CGT : retour sur un congrès complexe (deuxième partie)

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Le premier thème du 54ème congrès (sa devise) était : « On s’organise ». Elle figurait dans le logo. 

DEUXIEME PARTIE :

Syndicalisme : d’où vient « la force » ?

 

 

54e_slogan_logo_rvbDès 2024, la direction voulait en faire du renforcement une priorité du congrès 2026. Un audit interne a été commandé (mais pas publié). La consigne a été : en 2025 organisez des congrès de syndicats !  Il a même été édité des modèles ou des plans-types. Notamment parce que certains syndicats n’ont pas tenu d’assemblées depuis…des années Cela peut sembler évident de réunir des congrès de syndicats si on veut prendre le problème à la racine et surtout de manière collective. Mais à condition d’avoir…une ligne. Les « questions d’organisation », bien tenues en main autrefois, s’effilochent. La routine dominante, c’est l’idée non avouée que « l’intendance suivra » comme l’a alerté l’administrateur confédéral Laurent Brun. La routine, c’est que le noyau dirigeant des structures, en lien avec les élu-es CSE (Comité social économique, ex-CE) tiennent les affaires en main, dans certaines entreprises historiques bien arrimées à leur fédération. Sauf …mauvaise surprise électorale, comme à EDF avec une CGT, historique s’il en est, détrônée récemment par la CGC (cadres). Ce qui a forcément des effets de choc politique et d’organisation. Un tel choc national s’était déjà produit lorsque la CGT a été reclassée deuxième organisation confédérale en 2017. La loi de représentativité de 2008, qu’elle avait soutenue, avait parlé. Parce que la CGT n’est pas suffisamment présente dans les petites entreprises (contrairement à la CFDT), ou par délaissement d’une fraction du salariat (les cadres par exemple, ou les jeunes, ou les femmes).

Adhésions : les « opérations vérités » CGT (années 1990) et CFDT (année 2018)

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Avant 2023, la CGT était descendue en-dessous de 600 000 adhérent-es. Elle est repassée au-dessus depuis. Mais elle a perdu près de 100 000 syndiqué-es en 12 ans (elle touchait les 700 000 en 2013). L’effet de 2023, c’est 53 000 adhésions, mais aussi une perte de 42 000 depuis (lire le rapport IRES ci-après : http://syndicollectif.fr/?p=28839). La baignoire se remplit et se vide en même temps. C’est particulièrement vrai pour la CGT, mais la CFDT n’est pas exemptée : elle reconnaissait cette difficulté à son congrès de 2022. La FSU reste globalement stable autour de 150 000 mais elle avait atteint un moment les 180 000. L’Union syndicale Solidaires a longtemps progressé en adhérent-s, atteignant les 105 000 ou plus (en 2017), mais redescend à 95 000.  On peut d’ailleurs se demander, au-delà des pratiques syndicales, si le quinquennat Hollande n’a pas été un accélérateur de décroissance générale (après un progrès de 2006 à 2012 environ), que les ordonnances antisyndicales de Macron ont évidemment aggravée.

Faisons un détour CFDT. Elle compte 645 000 adhérent-es à son congrès de juin 2026, dans la foulée du congrès CGT. Elle avait longtemps affiché des chiffres très supérieurs, allant même jusqu’à 900 000, puis une redescente. Mais en 2017-2018, elle lance une « opération vérité » (comme l’avait fait la CGT dans les années 1990) en reconnaissant à son congrès de 2018 que la vraie mesure est de 623 000 et pas 860 000. La marche d’escalier est brutale ! Laurent Berger s’en explique en 2018 (dans Les Echos, article de Leila de Comarmondpar la volonté de dire la vérité et de redonner ainsi « confiance dans le syndicalisme. …En présentant des chiffres attestés par des commissaires aux comptes, nous démontrons que nous sommes fiables, sérieux et crédibles ». En effet la CFDT admettait jusqu’ici qu’une adhésion ne règle que 8 timbres par an, alors que la CGT en exige 10. Laurent Berger ajoute : « Nous sommes aujourd’hui en capacité de dire précisément combien ont réglé douze cotisations dans l’année, combien en ont versé onze, et ceci jusqu’à une ». Et il interpelle : Et nous disons ainsi aux autres organisations, ‘chiche, allons-y tous !’». Depuis cette date de 2018, CFDT et CGT naviguent entre 600 et 650 000.La méthode précise du chiffrage, on le voit, est un enjeu politique (avec une part obscure, surtout pour FO), un peu comme les chiffres des manifestations.

