Conférence TER (retraites) : un débat tendu

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Nous avons publié les premières réactions syndicales suite à la clôture (provisoire?) de la Conférence Travail-Emploi-Retraites (TER) tenue au CESE sous l’égide du Ministre du travail (lire : http://syndicollectif.fr/?p=29251). Le rapport final des « garants » suscite des appréciations divergentes parmi les syndicats. La CGT, la FSU et l’Union syndicale Solidaire dénoncent un rapport « partisan » et un irrespect de la démocratie, avec la mise en avant de propositions non débattues (notamment une sorte de nouvel âge « pivot« ). La CFDT est beaucoup plus positive, mais elle vient de publier un commentaire plus nuancé. Force Ouvrière a un avis « mitigé ». La nouvelle secrétaire générale de la CFE-CGC semble enthousiaste.

Nous publions dans l’ordre : l’accès au rapport des trois « garants » de la conférence, la position commune CGT-FSU-Solidaire, le nouveau commentaire CFDT, le commentaire de FO, la déclaration de la secrétaire générale CGC, Christelle Thieffinne.

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  • 18/0G/202 

    Un rapport partisan qui n’engage pas nos organisations.

    Nos organisations se sont impliquées à différents niveaux dans la Conférence Travail, Emploi, Retraites, pour porter nos revendications, en particulier :

    • L’abrogation de la réforme des retraites de 2023, toujours aussi impopulaire après son adoption par passage en force contre la mobilisation de millions de salariés ;
    • Le bilan des ordonnances travail et la prévention des accidents du travail et maladies professionnelles (en explosion) ainsi que l’abrogation de la loi de Transformation de la fonction publique de 2019 ;
    • L’augmentation des salaires, du SMIC et du point d’indice, la mise en œuvre effective de l’égalité femmes / hommes et la lutte contre toutes les formes de précarité ;
    • La conditionnalité des aides publiques et la sortie des exonérations de cotisations

    L’idée de départ de cette conférence était de commencer par décaler l’application de la réforme des retraites puis d’aborder tous les aspects des carrières, au travail puis à la retraite, ce qui avait fait fuir le Medef. Le choix affirmé d’associer le secteur public à l’ensemble des travaux était aussi un signal important adressé aux agent·es de la fonction publique.

    Les débats ont parfois été vifs mais corrects et se sont reflétés même imparfaitement dans les documents de sortie des trois ateliers, rendant compte des positions des différentes organisations.

    Cependant, à l’inverse de la méthode annoncée, nos organisations ont découvert le rapport des garants après sa présentation au Premier ministre et considèrent qu’il ne reflète pas les débats de la conférence et comporte des préconisations qui n’ont jamais été négociées, validées, voire même parfois, jamais mises en discussion au cours des 44 séances de travail. Le MEDEF, pourtant absent des débats de la conférence semble avoir fortement pesé dans la rédaction du rapport !

    Sous couvert de prétendues « voies de passage » les garants proposent en réalité une nouvelle réforme des retraites régressive comportant plusieurs volets :

    • Un nouvel âge « d’équilibre » plus tardif que l’âge d’ouverture de droits, en dessous duquel lequel une décote alourdie s’appliquerait ;
    • Cet âge serait variable selon une règle d’or automatique et calculée sur le niveau supposé des réserves ;
    • Grâce à la bataille de nos organisations, les garants ont été obligés de reconnaître les nombreux écueils de la Cependant, ils valorisent les arguments de la CPME en faveur d’un étage de capitalisation obligatoire pour faire de nos retraites un nouveau marché financier.

    L’âge d’équilibre et la règle d’or n’ont pas été débattus lors de la conférence TER ce qui pose un problème démocratique majeur. Ǫuant à la capitalisation, elle n’a été demandée que par une seule organisation parmi les participants. Force est de constater que nos revendications n’ont pas eu du tout le même succès !

    Une telle réforme aggraverait considérablement les inégalités notamment de ceux, et plus encore de celles, qui connaissent les carrières hachées et les discriminations de carrière et dégraderait encore les pensions de toutes et tous.

    Le rapport reprend certaines revendications syndicales avec une prise en compte limitée de trois des quatre critères de pénibilité supprimés en 2017 mais en omettant les risques chimiques et les risques psycho-sociaux, pourtant en augmentation. Surtout cette avancée est neutralisée par la suppression du régime de départ pour carrière longue qui permet chaque année à un·e salari·ée sur 6 de partir plus tôt à la retraite. Pourtant, seule une organisation patronale a porté ce point.

