Syndicalisme et politique : un débat nécessaire

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Militants syndicaux, Patrick Brody et Gérard Billon plaident pour une collaboration accrue entre syndicats et partis de transformation sociale dans le respect de l’indépendance de chacun. Cette tribune est parue dans L’Humanité du 1er septembre 2026. 

Face à la montée de l’extrême droite, l’urgence d’un nouveau front entre syndicats et partis de gauche –

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L’Humanité

 

 

Patrick Brody et Gérard Billon

L’histoire des relations entre le syndicalisme et les forces politiques de transformation sociale a toujours été tumultueuse. Déjà au début du siècle dernier, le débat faisait rage au sein du mouvement ouvrier. Lorsque Édouard Vaillant s’opposait à Jules Guesde en affirmant que « tout ce que fait la CGT, c’est bien parce que c’est elle qui le décide », il posait les termes fondateurs d’une tension permanente : quelle doit être la place respective du syndicalisme et des partis politiques dans la perspective de l’émancipation sociale ?

Aujourd’hui, cette question se pose avec une acuité redoutée et inédite face à la perspective de l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir par les urnes. Dans ce contexte périlleux, le syndicalisme et les partis de transformation sociale ne peuvent plus se contenter de se regarder en chien de faïence et/ou de courir chacun dans leur couloir.

Pour les militants syndicaux, le danger est existentiel : ils savent pertinemment qu’une victoire de l’extrême droite se traduirait par une régression historique des droits des salariés, un musellement des libertés syndicales et un renforcement du pouvoir patronal dans les entreprises et de l’ultra-libéralisme dans la société. Cette menace, aux graves conséquences politiques, sociétales ou écologiques, doit être prise avec le plus grand sérieux.

Bien entendu, toute conception efficace des rapports entre le syndicalisme et les partis politiques de transformation sociale exige de ceux-ci le respect absolu de l’indépendance des décisions syndicales. Cependant, le syndicalisme doit lui-même opérer sa mue pour redevenir l’organisation de tout le salariat réel du XXIe siècle.

Dans ce sens, les orientations adoptées lors du 54e congrès de la CGT ouvrent une voie indispensable en décidant par exemple la mise en place de syndicats locaux professionnels afin d’accueillir l’ensemble des travailleurs (euses) ou de remettre la démocratie syndicale au cœur de l’activité afin que chaque syndiqué.e puisse prendre part aux décisions.

Dans les enjeux actuels, la mise en œuvre de ces orientations est devenue vitale pour notre camp social. De leur côté les partis politiques doivent placer avec une toute autre ampleur la question du travail, du droit syndical et de la force et l’influence du syndicalisme, dans leur activité et leur programme.

Dans l’histoire du mouvement ouvrier, la question du rapport au politique a toujours été intimement liée à la force et à l’influence réelle du syndicalisme et à sa capacité de mobilisation du monde du travail pour faire prendre en compte ses revendications par le patronat et le pouvoir politique. Toutes les grandes avancées sociales de notre histoire le démontrent, du Front populaire au Conseil National de la Résistance, en passant par Mai 68.

Tirant les leçons des expériences négatives de notre histoire qu’ont été l’instrumentalisation du syndicalisme par les partis politiques, et l’abandon de leurs tâches et missions par les organisations syndicales comme en 1981, il est temps de trouver des chemins inédits d’échanges, de discussions et de débats.

Aujourd’hui, construire cela dans le respect des prérogatives de chacun, c’est la condition sine qua non pour bâtir un véritable rapport de force contre les politiques patronales, la domination des forces de l’argent et l’influence de l’extrême droite et ainsi promouvoir un avenir de progrès social, démocratique et écologique… et cela quelle que soit l’issue des prochaines échéances électorales.

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