Ce billet de blog dans le Club de Médiapart, signé par Thomas Vacheron, secrétaire confédéral CGT, est paru le 26 juillet 2026. Il donne beaucoup d’arguments en défense des droits du salariat, sur le 1er Mai et plus généralement.
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Vol du 1er mai : l’ensemble du salariat est attaqué
Le 1er mai est le seul jour où, partout sur la planète, quelle que soit l’origine ou le genre, croyants ou athées, des millions de travailleuses et travailleurs se rassemblent pour défendre leurs revendications. Comme pour l’austérité que le gouvernement veut nous imposer, il faudra se mobiliser pour empêcher le vol du 1er mai après l’été à l’Assemblée.
Le 1er mai, LA journée de lutte internationale des travailleuses et travailleurs, remis en question
Le 1er mai est le seul jour où, partout sur la planète, quelle que soit l’origine ou le genre, croyants ou athées, des millions de travailleuses et travailleurs se rassemblent pour défendre leurs revendications. Dans plus de 160 pays, cette journée internationaliste est utilisée comme outil revendicatif par la population : pour la bataille de la réduction du temps de travail (travailler moins pour travailler toutes et tous, et travailler mieux), pour les libertés syndicales toujours fragiles, pour la paix juste et durable contre les impérialismes et les dictatures ou quand l’extrême droite est aux portes du pouvoir…
Dans tous les cas, le 1er mai est toujours social car ce sont les intérêts de la masse de la population qui y sont défendus ce jour-là. Il y a d’ailleurs un risque qu’il soit, au moins médiatiquement, invisibilisé en 2027, car il aura lieu la veille du second tour de la présidentielle, durant les 24h de trêve électorale qui précèdent le scrutin. De nombreuses attaques sont en cours pour contraindre les salariés à travailler le 1er mai, notamment par ceux qui n’ont jamais travaillé… Comme pour l’austérité que le gouvernement veut nous imposer, il faudra se mobiliser pour empêcher le vol du 1er mai après l’été à l’Assemblée. En manifestations joyeuses, en drames parfois, depuis des générations, cette journée ne laisse jamais indifférent. Voici quelques précisions historiques, juridiques et syndicales.
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Le 1er mai c’est LA journée du prolétariat alors que le salariat est en développement
Une première tentative a existé dès la Révolution française d’une journée pour célébrer les travailleurs. Son apparition a lieu en 1793, le “1er Pluviôse” dans le calendrier révolutionnaire, autrement dit le 20 janvier. Fabre d’Églantine propose la création d’une fête du Travail, inscrite dans le calendrier républicain (utilisé de 1792 à 1806). Des années plus tard, en partie en référence, l’églantine, fleur du rosier sauvage, sera d’ailleurs choisie comme symbole du 1er mai. Cette journée fut célébrée durant quelques années, avant de tomber dans l’oubli.
Finalement, le 1er mai est daté en 1886, lorsque plusieurs centaines de milliers de travailleurs américains cessent le travail pour obtenir la journée de huit heures à l’appel de l’AFL (Fédération américaine du travail). Après la répression sanglante de cette grève des ouvriers à Chicago, le 1er mai s’inscrit dans la longue histoire de la réduction du temps de travail, portée en France après le massacre des Communards. En 1889 avant que la CGT, 1ère confédération syndicale, n’existe, le Congrès de Paris de la Deuxième Internationale socialiste reprend cette mémoire et lui donne une portée politique mondiale en faisant du 1er mai une journée de mobilisation internationale des travailleurs.
En 1891 un nouveau drame marque le mouvement ouvrier : alors que le textile est le premier secteur en nombre de salarié·es du pays (c’est aujourd’hui le cas dans le monde), lors de la manifestation du 1er mai à Fourmies, ville du Nord connue pour ses filatures, l’armée tire sur la foule faisant 10 morts dont plusieurs femmes et 2 enfants, ainsi que des dizaines de blessés en 45 secondes… Ce nouveau crime d’Etat, 20 ans après celui de la Commune de Paris, ancre la lutte le 1er mai.
