Sophie Binet : « La cotisation est révolutionnaire »

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Nous publions des extraits d’une interview de Sophie Binet pour l’Humanité,  et d’un article de Libération après la Fête de l’Huma.  Ils mettent en exergue le cadrage social de la CGT à cet automne 2026. Notamment  face à des projets « pré-présidentielles » visant à démolir la Sécurité sociale historique. Innovation : le Ministre du travail  Jean-Pierre Farandou a emmené récemment les organisations syndicales à Madrid pour examiné les avances sociales de l’Etat espagnol, sur le plan salarial, face aux canicules et sur l’efficacité des  CHS-CT supprimés en France. Le quotidien Libération montre aussi certains points d’accord entre Sophie Binet et Jean-Pierre Farandou. 

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L’Humanité 

« La capitalisation des retraites est une ligne rouge » (Sophie Binet)

À l’approche des conclusions de la conférence « Travail, emploi, retraites », Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, alerte sur les velléités patronales visant à financiariser le système par répartition.

[…]

Vous revenez tout juste d’un voyage en Espagne. Qu’en retenez-vous ?

Ce voyage à Madrid confirme que, face aux fortes chaleurs et aux intempéries, la France est très en retard. En Espagne, des dispositifs concrets existent déjà. Des températures maximales, et minimales, pour travailler sont inscrites dans le Code du travail (entre 14 et 25 degrés en extérieur et 17 et 27 degrés en intérieur) et les alertes orange et rouge de l’organe de météo des Espagnols déclenchent des mesures obligatoires d’adaptation ou d’arrêt d’activité. Ils disposent également de CHSCT (comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail) sur tous les lieux de travail et de l’obligation de négocier des mesures de prévention avec les syndicats. L’inspection du travail peut sanctionner et arrêter le travail en cas de danger. Cet été, 291 entreprises se sont acquittées de 1,5 million d’euros d’amende. 

[…]Quels sont les objectifs de la mobilisation intersyndicale du 29 septembre chez les fonctionnaires ?

Ni les travailleurs ni les services publics ne doivent payer le désastre économique dans lequel Emmanuel Macron a plongé la France. L’intersyndicale de la fonction publique a décidé de faire du 29 septembre une puissante journée de grève et de manifestations pour les salaires et les services publics, à la veille de la présentation du budget 2027. Les fonctionnaires ont perdu 15 % de pouvoir d’achat à cause du gel du point d’indice. C’est un manque à gagner de 636 euros par mois pour un enseignant et 400 pour un personnel de catégorie C. Au-delà des fonctionnaires, l’ensemble des salariés sont concernés par la stagnation des rémunérations, alors que les prix explosent. Quel que soit notre secteur, soyons au rendez-vous le 29 septembre.

[…]Le Medef a imposé la TVA sociale dans le débat présidentiel. La bataille de la cotisation est-elle perdue ?

La vraie question est plutôt : quel système voulons-nous ? Le chacun pour soi, comme aux États-Unis, où il faut épargner pour espérer se soigner, payer l’école de ses enfants et sa retraite ? Ou notre système solidaire ? La cotisation est révolutionnaire. Elle permet de se créer des droits en cotisant et de financer en même temps, immédiatement, le revenu de celles et ceux qui ne peuvent pas travailler, en empêchant la spéculation. Rapprocher le brut du net est un enfumage qui revient à baisser les salaires et à rogner nos protections en cas de chômage, de retraite, de maladie ou de parentalité.

Les conclusions de la conférence TER (Travail, emploi, retraites) sont attendues pour septembre. Quelles sont vos lignes rouges ?

Nous avons posé des conditions claires à notre participation à cette conférence. Des millions de travailleurs se sont mobilisés et exigent toujours l’abrogation de la réforme des retraites. La conférence TER doit répondre à cet impératif, et non pas à celui du patronat qui veut faire main basse sur nos retraites pour les donner aux fonds de pension. Ils entendent aller encore plus loin que la réforme de 2023 en ajoutant un étage de capitalisation à notre système par répartition. Cette financiarisation des retraites est une ligne rouge que le gouvernement s’était engagé à respecter. Le Medef a décidé de boycotter cette conférence, pas question que ce soit lui qui tienne le stylo des trois garants, Pierre Ferracci, Jean-Denis Combrexelle et Anne-Marie Couderc.

[…]

par  Naïm Sakhi-11 septembre 2026.

Libération

« TVA sociale, bas salaires : à la Fête de l’Huma, Jean-Pierre Farandou et Sophie Binet pas si loin »

extraits d’un article 

[…]
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«Perlimpinpin». Un point d’accord émerge en revanche entre le ministre et la numéro 1 de la CGT au sujet des promesses agitées par certains candidats pour «rapprocher le salaire brut du salaire net» en réduisant un certain nombre de cotisations, dont le manque à gagner serait compensé par une hausse de la TVA. «C’est un peu de la poudre de perlimpinpin», estime l’ancien patron de la SNCF, car augmenter la TVA, «ça augmente les prix», rappelle Jean-Pierre Farandou. Dès lors, «si on augmente le smic de 2 %, ça fait autour de 30 euros par mois. C’est pas mal, mais ça ne change pas la vie. Le problème, c’est que la hausse des prix vous reprend entre 10 et 15 euros. Il ne reste plus grand-chose».

Autre point d’accord entre le ministre et la syndicaliste : les «allègements généraux», qui représentent un peu moins de 80 milliards d’euros d’exonérations de cotisations sur les salaires compensés par l’Etat, ont généré un phénomène de «trappes à bas salaires»,car des effets de seuils découragent les employeurs d’augmenter leurs salariés. «Il n’y aura pas de réforme profonde de la remontée des salaires bas si on n’arrive pas à rééquilibrer ce système», admet Jean-Pierre Farandou. Balle saisie au bond par Sophie Binet : «Alors maintenant, monsieur le ministre, il va falloir le mettre en œuvre dans le PLFSS. Il faut supprimer les exonérations de cotisations sociales. […] Voilà, on a trouvé 80 milliards d’euros !» Il n’est pas certain que cela figure au programme des textes actuellement finalisés par le gouvernement.« 

par  Frantz Durupt et Anne-Sophie Lechevallier
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