    Deux thématiques auraient dû être transverses : la lutte contre la dégradation des conditions de travail, dans le public comme dans le privé, et l’égalité entre femmes et hommes. Nous ne retrouvons qu’imparfaitement et de façon très minorée ces sujets majeurs, le second n’ayant d’ailleurs été que trop brièvement traité au cours de la conférence.

    Les sujets propres au secteur public ont également été insuffisamment traités notamment par manque d’implication de l’État employeur. Nos organisations actent favorablement la présence dans le rapport du constat des insuffisances manifestes du dialogue social sur les retraites de la fonction publique, conformément aux échanges. Cependant les « garants » s’autorisent à ouvrir un débat sur l’efficacité, le coût de l’État et la pertinence de certaines structures administratives. Ce débat est hors de propos et ne reflète pas les interventions des participants aux ateliers. Alors que les participants aux ateliers ont explicitement réaffirmé le principe du concours comme voie d’accès à la fonction publique et la nécessité de résorber la précarité accrue par la loi de 2019, les « garants » ouvrent la voie à la remise en cause des concours comme modalités de recrutement.

    D’autres préconisations sont présentées à tort comme des convergences entre les organisations présentes à ces échanges. Les garants appellent les organisations syndicales et patronales à négocier un accord national interprofessionnel sur l’emploi des jeunes qui porterait y compris sur les prérogatives de l’Éducation nationale, sans qu’elle ne soit partie prenante à la négociation. Les garants, en proposant que ces travaux s’inspirent des travaux des organisations patronales, font revenir par la fenêtre le projet de « CPE XXL » du Medef, rejeté il y a quelques mois dans le cadre de l’agenda autonome. S’il réaffirme l’importance d’investir dans l’éducation, et le rôle des qualifications dans l’accès à l’emploi, le rapport reste marqué par la dévalorisation des études longues, la promotion du rôle de l’entreprise dans la formation des jeunes, voire le pilotage du système éducatif par les besoins économiques pourtant imprévisibles à moyen terme.

    Par ailleurs, l’insistance sur le développement d’outils de contrôles et de régulation des arrêts maladie et la révision de leur indemnisation ne reflète pas l’équilibre des échanges tenus lors des ateliers sur la dégradation de l’état de santé des travailleurs·ses.

    Des thèmes centraux ont disparu du rapport, comme l’abrogation de la réforme des retraites dont la possibilité n’est même pas étudiée, le rétablissement des CHSCT, des mesures concrètes pour augmenter les salaires et le point d’indice telle que l’indexation des salaires sur les prix, la prise en compte des années d’étude dans le calcul des droits à la retraite, ou la conditionnalité des aides publiques sur la base de critères sociaux et environnementaux, pourtant portés par toutes les organisations syndicales. Des propositions faisant pourtant même consensus entre les organisations syndicales et patronales présentes sont aussi absentes telles que la révision du régime de micro-entreprise pour lutter contre le recours abusif imposé à des milliers de travailleurs précaires.

    Nos organisations dénoncent donc un rapport partisan trahissant le contenu des débats de la conférence TER. Nous alertons : lorsqu’une minorité prétendument éclairée cherche à imposer dans le débat public ses positions, c’est l’ensemble de la démocratie, sociale et politique, qui se retrouve en danger. Nous continuerons à nous battre pour porter les revendications d’une large majorité de salariés qui demandent toujours l’abrogation de la réforme des retraites et exigent même la retraite à 60 ans. Cette volonté doit être entendue !

    CGT, FSU, Solidaires.

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Conférence TER : un outil utile pour le débat public

Extrait de l’hebdo n°4028

Après six mois de débats et de discussions entre partenaires sociaux, les trois garants de la conférence Travail Emploi Retraites ont remis leur rapport au Premier ministre le 16 septembre. Ce travail, salué par la CFDT, remet le dossier à l’endroit en parlant d’abord de travail et d’emploi… avant de parler de retraites.