Le 1er mai journée de lutte développée par La CGT
En 1906, onze ans après sa constitution et quatre ans après sa structuration telle que sont construites les confédérations, c’est à dire en rassemblant bourses du travail et fédérations professionnelles, la jeune CGT fait de cette journée le « point d’orgue de sa mobilisation en faveur de la journée de huit heures ». Dans cette période où le temps s’accélère, c’est cette même année que la CGT adopte lors de son congrès ce qui sera appelé plus tard “la charte d’Amiens”. Toujours d’actualité elle nous dit l’importance de la double besogne qui fait que notre action syndicale part toujours et d’abord des problèmes du quotidien des salariés pour arriver ensuite jusqu’à transformer la société. Cette charte dit aussi la nécessaire indépendance du syndicat à l’égard de l’Etat, du patronat, des Églises et des partis. C’est la garantie à entretenir, pour toujours continuer à défendre l’intérêt des salarié·es quelque soit les gouvernements.
L’année suivante, dans l’Humanité en 1907, Jean Jaurès invite à son tour les travailleurs à se mobiliser le 1er mai, pour “La Journée du prolétariat”. Le 1er Mai devient un rendez-vous de rassemblements de la classe ouvrière. Mais le droit de manifester comme celui de faire grève est sans cesse remis en question, par la pression des directions dans les entreprises et les répressions policières dans les rues commanditées par les gouvernements.
La journée de 8 heures est finalement conquise le 23 Avril 1919. Ce jour-là, le Sénat ratifie la journée de 8 heures et fait du 1er mai de l’année suivante, à titre exceptionnel, une journée chômée (mais non rémunérée). Dans l’entre-deux guerres, le 1er Mai devient un rendez-vous de rassemblement de la classe ouvrière, une fête revendicative de plus en plus populaire. Depuis son origine, les manifestant·es y arborent un triangle rouge qui symbolise leur triple revendication : 8 heures de travail, 8 heures de sommeil, 8 heures de loisirs. L’insigne est remplacé par une fleur d’églantine… avant que le muguet ne prenne la place.
A la suite de l’unification de la CGT en mars 1936, le 1er mai sera une étape décisive dans le déclenchement des grèves et leur élargissement
Dans l’entre-deux tours des législatives qui allaient être gagnées par le Front populaire, à l’appel de la CGT tout juste unifiée au congrès de Toulouse, le 1er mai 1936 est une étape décisive dans le déclenchement des grèves dans le privé et leur élargissement. Celles-ci ont permis d’obtenir les grandes conquêtes, toujours d’actualité : 2 semaines de congés payés, semaine de 40h, augmentation des salaires, création des conventions collectives, délégué·es du personnel, où pour la 1ère fois le patron n’est plus roi et où les femmes peuvent enfin voter et se présenter comme déléguée dans l’entreprise 10 ans avant que ce droit ne soit gagné dans la constitution …
L’extrême droite fête le travail contre celles et ceux qui le produisent
Soutenu par les dirigeants d’entreprise, toujours revanchards et qui n’acceptent pas les conquêtes des grévistes de 1936, Philippe Pétain interdit le droit de grève et les confédérations syndicales pour écraser ces contre-pouvoirs et renforcer la domination patronale. Dans cette continuité, en 1941, l’extrême droite pétainiste et collaborationniste détourne le 1er mai pour le rendre interclassiste, en faisant chômer la “Saint Philippe”, rebaptisée “fête du travail et de la concorde sociale” !
Jour férié OBLIGATOIREMENT chômé et rémunéré
A la suite de la réunification de la CGT en 1943 puis à la participation de la CFTC à la construction du CNR qui aboutira aux énormes conquis en premier lieu desquelles la Sécurité sociale, le 1er mai devient, en 1947, le seul jour férié obligatoirement chômé et rémunéré. En Europe, il est aujourd’hui chômé et rémunéré aussi en Espagne ou en Pologne.
