Congrès FO (2) : autres éclairages

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Nous reproduisons ci-dessous avec son aimable autorisation deux articles de Leila de Comarmond sur le congrès de Force Ouvrière, dont elle était la correspondante pour Les Echos. Le premier article fait le bilan des débats principaux du congrès. Le deuxième rend compte d’un rendez-vous de Frédéric Souillot avec l’Association des  journalistes de l’information sociale (Ajis), après le congrès. Il y annonce le prochain départ de FO de la conférence sociale actuellement en cours au CESE, avec les syndicats, mais sans le MEDEF. 

 

Congrès de FO : guerre, RN et développement syndical au coeur des débats

imagesFrédéric Souillot

Le 26e congrès de Force ouvrière aura été marqué par l’émergence de nouvelles thématiques. 

Publié le 24 avr. 2026 

Le 26e congrès de Force ouvrière qui a réuni depuis le début de la semaine plus de 2.500 militants à Dijon s’achèvera ce vendredi sur l’élection du secrétaire général et de son équipe par le comité confédéral national. Son score sera bien sûr scruté. Mais il n’y a aucun suspense sur le résultat : Frédéric Souillot est seul candidat à sa succession. Sur celui du vote sur le rapport

d’activité entre 2022 et 2026, qui sera annoncé ce vendredi matin, non plus, il n’y a pas grand suspense.

Un congrès sans enjeu, donc ? Pas tout à fait. Les débats auront d’une certaine manière révélé un changement de culture dans l’organisation. Les interventions sur le bilan des quatre

dernières années ont été beaucoup plus nombreuses qu’à l’ordinaire (243 contre une centaine jusque-là) mais elles ont aussi – pour la plupart – été plus courtes et, même du côté des

« ténors » de FO, le ton a souvent été en dessous de d’habitude.

Affrontements entre réformistes et trotskistes

Les thématiques traditionnelles opposant réformistes et trotskistes, sur la place du compromis ou les relations avec l’Etat, ont évidemment animé les discussions, avec notamment la défense par les premiers et la contestation par les seconds de la signature de certains accords avec le patronat, en particulier ceux sur le partage de la valeur et sur les ruptures conventionnelles ou encore la participation à la conférence travail, emploi, retraite organisée par le gouvernement.

Nouveauté en revanche : le fait qu’une grève générale ne se décrète pas est désormais largement admis. « Je sais bien qu’il n’y a pas de bouton », a ainsi reconnu l’anarchiste Fabrice Lerestif, tout en disant tout de même qu’il « faut l’organiser ». Les retraites, elles, se sont assez peu invitées dans les interventions, tout comme d’ailleurs la participation à l’intersyndicale,

ardemment défendue par Frédéric Souillot dans sa réponse sur le rapport d’activité, jeudi matin, et les piques contre la CFDT et la CGT ont été peu fréquentes.

Effort de guerre et pacifisme

Deux sujets ont en revanche largement occupé les congressistes. Le premier est l’effort de guerre programmé par le gouvernement, qui secoue l’organisation syndicale dont le pacifisme est une des valeurs fondatrices, et a vu s’opposer syndicalistes de l’industrie et syndicalistes surtout du public.

« Le porte-avions, j’en ai rien à faire, s’il y a du pognon, il faut le donner aux hôpitaux », a asséné Gérard Dizzazo, du syndicat des territoriaux d’Aulnay. « Défendre l’industrie de défense n’est pas glorifier la guerre », a répondu le métallo lyonnais Eric Keller.

« De l’argent pour l’hôpital, pas pour les Rafales. Mais ça doit être les deux, mes camarades », a répondu Frédéric Souillot jeudi. Jugeant « absurde d’opposer l’un à l’autre », il a souligné que « l’industrie de la défense est non délocalisable et [représente] 250.000 emplois industriels qualifiés et quatre emplois induits à chaque fois ».