Mais qui dit adhésions dit cotisations. Pour la CGT, les financements réels sont de plus en plus éloignés des cotisations. Celles-ci sont loin de couvrir les deux tiers des recettes (en global), comme cela figure dans le bilan financier du congrès CGT, très ambigu sur ce plan.  La vérité est plutôt du côté du tiers (maximum) que des deux tiers (lire ici l’étude de Karel Yon :http://syndicollectif.fr/?p=26158) .

Histoire et types de syndicalismes

On voit que toutes les organisations syndicales font face à un constat : l’inadaptation de leurs structures et leur choix d’organisation, dans un contexte historique totalement bouleversé. Il ne saurait être question de le nier, car le « réel » finit par « cogner » (disait le psychanalyste Jacques Lacan).9782707610706_internet_w290

Dès lors, deux directions ou deux branches d’attitudes sont possibles. L’une qui dirait : le monde change mais la vérité historique inéluctable (la lutte des classes ira de l’avant) finira par porter ses fruits. Cette posture, qui parait révolutionnaire mais qui est en réalité nostalgique (et peut être conservatrice) existe dans la CGT, articulée avec l’incantation du « c’était mieux avant ». C’est-à-dire quand la lutte des classes paraissait au poste de commande (voir les commentaires ronflants du site Unité CGT à propos de l’évolution de la CGT). Une variante moins caricaturale de ce discours s’entend aujourd’hui dans la conduite de certaines luttes : la radicalité va finir par payer, il suffit de la vouloir.

Une autre direction ou une autre attitude, bien plus difficile, doit être examinée et entendue. Elle dirait : lutter et mieux s’organiser aujourd’hui, c’est aussi un objectif radicalement anticapitaliste (et antifasciste). Il faut l’affronter, car le monde ne va pas nous attendre.

Il y a beaucoup d’arguments pour déplorer une situation  qui semble rétive à l’auto-organisation du monde du travail (notons que le fourmillement associatif est pourtant massif !). On peut même dire que le salariat ne se retrouve pas facilement dans le type d’organisation proposé ou… perçu. La CGT a certes 130 ans : mais est-ce que cela attire ? L’outil ne semble plus correspondre aux attentes, aux évolutions culturelles et sociales, au rapport au « collectif » et à l’individualisation souvent décriée (qu’il ne faudrait cependant pas confondre avec le processus d’individuation et de demande de participation démocratique partout présent !).

Il y a du vrai dans tous ces constats. En 1998, dans une brochure intitulées Crises du syndicalisme français (éditions Montchrétien), le politiste et spécialiste du syndicalisme René Mouriaux notait « la disparition d’au moins trois formes de syndicalisme : celui de métier, celui d’industrie et celui du keynésiano-fordisme ». On pourrait aujourd’hui ajouter une ou deux autres « formes » qui font obstacle. Le fordisme a été remplacé (fin des années 1980) par le néolibéralisme mondialisé, dont l’objectif est de dissoudre tous les statuts sociaux dans le marché illimité. Le marché fait corps commun avec toute la société. Et aujourd’hui, nouveau changement brutal, nous sommes dans le tourbillon presque inverse d’une poussée étatique-nationaliste.

Toutes les structures collectives sont forcément ébranlées en 130 ans d’existence. Ainsi les jeunes entrent très tardivement dans ce qu’on appelle « la vie active ». Mais les études ne sont-elles pas d’intenses moments d’activité ? Et la précarité hors études et hors emploi engendre indiscutablement une vision du salariat détaché de l’imaginaire de la famille qui transmet des cultures professionnelles. Les chercheurs Stéphane Beaud et Michel Pialoux l’ont précisément analysé autour de l’usine Peugeot de Sochaux-Montbéliard dans leur ouvrage : Retour sur la condition ouvrière (Fayard, 1999). Leur conclusion est significativement titrée : « Les ouvriers après la classe ouvrière » ; et ils notent que les jeunes embauchés en précarité, ou même en intérim, « fuient des références qui leur paraissent byzantines » : celles des parents, des OP et des OS.