Près de 80 ans après, des groupes parlementaires pro-patronaux, et maintenant le gouvernement, veulent attaquer le plus férié des jours férié dans le code du travail, s’attaquant à ce principe d’ordre public, avec le soutien de l’extrême-droite toujours prête à affaiblir les droits des salariés. D’ailleurs, les élus du Rassemblement National sont toujours là pour voler les droits des salariés : favorable à la proposition de loi reprise par G. Attal, puis au projet gouvernemental et contre l’histoire du mouvement ouvrier en supprimant aussi les cérémonies de commémorations comme à Liévin.
Seul jour férié lié à l’histoire des luttes ouvrières et syndicales
Cela fait donc des décennies que le symbole historique a trouvé dans le Code du travail une traduction particulière distincte des 10 autres jours fériés. “Le 1er mai est jour férié et chômé ”: ce qui signifie, en droit où l’indicatif est un impératif, qu’il est un jour obligatoirement chômé ! Malgré des générations de luttes et de drames, le régime du 1er mai est aujourd’hui remis en question. C’est la remise en cause de ce temps de repos partagé en même temps, qui permet de voir ses proches ou ami·es, de manifester ou de se reposer… d’avoir un moment en commun, donc de faire société. D’ailleurs, E. Macron était contraint en 2020 de déclarer “Grâce au travail, célébré en ce 1er mai, la Nation tient”. Une fois la pression retombée, comme sur tout le reste, il ne respectera rien et les caissières, salariées de la 2ème ligne, dans les boulangeries ou les fleuristes, vont être les premières concernées à être contraint de travailler le 1er mai, en plus de ne jamais avoir eu leur salaire revalorisé.
Le 1er mai, comme le reste du droit du travail : un thermomètre du rapport de force
Le droit du travail est le droit le moins appris, étudié, enseigné… et pourtant c’est celui qui régit la vie de près de 22 millions de salarié·es du privé. Le code du travail a notoirement été affaibli pour les salarié·es par les loi travail “Valls – El Khomri”, mais surtout par les ordonnances de 2017 dites “Macron – Pénicaud” qui renforcent le pouvoir patronal. Comme le droit se détermine de plus en plus par les accords d’entreprise, la pression sur les délégué·es, la discrimination syndicale et la répression patronale deviennent la règle, allant jusqu’à une tentative d’assassinat. Cela transforme la nécessaire unité syndicale en division mortifère entre les délégué·es, avec comme “arbitre” l’employeur… quand il ne corrompt pas l’une des équipes… toute cette stratégie en vue d’avoir un accord collectif d’entreprise régressif contre les salarié·es. Quel que soit le syndicat, toutes celles et ceux élu·es du personnel dans les entreprises mesurent cette situation scandaleuse. Il y a urgence de revenir sur ces ordonnances travail !
Dans cette continuité, ce projet de loi est engagé en procédure accélérée par le gouvernement tellement l’urgence, dans ce monde en déliquescence, est de contraindre les salarié·es à travailler le 1er mai. Tout y passe : affaiblissement de l’ordre public où le 1er Mai verra son statut particulier affaibli, inversion de la hiérarchie des normes où la pression va être mise sur les représentants syndicaux des branches alors même que la convention collective des boulangeries pâtisseries traite à part ce 11ème jour férié qu’est le 1er mai. C’est d’ailleurs ce qu’a rappelé l’intersyndicale CGT et CFDT de la branche en s’exprimant clairement : “Pas touche au 1er mai !”.