Par Jérôme Citron — Publié le 22/09/2026 à 14h00

Lancés le 5 décembre 2025, les travaux de la conférence TER (Travail Emploi Retraites) ont abouti le 16 septembre dernier par la remise au Premier ministre d’un rapport d’une centaine de pages. Saluée par la CFDT (mais fustigée par la CGT, la FSU et Solidaires), cette synthèse, si elle ne fait pas consensus, permet d’éclairer le débat au sujet des retraites en vue de la prochaine élection présidentielle.

« Ce travail confirme ce que nous disons depuis des années : la question des retraites ne peut être abordée de manière isolée. C’est en parlant au préalable de conditions et d’organisation du travail que nous pourrons collectivement avancer, résume le secrétaire général adjoint de la CFDT, Yvan Ricordeau. Remettre le dossier des retraites à l’endroit était une nécessité ; ce rapport y contribue, assurément. »

Des pistes tangibles d’évolution

L’exercice n’était pourtant pas gagné d’avance pour les trois garants. En effet, l’ancien directeur général du travail, Jean-Denis Combrexelle, l’ancienne ministre Anne-Marie Couderc et le fondateur du Groupe Alpha, Pierre Ferracci, ne se sont pas contentés d’effectuer une synthèse des discussions (avec, pour certains sujets, des avis très éloignés). Dans ce document, ils ont pointé les quelques « points de convergence » entre les partenaires sociaux et, surtout, « les divergences d’approche et les voies de passage possibles ».

En matière de convergence, les garants ont ainsi identifié l’ambition de développer l’appareil productif en s’appuyant sur la formation professionnelle, l’intelligence artificielle et la transition écologique. « La négociation d’un accord national interprofessionnel [ANI] sur l’IA est apparue comme une piste tangible d’évolution », écrivent-ils, en détaillant ce que pourrait contenir un tel accord. Toujours en matière de convergence, ils ont pointé l’urgence d’avancer sur la question de l’emploi des jeunes et des seniors. À propos de l’emploi des jeunes, ils appellent à la négociation d’un ANI et détaillent le contenu possible d’un accord (réforme de l’orientation, mesures en faveur des décrocheurs, lien entre formation et besoin du marché du travail, etc.).

Redonner du sens au travail

Les travaux de la conférence ont également permis de mettre en évidence la nécessité d’approfondir la question des salaires, de l’égalité femmes-hommes et du management en vue de redonner du sens au travail. Dans le même ordre d’idée, il a été mis en lumière, à l’occasion de ces travaux, que la France devait progresser en matière d’accidents du travail et de prévention. De fait, l’augmentation préoccupante des arrêts de travail ne saurait s’expliquer par l’augmentation des arrêts de complaisance – ce que laissent entendre certains discours, ces derniers temps.

« Les organisations participantes ont communément admis que l’augmentation rapide des arrêts de travail constitue d’abord un enjeu majeur de santé publique et de santé au travail », écrivent les rapporteurs. Toujours en matière de convergence, la CFDT se félicite par ailleurs que tous les partenaires sociaux autour de la table aient affirmé leur attachement au principe de la retraite par répartition. L’introduction d’une dose de capitalisation dans le système n’est abordée qu’à la marge, et non comme une solution magique.

L’instauration d’un âge d’équilibre de départ à la retraite

La partie du rapport sur « les divergences d’approche et les voies de passage » se révèle forcément plus polémique. En tentant de dépasser les clivages pour proposer des pistes de travail, les garants se trouvent naturellement plus exposés à la critique. Le volet consacré aux retraites devrait ainsi faire couler beaucoup d’encre, notamment en ce qui concerne l’âge de départ. En effet, pour sortir par le haut du débat très conflictuel relatif à l’âge minimal de départ, les garants plaident pour l’instauration d’un âge d’équilibre qui viendrait compléter le système. L’idée serait de garder un âge minimum de départ mais d’organiser la décote et la surcote autour d’un âge d’équilibre, à déterminer. « Cet âge d’équilibre pourrait se substituer à la notion d’âge du taux plein », expliquent ainsi les rapporteurs, qui se gardent bien d’entrer dans le détail de cette proposition.

Toujours dans le domaine des « voies de passage possibles », les garants estiment qu’il est important d’avancer sur la pénibilité, la nécessité de redéfinir le dispositif carrières longues ou encore le pilotage du système. Sur ce dernier sujet, ils plaident pour un mix entre des mécanismes d’ajustement automatique (notamment fondés sur l’évolution de l’espérance de vie) et un pilotage stratégique périodique confié (totalement ou partiellement) aux partenaires sociaux afin de déterminer les différents paramètres (âge de départ, niveau des cotisations et des pensions, etc.).