Autre vérité encore : 50% du salariat est dans la catégorie ICTAM (cadres). L’imaginaire du « syndicat ouvrier » a besoin d’évoluer sans se renier, mais les réflexes anti-cadres persistent, alors que le néolibéralisme a tendanciellement nivelé les situations (et les fiertés), et en a fabriqué de nouvelles. Par exemple le travail indépendant et commercialisé, vendu à la tâche : il faut s’auto-exploiter. Et les très hauts cadres sont « payés » ou achetés en actions (et salariés !). Autre évolution : presque 50% du salariat est féminisé : la CGT est là aussi au pied du mur, mais progresse heureusement en adhésions. Sur ce plan, les exigences contemporaines sont criantes au sens fort, mais elles viennent … du mouvement féministe et de la révolte universelle contre les pouvoirs masculinistes (donc pas seulement dans le travail, dans les familles aussi…). D’où l’importance de la lutte pour l’égalité réelle- salaires et qualifications reconnues dans leur valeur- dont les études d’opinion montrent régulièrement l’exigence de masse (et de classe !).

Donc il ne s’agit pas de nier l’évolution du monde et les contraintes objectives sur le monde du travail. Certains courants, dans la CGT mais pas seulement, réagissent en vitupérant un syndicalisme qualifié de « sociétal » (surtout quand on y ajoute le défi écologique) dès lors qu’il prendrait en compte des faits de société transverses aux rapports de classe. Ce qui d’ailleurs n’est pas vraiment le cas. La sociologue Danièle Kergoat a bien analysé l’intrication entre « rapports sociaux de classe » et « rapports sociaux de sexe » (Dans Se battre, disent-elles, La Dispute-2012). Une attitude pro-active et ouverte au réel ne nie pas ces constats, n’oppose pas la classe travailleuse aux mouvements (de masse) de la société. Elle exige plutôt un grand effort collectif de reprise en main pour y faire face. Car rien n’est spontané, surtout lorsqu’on a le sentiment, bien réel aussi, d’être constamment sur la défensive, comme depuis des décennies. Le néolibéralisme est aussi un poison lent.

Donc lutter, c’est lutter pour s’organiser. La CFDT affiche ses 645 000 syndiqué-es. Son degré de professionnalisation en matière de recrutement et d’efficacité des structures est bien plus avancé que la CGT, mais elle ne fait pas, ou plus, de miracles non plus. Sur le terrain, à la « base », les syndicats CFDT ne sont pas toujours très différents de la CGT. Nationalement, c’est autre chose : la confédération CFDT s’est insérée depuis les années 1980 avec un certain succès dans des marges laissées à découvert par le grand tournant libéral (départs anticipés en retraite par exemple). Petits progrès à saluer (il est bon que la CGT le fasse aussi), grands reculs généraux à admettre lucidement. Mais les limites ont peut-être été atteintes. Ni Macron ni le MEDEF ne laissent la CFDT aller très loin dans sa visée de participation progressiste à « l’intérêt général ». Tout le syndicalisme est secoué.

Sans titre

« On est la CGT ! » mais laquelle ?

Le chant « On est la CGT » fait chorus, mais témoigne peut-être d’une demande, tout autant qu’un sentiment d’appartenance : On veut, on voudrait  être la CGT. Mais comment ?

Les documents du congrès impulsés par les instances dirigeantes (à commencer par Sophie Binet qui n’a pas mâché ses mots) portaient « Un diagnostic sans complaisance ».  Et décrivaient le tableau : « Malgré un regain de confiance depuis le conflit sur les retraites, il ne faut pas se voiler la face, la CGT reste confrontée à des difficultés majeures. Popularité et visibilité ne se traduisent pas suffisamment, ni en adhésions ou en progrès électoral, ni en conquêtes sociales majeures » (Le Peuple, organe de la CGT).

On l’a dit, la consigne était de « tenir des congrès« . C’est assez stupéfiant :  il y a 20 000 syndicats à la CGT, certes de toutes sortes.  Mais ces congrès programmés pour 2025 n’ont quasiment pas eu lieu, comme si une puissante force de rappel s’y opposait. Résultat : ce 54ème congrès a répété une nouvelle fois que l’objectif était de les tenir …avant le prochain ! C’est un mandat.