1er mai, dernière journée où les grands groupes ne peuvent pas concurrencer le petit commerce indépendant de proximité
Le problème des artisans boulangers ce sont les supermarchés qui ouvrent et vendent du pain 7 jours sur 7, alors que la loi permet aux préfets d’obliger ces artisans de fermer une journée par semaine pour se reposer et limiter la concurrence des grands groupes. Comble de la situation, un projet de loi a même été récemment proposé, avant d’être retiré, pour pouvoir vendre du pain 7 jours par semaine ce qui aurait été à l’encontre de l’intérêt des artisans indépendants. Autre difficulté, les hausses des prix de l’énergie depuis qu’elle est dérégulée ; ils devraient justement soutenir la proposition d’un service public de l’énergie portée par la CGT. Les artisans sont aussi confrontés aux coûts des matières premières tirés eux aussi de la hausse par la spéculation. Enfin, le petit commerce indépendant en difficulté dans les quartiers populaires et les villages, dernier maillon après les services publics, n’a pas de souci pour ouvrir le 1er mai et ne pas se faire concurrencer par les grandes enseignes dès lors qu’il ne fait pas travailler ce jour-là les salariés ! D’ailleurs, alors que près du tiers des artisans boulangers n’ont pas de salarié·es, que la majorité des entités sont familiales, on mesure à qui va profiter cette loi : plus la structure est importante et a des salarié·es, plus elle sera favorisée.
C’est en fait purement idéologique et politique : on ne fera croire à personne que la survie économique des commerces repose sur le fait de contraindre les salarié·es de travailler la journée du 1er mai, ni que nous avons un besoin essentiel de consommer ce jour-là. Mais cette obstination patronale est soutenue par de nombreux parlementaires addicts à l’absurde dérégulation. Pour riposter, et la CGT en sait quelque chose, cela occupe un temps militant conséquent alors que l’urgence c’est d’augmenter les salaires et les pensions pour répondre au besoin de la population et par là même relancer l’économie (+ de 50% du PIB est lié à la consommation).
Le 1er mai, c’est LA journée des salarié·es !
Comme avec la loi Macron de 2015 sur le travail du dimanche dans le commerce, où, ministre de l’économie, il avait annoncé que ce serait payé double et au volontariat : pour ces salariés à très faible salaire, il n’y a quasi pas de majoration et le travail y est devenu obligatoire. La stratégie c’est toujours d’ouvrir une brèche pour l’étendre jusqu’à ce que le travail se généralise. Aujourd’hui, un sondage est mis en avant pour dire que la population est favorable à l’ouverture des commerces le 1er mai. Cependant si on pose la question aux mêmes personnes, une grande majorité sont évidemment contre aller travailler soi ce jour-là. Quant à ceux qui seraient volontaires, rappelons que le “volontariat” n’existe pas dans un contrat de travail défini par la “subordination” et le pouvoir d’embauche et de licenciement du patron. Cela trahit une vision idéaliste et malhonnête sur le monde de l’entreprise et du droit du travail : eux ils nous parlent d’une « liberté » hors sol ! L’entreprise c’est là où il y a le moins de démocratie… Cette vision de la soi-disant liberté du salarié face à son patron, c’est un retour en arrière au 19ème siècle !
La faiblesse des salaires peut par ailleurs contraindre à se priver de cette journée de repos pour venir travailler 1 journée de plus pour juste… être payé 1 journée de plus ; puisque les salarié·es qui ne travaillent pas cette journée sont déjà payés « une fois», le travail ce jour n’est en fait pas payé double mais simple ! Si certains secteurs de l’industrie ou des services publics sont payés “triple” (donc réellement double pour la journée travaillée), rien ne justifiera cette majoration une fois l’exceptionnalité du 1er mai remise en cause. L’urgence n’est pas de « travailler plus pour gagner plus » mais de vivre de son travail en s’organisant avec un syndicat pour obtenir des augmentations de salaire.