Une contribution précieuse

La synthèse insiste enfin sur la nécessité de se pencher sur l’efficacité de l’État dans un contexte budgétaire tendu. Les garants pointent ainsi « la double insatisfaction et incompréhension des agents et des usagers » sans aller très loin dans les préconisations. Le rapport est, il est vrai, beaucoup plus complet pour le secteur privé que pour le secteur public. Les organisations syndicales ont d’ailleurs regretté, tout au long des travaux de la conférence, que les employeurs publics ne soient pas réellement au rendez-vous ou refusent de jouer le jeu du dialogue.

Selon la CFDT, cette contribution collective est finalement loin d’être parfaite ou exhaustive mais reste précieuse. La qualité du travail accompli est saluée, tout comme la méthode qui a permis aux organisations syndicales et patronales (à l’exception du Medef) de dialoguer sereinement pendant plusieurs mois. « À quelques mois d’une échéance électorale importante pour répondre aux enjeux économiques et sociaux de notre pays, elle pose les bases d’un débat sérieux et argumenté », résume Yvan Ricordeau. Aux candidats à la présidentielle, à présent, de s’en emparer et de faire vivre le débat.

 

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Rapport de la conférence TER : FO exprime un avis mitigé.

InFO militante par Ariane Dupré. 

Remis officiellement aux interlocuteurs sociaux le 18 septembre au CESE, le rapport de la conférence TER ne fait pas l’unanimité. Si FO a salué certaines recommandations, comme l’ouverture d’une négociation sur l’emploi des jeunes, elle a vivement condamné divers points, dont la suggestion d’un système de retraites universel.

Remis aux organisations syndicales le 18 septembre au CESE, en présence du ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, et du coordinateur, Jean-Denis Combrexelle, le rapport de la conférence sur le travail, l’emploi et les retraites (TER) ne se contente pas de lister les points d’accords et d’opposition entre organisations syndicales et patronales. Il émet aussi des pistes de réflexion vers d’éventuelles réformes, loin de faire l’unanimité.

Parmi les points positifs pour FO, en matière d’emploi, le rapport plaide pour l’ouverture de négociations interprofessionnelles sur l’emploi des jeunes, dans le cadre de l’agenda social autonome (entre organisations syndicales et patronales) et sur l’impact de l’intelligence artificielle. Ces sujets, nous y sommes favorables. Mais ces questions, notamment concernant l’orientation des jeunes, demandent des moyens. Les derniers budgets nous laissent sceptiques a déclaré Patricia Drevon, secrétaire confédérale et chef de file FO à la conférence TER, évoquant les 54 milliards d’euros « d’efforts » sur les finances publiques envisagés en 2027 par le gouvernement.

La secrétaire confédérale s’est aussi félicitée que le rapport évoque la conditionnalité des aides aux entreprises, conditionnalité que revendique FO. Ces aides pourraient par exemple être recentrées sur le soutien à la compétitivité et aux filières et de la lutte contre le décrochage technologique note le rapport.

Retraites : un système universel, pour FO c’est toujours Non

En revanche, le bât blesse sur la question du système de retraites. Si le rapport reconnaît l’importance centrale du système par répartition, il se prononce pour un passage à une forme de système de retraites universelle. L’âge légal subsisterait, mais avec un « âge d’équilibre » s’accompagnant d’une décote des pensions avant cet âge correspondant au temps plein automatique, et d’une surcote au-delà. Nous ne partageons pas cette vision du système des retraites a tancé Patricia Drevon, rappelant l’opposition de FO aux bonus-malus sur les pensions. La confédération a par ailleurs rappelé qu’elle demandait toujours l’abrogation de la réforme des retraites de 2023 et indiqué ne pas partager la partie du rapport intitulé des voies de passages sur les retraites. Ces analyses n’engagent que les garants et nous ne nous inscrivons pas sur des éventuelles décote, âge d’équilibre et retraite par capitalisation… a indiqué Patricia Drevon. Il faut prendre les choses par le bon bout, par la question du travail, de l’emploi et des salaires, par une politique ambitieuse pour l’emploi en particulier des jeunes et des seniors, par une stratégie globale de valorisation des métiers. Nous nous félicitons que le système de la retraite par répartition ait fait consensus lors cette conférence et qu’il ait été mis en avant comme le système le plus efficient et redistributif.