Alors force est de constater que même si la direction CGT a voulu mettre les questions de syndicalisation en thème N° 1, il y a loin entre les intentions et les décisions. Viendront peut-être des actes, mais les résistances sont fortes.

Quelles pistes choisir ?

Le document débattu recense plusieurs types de mesures, de « solutions » ou d’engagements à venir.

  • Les syndicats professionnels territoriaux. Le renouvellement du salariat engage à rassembler des adhérent-es de proximité partageant le même vécu professionnel sur un territoire (banques, commerce, communication…). Donc pas forcément le même patron. Cela nécessite de rompre avec la tradition taboue du « syndicat d’entreprise » magnifiée après 1968. Cela avait alors un sens, car on sait comment la grève générale s’est propagée de boite en boite, comme d’ailleurs en 1936 (Renault, Aérospatiale…). Ce schéma ne tient plus, sauf exception, mais le document ne tranche pas vraiment. Il est réaffirmé que ces regroupements pourront déboucher sur des « syndicats d’entreprise », le tout sous la direction des fédérations. Il est ajouté « en lien avec les UD« , ce qu’il faudra suivre attentivement, car certaines expériences émergent. Les initiatives audacieuses ne doivent pas être freinées…par le haut. Possible que l’idée fasse son chemin.
  • Construire le syndicalisme avec les « cadres ». C’est donc construire l’Union générale des ingénieurs-res, cadres et technicien-nes (UGICT). Le document invite à perforer « le plafond de verre » sur ce type de pratique. On l’a dit : cette portion du salariat ne cesse d’augmenter (50%), en même temps qu’une autre se précarise. Le problème est redoutable parce que les ICTAM, décrit le document, « sont de plus en plus concentré-es chez les donneurs d’ordre ». Autrement dit témoignent d’une fragmentation le long des chaines de production, en dépendance l’une de l’autre, mais avec des écarts de droits et de sociabilité. Surtout si la sous-traitance est proche, ou sur le même site. L’UGICT progresse nettement en syndicalisation. Mais les tensions entre cadres et non cadres demeurent. Comment les dépasser ? L’effort culturel est de taille, de part et d’autre, notamment sur les sites industriels.
  • La visée interprofessionnelle est un point-clef, dans les unions locales (UL) et départementales (UD). Cela fait un moment que les UD ont le sentiment (silencieux) d’être insuffisamment soutenues. Pourtant on ne cesse pas officiellement de vouloir « confédéraliser» ou de regretter une absence de responsabilité dans cet objectif. Au moment où la société craque de toute part, l’interpro, c’est ce qui redonne du sens. Elle peut accrocher politiquement. Pas au sens partidaire, mais au sens « Charte d’Amiens » : se syndiquer pour son salaire mais aussi « pour l’avenir ». Le salaire est certes la « besogne quotidienne », mais aussi un pouvoir sur la richesse, et pas seulement un pouvoir d’achat.

L’expérience étonnante du syndicalisme CGT chez Décathlon, décrite par les chercheurs Karel Yon et Maxime Quijoux (voir plus loin) montre que des « néo-syndicalistes » peuvent être stimulé-es par le contexte politique d’un grand mouvement (2019 ou 2023), et même par la situation internationale et un multi-engagement associatif débouchant possiblement sur le syndicalisme.