Ni besoin, ni volonté de sécuriser mais bien de déréguler pour élargir les ouvertures
Après l’argumentaire économique fallacieux, patronat et gouvernement sortent “l’insécurité juridique” qu’il y aurait pour les commerces et le besoin de “clarifier le droit actuel ». Or en prévoyant, depuis 1947, comme unique dérogation au chômage rémunéré le 1er mai “les établissements et services qui, en raison de la nature de leur activité, ne peuvent interrompre le travail”, non seulement la loi est claire mais elle est par ailleurs particulièrement ferme. C’est ce qui ressort tant de la jurisprudence de la Cour de cassation qui a considéré à de multiples reprises qu’« en instituant une dérogation au chômage du 1er mai, pour les établissements et services qui ne peuvent interrompre le travail en raison de la nature de leur activité, l’article L. 3133-6 du code du travail est rédigé en termes suffisamment clairs et précis pour permettre son interprétation (…) sans risque d’arbitraire », que de celle du Conseil d’Etat qui, saisi pour avis sur le projet de loi, conseille de retirer de son intitulé le terme de « sécurisation » dès lors qu’il laisse entendre que la loi actuelle n’est pas claire alors qu’elle l’est (Conseil d’État, avis du 17 avril 2026). Concrètement, la continuité de l’établissement ou du service doit être exigée par « la nature » de l’activité, signifiant -comme l’explique la constitutionnaliste Bérénice Bauduin dans une récente publication (Le 1 er mai en miettes ? Retour sur une cacophonie généralisée, Semaine Sociale Lamy, juin 2026)- que cette continuité doit être nécessaire (hôpitaux, circulation minimale, entreprises à feu continu…) et pas seulement économiquement souhaitable ou socialement opportune.
En plus d’être claire, la loi est ferme car elle est « d’ordre public » c’est-à-dire qu’il est interdit d’y déroger défavorablement.
Ainsi, ni les tolérances administratives (réponse ministérielle en 1980 qui pour la 1ère fois conçoit la dérogation au 1er mai comme alignée sur la dérogation par roulement au repos hebdomadaire, réaffirmée en 1986), qui n’ont de toutes façons aucune valeur juridique et dont la position a été explicitement contredite par la Cour de cassation, ni les conventions collectives de branche, dont certaines prévoient plus largement le travail du 1er mai en cas de « nécessités de service » (par exemple la charcuterie ou la confiserie), ne sont juridiquement autorisés à élargir la dérogation légale. Ça n’est donc qu’au regard de cette dérogation légale qu’il s’agissait de se demander si les boulangeries et fleuristes pouvaient faire travailler les salariés le 1er mai, c’est-à-dire une activité dont la nature empêche de s’interrompre et il est certain que la fabrication d’une baguette ou la vente du muguet, aussi traditionnel ou symbolique soit-elle, n’entre pas dans cette définition. En fait, c’est bien moins une clarification du droit qu’envisage le projet de loi qu’un ajout d’une nouvelle dérogation, qui n’est pas prévue aujourd’hui par le droit. Autrement dit, une dérégulation.
D’ailleurs, la première proposition de loi était une autoroute à dérogation, permettant, en plus des Carrefour et Interflora, aux magasins d’ameublement comme IKEA d’ouvrir le 1er mai ! A la suite de notre première intervention syndicale en juin 2025, les magasins d’ameublement, apparaissant comme trop provocateurs ont été retirés du texte adopté au Sénat. C’est ce texte épuré des magasins d’ameublement mais extrêmement large puisque 1,4 millions de salarié·es auraient été concernés selon le ministère du travail, qui aurait dû être adopté le 22 janvier, puis le 10 avril à l’assemblée. Le gouvernement a ensuite repris l’initiative, sous la forme d’un projet de loi plus resserré. Mais, comme le dit clairement la maître de conférence Bérénice Bauduin, “dans les deux cas, l’objectif affiché est le même : réformer le droit applicable au nom des attentes du public et des revendications de certaines professions”, non de sécuriser un droit qui est, en réalité, bien clair.