Des règles de gouvernance des retraites rejetée par la confédération

De grands absents du rapport

Dans sa déclaration, FO a pointé du doigt la situation particulière de la Fonction publique, soulignant à la fois la question du manque d’investissement dans la Fonction publique que la question évidente du dialogue social au sein de celle-ci, et sur les 3 versants. Soulignant les enjeux actuels et futurs, la confédération a réitéré sa revendication d’augmentation de la valeur du point d’indice, préoccupation première des agents publics et les pertes de pouvoir d’achat qui en découlent. FO a demandé l’ouverture d’urgence de discussions sur les classifications, déroulements de carrières, conditions de travail, titularisation des contractuels, difficultés de recrutement par manque d’attractivité… points largement alimenté par FO durant les ateliers.

Force Ouvrière portera ces exigences dans le cadre de l’agenda social autonome et s’engagera dans la négociation, pour obtenir des avancées concrètes pour les salariés, les agents publics et les retraités, pour déboucher sur des droits nouveaux et sur le renforcement de la solidarité collective.

Ariane DupréJournaliste à L’inFO militante

L’inFO militanteLe bimensuel de la Confédération

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Restitution de la Conférence Sociale Travail, Emploi, Retraite

La conférence Travail Emploi Retraite a conclu ses travaux le 18 septembre avec un document final. Retrouvez ci-dessous l’allocution de clôture de Christelle Thieffinne, présidente de la CFE-CGC.

Monsieur le Ministre, Mesdames et Messieurs les garants, à vous animateurs, chers collègues,Je voudrais d’abord remercier très sincèrement Jean-Denis Combrexelle, Anne-Marie Couderc et Pierre Ferracci pour le travail réalisé.Je le dis d’autant plus volontiers que l’exercice n’était pas simple : restituer plusieurs mois d’échanges, nos convergences mais aussi nos divergences, sans les gommer, sans les caricaturer et sans prétendre trancher à notre place. Le résultat est, je trouve, réussi.

Le document est fidèle à nos travaux. Cela ne veut pas dire que nous sommes d’accord sur tout, il y a des volets manquants comme l’égalité femme-homme que nous n’avons pas suffisamment mis en éclairage, mais il ouvre le débat. Et au-delà de cette fidélité, j’en retiens surtout la qualité du ton et de la méthode : partir du diagnostic, établir ce sur quoi nous pouvons nous accorder, identifier ce qui nous sépare et, lorsque c’est possible, ouvrir des voies de passage.

C’était, au fond, l’une des ambitions de cette conférence : mettre dans le débat public, et notamment dans celui qui va accompagner l’élection présidentielle, quelques réalités solides. Poser correctement les problèmes. Écarter quelques fausses évidences. Et montrer qu’entre le « y’a qu’à » et l’inaction, il existe un espace pour réfléchir et agir.

De ce point de vue, ce document fait le job !

Il pose d’abord quelque chose d’essentiel : travail, emploi et retraites ne sont pas trois sujets que l’on peut traiter séparément.

Et c’est précisément ce que nous aurions dû faire avant la réforme des retraites de 2023. Et je veux le redire ici, cette réforme a été poussée contre l’avis des organisations syndicales, sans avoir suffisamment traité en amont l’emploi, les conditions de travail, l’usure professionnelle, les parcours et l’emploi des seniors.

Or nous retrouvons aujourd’hui ce qui aurait dû être le point de départ : la capacité à financer durablement notre modèle social dépend aussi de notre capacité à créer de la valeur, à développer l’emploi et à permettre aux salariés de travailler dans de bonnes conditions jusqu’à la retraite. Le document établit d’ailleurs ce lien entre qualité du travail, maintien en emploi et soutenabilité financière.

Sur le modèle productif, les convictions de la CFE-CGC sont fortes : mieux partager la valeur, renforcer notre capacité d’innovation, réindustrialiser, préserver nos secteurs stratégiques et réussir la transition environnementale. Ce rapport affirme justement ces enjeux. Et Il rappelle aussi que notre modèle social n’est pas figé : il est un ensemble dynamique, au cœur duquel se trouve le travail. Et beaucoup des constats posés ici traversent aussi bien le secteur privé que les fonctions publiques.

