire). La CFDT y est première organisation. Les chantiers ont été éclatés : 10 000 salariés-es dans les années 1990, et 2500 aujourd’hui sous statut STX, mais 7 à 8000 salariés-es embauchés ou détachés en sous-traitance ou intérim. Il y a donc une grande variabilité des statuts. La CFDT est première sur le « cœur » de STX, mais l’Union locale intervient sur les autres entreprises concernées dans l’entretien, la restauration, la sécurité, etc. Problème : les salariés-es du donneur d’ordre « se vivent » en concurrence avec les autres. Nous avons donc mis au point une « instance de dialogue social » sur l’ensemble du site, dans les années 2000. Avec l’UIMM (patronat métallurgie) et les Unions locales. C’était bien sûr très « institutionnel ». Nous n’avons pas fait d’adhérents par ce moyen. Mais nous avons réussi à conquérir des droits nouveaux.  La CFDT est présente partout, mais a surtout gagné aux élections professionnelles. Nous avons instauré un dialogue trimestriel sur le site, avec l’adoption d’une « charte des valeurs », portant sur les conditions de vie communes, que les entreprises sous-traitantes sont tenues d’appliquer. Nous avons également obtenu une « commission santé et hygiène » sur le site, parallèlement à celles qui existent déjà. Pour les travailleurs détachés, il existe maintenant un livret en plusieurs langues, remis à chaque salarié à son arrivée. On aboutit ainsi à une « réduction des difficultés » sur les durées du travail et l’application des règles fondamentales. Nous avons donc syndicalement construit un « collectif » : il n’y a donc pas de « sous-traitance » reproduite dans le syndicalisme, entre syndicat du donneur d’ordre et les autres.  Le livret fait avancer les choses sur les vestiaires, les protections, la sécurité, le réfectoire, les transports en commun.

Sébastien Crozier- CFE-CGC, Orange :

Dans Orange, la répartition des statuts est maintenant à 50/50, entre fonctionnaires et contrats privés. Il y a deux types de sous-traitance : sur le « cœur de métiers », et le reste. La CGC a progressé en quelques année de 2% à 23% aux élections professionnelles. Comment aborder la question des droits nouveaux ? La société bouge et change le rapport au monde du travail. Mais en France, nous avons une tradition où « tout est légiféré », ce qui empêche la rénovation. Avec notamment : le « monopole » syndical du premier tour des élections, la sclérose des organisations, avec des syndicats « qui se vivent » uniquement dans leur rapport au patron. Cela empêche de comprendre le collectif formé par : les salariés, les clients, le patron. On perd donc le sens du travail. Notre réflexion a donc porté sur le refus de s’en tenir syndicalement aux institutions légales, et de trouver un autre rôle au syndicalisme. A savoir : «diriger l’entreprise » ! Pourquoi ? Parce que les classes dirigeantes ont échoué.  Il faut donc que le syndicat soit porteur d’un projet collectif. Il doit se poser les questions suivantes : quelle est l’attente réelle du personnel ? Quel sens donner au travail ? Comment se projeter sur l’avenir, la stratégie de l’entreprise, l’organisation du travail ? La somme des problèmes des individus ne fait pas un travail syndical, car cette somme de problèmes a pour origine une question majeure et structurante dans l’entreprise. Nous voulons donc construire un « syndicalisme de projets« . Sinon il ne peut y avoir d’adhésions collectives. Il faut s’intéresser à tout, y compris l’actionnariat salarié. Concrètement, nous avons développé un groupe Facebook dans l’entreprise, qui intéresse maintenant 11 000 personnes, soit davantage que le Facebook d’Orange. Après des échanges par ce moyen, les personnes éprouvent le besoin de se voir physiquement. Question : est-ce qu’on récolte des adhésions ou des voix ? Les voix sont un instrument de mesure. Ce qu’on appelle « adhésion » peut commencer par la simple remontée d’information concrète. Qu’est-ce qu’un militant ? C’est celui qui soutient concrètement une action. Un adhérent donne de l’argent, mais il peut arriver qu’il ne soit pas militant, et inversement. En fait, nous avons « plus de militant-es que d’adhérent-es« .

 

David Dugué- secrétaire confédéral CGT (à propos des relations des syndicats avec les structures associatives et notamment à travers l’expérience Nuit Debout de 2016) :

La comparaison est venue entre les « indignés » de l’Etat espagnol (2011) et Nuit Debout 2016. Les Indignés agissent contre les élites du pays et aussi contre des syndicats jugés « collaborationnistes ». Il y a aujourd’hui un peu partout une forte envie d’agir contre « la corruption ». Et aussi l’envie de « pouvoir faire quelque chose », ce qui donnera ensuite PODEMOS (« nous pouvons »). Nuit Debout est un peu différent. Nuit Debout arrive « après » une manifestation (31 mars 2016) avec l’envie de « continuer » le mouvement sur la place. Qui y va ? L’important est surtout ce qui s’y passe : c’est un lieu où le débat se mène. Les Indignés ont été d’un certain point de vue « plus efficaces » que Nuit Debout, car ils ont débouché sur une structure, des porte-parole nationaux. A Nuit Debout, tout le monde pouvait y aller : on sympathise avec le mouvement (y compris des CGT), on y adhère en y allant, et on devient un militant (ou pas). Faut-il que la CGT « s’adapte » à cette nouvelle forme ? Evoluer oui, pas s’adapter. Vivre ces expériences avec humilité, s’indigner, s’engager. On se « ressemble » entre syndicalisme et Nuit Debout, mais « s’assembler » vraiment serait peut-être dangereux aussi bien pour l’un que pour l’autre. Adhérer signifie pour moi adhérer à un projet de société. A Nuit Debout, peut-être a-t-il manqué de l’audace, chez les uns et les autres (syndicalisme). Pourquoi n’est-on pas allé plus loin (car c’était différent de Podemos) ? Comment faire ensemble, porter ensemble ?

Dans la CGT, autre expérience: nous avons en effet un Comité des privés d’emplois et précaires. Ce n’est en effet pas une fédération, parce que « être chômeur n’est pas un état ». Nous sommes aussi pour un syndicalisme des indépendants. Les travailleurs des plates-formes n’ont pas le même rapport de subordination. Il n’y a pas de contrat, mais il y a bien subordination ! Mais si on leur demande de devenir des salariés, il y a souvent un refus. Une suggestion : la culture peut (peut-être) être un moyen de relier les personnes entre elles, malgré leurs statuts différents.

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