Le 10 avril 2026, un boomerang qui revient sur ceux qui ne respectent pas la démocratie, mais le 1er mai, l’Etat de droit piétiné
Le 10 avril, l’Assemblée nationale devait examiner le texte issu du Sénat, mais dès l’ouverture des débats, une députée du groupe « Ensemble pour la République », présidé par G. Attal, a déposé une motion de rejet préalable pour ne pas débattre du texte que son groupe défendait… Cette nouvelle technique anti-démocratique a bien sûr été soutenue par l’extrême droite. Résultat : Pas de débat, un 49-3 parlementaire, comme cela se passe dans les entreprises où seul le patron fait la loi.
Mais cet excès antidémocratique a été la goutte de trop et la pression syndicale (sans minimiser l’aide apportée par la division entre écuries gouvernementales pour la future présidentielle) a finalement permis de ne pas convoquer la Commission Mixte Paritaire, empêchant l’adoption rapide qui était espérée avant le 1er mai 2026. Spoiler : pas d’inquiétude, ils sont tous d’accord pour nous voler le 1er mai…
D’ailleurs, le 1er mai 2026 alors que les manifestations syndicales étaient conséquentes, ce fut la course à la baguette et à la communication politique où G. Attal découvrait le travail le jour de la journée des travailleurs. Comme l’ont expliqué mes camarades de l’UD CGT 43, dans ce moment de course à la stupidité pro-patronale, le Premier ministre a pris un avion militaire pour rejoindre L. Wauquiez et s’afficher dans une boulangerie de Haute-Loire, sous l’œil des caméras. Ces scandaleux appels à la fraude ont mis la pression sur les agent·es de contrôle de l’inspection du travail qui en plus d’être sous dotés (moins d’un inspecteur pour plus de 10 000 salarié·es) se sont vu contredits alors qu’ils tentaient de faire appliquer le droit. Leur hiérarchie poussait aux infractions les patrons fraudeurs, leur assurant qu’il n’y aurait pas de sanction. Bravo aux élus de la République et aux garants de l’État de droit qui participent concrètement au délitement démocratique par l’attaque des droits des salarié·es.
Une bataille intersyndicale de long court
Comme on essaye de le pratiquer dans les entreprises, à chaque étape nous avons essayé d’alerter puis d’élargir. Cheville ouvrière de l’unité syndicale, la CGT a initié une démarche en intersyndicale dès juillet 2025 alors qu’il n’y avait plus eu d’intersyndicale confédérale depuis la bataille des retraites de 2023. Ensemble, nous avons tout de suite prévenu qu’“après avoir réduit de 2 années la vie à la retraite et développé le travail du dimanche, le gouvernement et les organisations patronales ont lancé de nouvelles offensives pour attaquer le 1er mai”. A chaque moment important nous nous sommes exprimés collectivement comme lors de la 1ère tentative d’adoption à l’Assemblée le 22 janvier 2026 puis en interpellant les députés pour la session d’avril, et ensuite le Premier ministre. En plus des différents rassemblements et nombreuses mobilisations, nous avons construit une pétition signée par près de 120 000 personnes, jusqu’au passage de la PJL au Sénat du 16 juin. Nous avons donc réussi à faire échouer plusieurs propositions de loi qui auraient concerné jusqu’à 2 millions de salarié·es et permis d’ouvrir Ikea ou Carrefour…
Obstiné, le patronat des grands groupes persévère.
Si le projet de loi venait à passer, il serait doublement scandaleux : pour les désormais 200 000 salariés visés par l’ouverture du travail à partir du 1er mai 2027, mais aussi pour la plaie ouverte dans le droit du travail. Avec des entreprises jusqu’à 250 salarié·es qui pourraient ouvrir ce jour-là, qu’elle est loin la publicité mensongère sur le petit artisan. Le projet de loi, voté au Sénat ce 16 juin 2026 et présenté à l’automne à l’Assemblée, constitue un pied dans la porte qui ouvrira la voie de la régression sociale.