Cela nous conduit très concrètement au management, aux conditions de travail, à l’autonomie et à la responsabilité. Et j’insiste sur le dialogue professionnel : permettre à ceux qui font le travail de parler du travail, de son organisation, de ses difficultés et des solutions possibles. C’est un axe que nous devons maintenant transformer en actes. La CFE-CGC considère notamment que la formation des manageurs et le suivi des propositions issues de ce dialogue sont des leviers importants.

Le document dit également quelque chose qu’il faut entendre sur le dialogue social : la fusion des CE, CHSCT et DP en une seule instance n’a pas favorisé le dialogue social et la centralisation a éloigné celui-ci des réalités du terrain. Ce constat mérite désormais d’être travaillé.

Sur l’emploi, plusieurs pistes doivent maintenant déboucher sur du concret : l’anticipation des transformations, la GEPPMM, les transitions professionnelles, l’intelligence artificielle, l’emploi des seniors et l’aménagement des fins de carrière. Sur les seniors, la CFE-CGC défend depuis longtemps une idée simple : pour pouvoir travailler plus longtemps, encore faut-il pouvoir travailler. Cela suppose de préserver deux capitaux tout au long de la vie professionnelle : le capital santé et le capital compétences.

Les propositions du document sur la formation, l’usure, le tutorat, les aménagements de fin de carrière et la retraite progressive vont dans cette direction.

Je veux m’arrêter quelques instants sur les jeunes, parce que c’est probablement là que nous avons encore le plus de travail.

Oui, il faut améliorer l’orientation. Oui, il faut rapprocher davantage l’école, les branches et les entreprises. Oui, il faut accompagner les jeunes éloignés de l’emploi. Et il faut regarder tous les obstacles à l’insertion : le logement, la mobilité, parfois la santé, et tout simplement les moyens matériels nécessaires pour commencer sa vie professionnelle.

Mais il faut aller plus loin l’emploi des jeunes relève aussi de la responsabilité des entreprises. Recruter un jeune ne suffit pas. Il faut l’accueillir, lui faire confiance, le former, lui donner des responsabilités et investir dans son parcours. C’est un sujet que, collectivement, nous n’avons sans doute pas suffisamment réussi à travailler pendant cette conférence.

Sur ce point, Il reste donc du boulot. Et il y a urgence.

La CFE-CGC est favorable à l’ouverture d’une négociation interprofessionnelle sur l’emploi des jeunes. Mais compte tenu de l’ampleur du sujet, nous pensons qu’un cadrage du gouvernement doit contribuer à créer les conditions permettant aux partenaires sociaux d’aller jusqu’au bout de cette négociation.

Enfin, quelques mots sur les retraites.

Je trouve que le document a une vertu rare sur ce sujet : il cherche à faire de la pédagogie plutôt qu’à fabriquer de nouvelles certitudes.

Il réaffirme très clairement le système par répartition comme socle de notre système. Vous venez de le réaffirmer monsieur le ministre. La capitalisation n’est envisagée, pour ceux qui souhaitent en discuter, que comme un dispositif additionnel et non comme un substitut à la répartition.

Il ouvre également une réflexion intéressante sur le pilotage et la place des partenaires sociaux. La CFE-CGC est prête à la mener. Mais avec prudence : on ne pilote pas les régimes de base comme nous pilotons l’Agirc-Arrco, parce que les partenaires sociaux ne disposent pas des mêmes leviers.

Et je veux enfin saluer un point de méthode qui me paraît essentiel : une projection du COR n’est pas une prédiction. C’est un outil qui permet de raisonner sur un avenir par définition incertain, de tester des hypothèses et d’en mesurer les conséquences. Cela remet chacun à sa juste place : l’expertise éclaire, le dialogue construit, et, à la fin, ceux qui ont la responsabilité politique décident.

Cette conférence ne clôt donc rien.

Elle a fait ce qui aurait dû être fait depuis longtemps : mettre ensemble le travail, l’emploi et les retraites avant de prétendre réformer l’un des trois.

Nous avons désormais un diagnostic, des convergences, des divergences et des pistes.

Voilà chose faite. Maintenant, il reste à nous toutes et tous, à faire.

Christelle Thieffinne, présidente de la CFE-CGC

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