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  • Un débat passionné existe sur les syndicats multiprofessionnels, certes à priori provisoires, sur des aires géographiques distinctes des unions locales (dont cela pourrait sembler être la vocation interpro « naturelle », ce qui est parfois le cas, par exemple aussi pour assurer des rentrées de cotisations !). La CGT a aussi expérimenté des « syndicats de sites» sur des centres commerciaux où cohabitent des grosses et petites enseignes, et dont les salarié-es ont du mal à se parler même en se croisant tous les jours. De plus les jeunes en emploi en plus des études ont la particularité de passer… d’une vie à une autre.
  • Pour une CGT « féministe », insiste le document. Si un récent progrès de syndicalisation est à noter depuis la vague 2023 (38% de femmes dans la CGT, 50% des déléguées au congrès), il reste que 31% des instances sont vraiment féminisées et 25% seulement pour les « premières dirigeantes» d’UD ou fédérations. Possible que l’engagement très fort sur les VSS depuis deux congrès facilite un progrès.
  • Une étude de l’IRES qui n’a pas livré tous ses enseignements. L’institut de recherches économiques et sociales (IRES) a été sollicité par la direction CGT après 2023 pour une convention d’études, menée par un groupe de chercheur-euses, coordonné-es par Pierre Rouxel et Anaïs Bonanno (sociologues). Le rapport final, publié en février 2026, s’intitule : Vie syndicale : quelles pratiques et conceptualisation (s) ? La synthèse reprend le titre des journées d’été annuelles de la CGT en 2025 : « La CGT de classe. Et de masse ?». Le politiste Jean-Marie Pernot, associé à l’IRES, avait été invité pour problématiser les pratiques historiques de la CGT selon les époques et montrer malheureusement aussi les décisions de congrès déjà prises et non suivies d’effets (par exemple le congrès de Nantes en 2009). La synthèse de ce rapport IRES de plus de 200 pages montre que l’analyse statistique des nouveaux adhérent-es CGT fait « ressortir cinq types de profils : les « activistes », les « généralistes », les « distanciés », les « empêchés », et les « délégataires ». Le rapport s’empresse aussitôt d’insister sur le fait qu’il ne conviendrait pas de mettre les personnes dans des « cases », d’en « retenir une image figée », d’autant que les descriptions et témoignages montrent des mélanges possibles. Mais comme on l’a décrit plus haut avec le syndicat CGT Décathlon, il faut surtout retenir qu’il y a plusieurs motivations et plusieurs attentes parmi celles et ceux qui frappent à la porte CGT.

Faut-il un « grand débat » spécial pour réorganiser la CGT ?  Le document de l’IRES montre une foultitude d’expériences pour « faire CGT » dans la durée. Il ne prétend pas conclure sur des recettes passe-partout. Pourtant ces tâtonnements n’ont pas donné lieu à « un véritable bilan collectif et critique » (dit le document IRES), tout en se gardant de « tout fétichisme organisationnel ». Ce qui bien entendu ne peut pas être la mission de chercheurs-euses.

 Dans la compréhension communément admise, un syndicat sert à défendre ses intérêts, « matériels et moraux » (dit la loi). Se syndiquer engage. Mais plusieurs voies peuvent mener au syndicat. Certes ses droits immédiats, mais aussi son futur (progrès professionnel), le sens de son travail (ce que le syndicalisme a historiquement beaucoup délaissé, un paradoxe ancré dans l’intériorisation d’une domination), mais aussi des contextes politiques (la lutte de 2023 ? la menace fasciste ?) ou internationaux (soutenir une cause, un peuple). Mais adhérer pour faire  du collectif et en être satisfait nécessite un chemin répondant à une pluralité d’attentes (ce que certains auteurs et syndicalistes appellent un « syndicalisme intégral » (Le syndicalisme en commun – 2021 – Institut FSU- Editions Syllepse)

Au total, force est de constater que le temps consacré à ces questions a finalement été imprécis et plein de contradictions. Les syndicats professionnels territoriaux sortiront-ils de la tutelle des fédérations ?  Vieux débat. En 1902, les interpro CGT issus des Bourses du travail ont été mises à l’ordre du jour non sans résistance des métiers et des fédérations qui ont lancé la CGT de 1995. Le même type de problèmes resurgit en 1936 pour marcher vers la réunification, et où les « Unitaires » CGTU reprochent aux fédérations de la maison CGT Jouhaux de tirer en arrière.

Aujourd’hui certains-es estiment qu’il faudrait un grand moment CGT consacré à casser les routines ou enfoncer « les plafonds de verre ».  Sans recette unique, il faudrait que ceux et celles qui frappent à la porte aient le sentiment qu’un parcours démocratique leur est proposé, d’être utiles à quelque chose, sans rester …isolé-es en salle d’attente. C’est ainsi que doivent le ressentir les presque 100 000 « syndiqué-es sans syndicat ». Ils/elles ont fait un geste (cliquer) mais souvent personne n’a répondu (ou cherché à le faire).

Dans cette optique ce congrès a peut-être ouvert un chantier. Mais « les » CGT restent à confédérer.

Jean-Claude Mamet-juillet 2026. 

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