Le tout avec des conséquences en cascade, car pour aller travailler, il y aura besoin de transport pour se rendre dans son entreprise, alors que les réseaux de transports collectifs sont à l’arrêt dans de nombreuses villes. Il faudra des moyens de garde pour les enfants, alors que les crèches seront à juste titre fermées, et à défaut il faudra des assistant·es maternelles qu’il faudra payer, en plus, ce jour-là … C’est à la fois coupé des réels de celles et ceux qui travaillent et cela amplifie aussi la brèche qui s’ouvrira de plus en plus…
Pour les en empêcher, poursuivre en pratiques syndicales et syndicalisme en pratique…
Comme le dit un camarade de ma région, « le syndicalisme, c’est comme la mécanique : ça paraît très compliqué quand on n’en a jamais fait, ça ne s’invente pas, ça s’apprend, pas seulement en théorie mais surtout en pratique, et, dès qu’on arrête d’en faire, c’est difficile de s’y remettre tellement les choses ont évolué ». Toute la problématique est résumée autour de ces idées : recul du fait syndical et du taux de grévistes percuté et démultiplié par la régression du droit des salarié·es et leur parcellisation par la réorganisation des entreprises. C’est pourtant avec ces réalités qu’il faut avancer syndicalement, en commençant par conscientiser les salarié·es, notamment les 1er·es concernés, pour les organiser collectivement. D’ailleurs, au-delà des interventions médiatiques, la CGT est entendue parce que c’est une organisation qui regroupe plus de 600 000 syndiqué·es, en capacité de rassembler bien au-delà de ses propres rangs. Mais, au-delà de la nécessaire poursuite du travail qu’il nous reste à réaliser dans notre organisation, nous n’y arriverons pas seuls. C’est pour cela que nous poursuivrons la construction de l’unité syndicale, avec l’idée défendue par un ancien secrétaire général de la CGT “quand les syndicalistes ne peuvent plus se serrer la main c’est le patronat qui se frotte les siennes”. D’ailleurs, si vous n’êtes pas encore syndiqué·e, nous vous invitons à le faire. Aux organisations progressistes de prendre leur part en poursuivant la bataille parlementaire et plus généralement, à construire un débouché politique majoritaire qui réponde aux revendications des salarié·es.
La CGT continuera cette bataille qui concerne tout le salariat, c’est-à-dire près de 90% de la population dite “active”. Lorsqu’on n’a jamais été délégué·e syndical·e, dirigé une grève, ou même été salarié·e dans le privé, cela peut apparaître comme théorique. Pourtant, conscientiser les travailleuses et travailleurs pour les organiser collectivement avec l’outil qu’est le syndicalisme, c’est concret. C’est notre présence qui permet de construire des contre-pouvoirs dans l’entreprise, là où il y a le moins de démocratie, donc de protéger tout le monde, en régulant quand les multinationales n’acceptent aucune règle. C’est aller à contre-courant de cette période réactionnaire, où le plus fort fait la loi contre le droit dans l’entreprise, dans le pays et dans le monde. C’est défendre les libertés démocratiques et le progrès social en rassemblant le salariat. Pour citer Victor Hugo, “Ceux qui vivent sont ceux qui luttent” : le 1er mai, journée internationale de lutte des travailleuses et travailleurs montre que le salariat est bien vivant !
Thomas Vacheron, secrétaire confédéral CGT Instagram – Bluesky
Remerciements :
- À l’Institut d’Histoire Sociale, créé par George Séguy, ancien secrétaire général de la CGT, qui permet de ne pas parler seulement de ce dont on se souvient (la mémoire), mais des faits qui se sont passés (l’histoire).
- Aux juristes et militant·es de la CGT
- A toutes celles et ceux qui essaient, à leur poste de combat respectif, de défendre les intérêts du salariat