Nous sommes antifascistes attachés à la démocratie et à la République, une et indivisible.

L’autre point de crispation important du congrès a concerné le positionnement de FO, qui brandit son « indépendance syndicale » par rapport aux politiques vis-à-vis du Rassemblement national, alors qu’un récent sondage sur les élections municipales a montré que le RN a réalisé une percée significative auprès des proches de Force ouvrière. Plusieurs intervenants ont

réclamé un engagement net de la confédération contre le parti de Marine Le Pen et Jordan Bardella.

« Nous sommes antifascistes attachés à la démocratie et à la République, une et indivisible. Nous sommes tous ici aussi antiracistes, antixénophobes, contre les antisémites, anti islamophobes et contre toute idéologie de rejet de l’autre », a répondu Frédéric Souillot, critiqué pour avoir débattu avec le député du Rassemblement national Jean-Philippe Tanguy sur le

1er mai le 19 avril, à la veille du démarrage du congrès. Pas sûr que cela suffise à refermer le dossier…

Le congrès aura par ailleurs confirmé l’enjeu du développement pour Force ouvrière. La centrale perd petit à petit son avance sur la CFE-CGC avec le risque que cette dernière finisse par lui ravir la place de troisième syndicat français. « Une de nos deux jambes est ignorée, parfois même méprisée, ce sont les cadres, qui ne sont pas des patrons, pas des ennemis de classe, mais des salariés », a ainsi déploré Bruno Gasparini, du Syndicat national des cadres des organismes sociaux, tirant un « signal d’alarme ».

Leïla de Comarmond (De notre envoyée spéciale à Dijon)

 

Sans titre

FO : Frédéric Souillot veut croire en la relance du dialogue avec le patronat

Le secrétaire général de Force ouvrière, qui vient d’être renouvelé à la tête du syndicat, a annoncé devant les journalistes de l’information sociale son intention de rempiler pour un troisième mandat au prochain congrès, dans trois ou quatre ans.

 

Publié le 28 avr. 2026 

« J’aime bien l’expression ‘jamais deux sans trois’. » Le deuxième mandat que Frédéric Souillot vient d’entamer ne devrait pas être le dernier. Il a pris rendez-vous dès à présent dans trois ou quatre ans pour un nouveau renouvellement.

Le secrétaire général de Force ouvrière a vendu la mèche ce mardi à l’occasion d’un rendez-vous organisé par l’Association des journalistes de l’information sociale (Ajis). Le leader du troisième syndicat est sorti conforté du 26e congrès qui s’est achevé samedi dernier. Lors de sa réélection par le comité confédéral national (parlement de l’organisation), il a amélioré son score de quelque 10 points, à plus de 98 % des suffrages exprimés.

Domination du camp réformiste

Il n’aura pas radicalement modifié les rapports de force internes. Mais le rendez-vous dijonnais aura tout de même assis un peu plus la domination du camp réformiste. Il a gagné un siège,

montant à dix-neuf représentants au sein de la commission exécutive confédérale, les trotskistes revenant de seize à quinze, le dernier poste étant occupé par un anarchiste.

La surprise est venue de l’absence de la première fédération de Force ouvrière dans cette instance qui constitue la direction élargie de trente-cinq membres du syndicat. Multipliant les conflits juridiques avec d’autres structures de FO, sa fédération des services publics et de santé, qui a ravi à la CFDT sa deuxième place à l’hôpital, aura été largement barrée.

Son secrétaire général, Didier Birig, n’est arrivé qu’à la trente-huitième place sur quarante-trois candidats. Un épisode qui tombe mal alors qu’en décembre doit avoir lieu une nouvelle pesée de la représentativité syndicale dans la fonction publique. Mais pas un conflit de ligne, selon plusieurs sources.

La ligne de la confédération s’inscrira dans la continuité du mandat précédent, avec l’objectif de « redonner la place qui devrait être la sienne à la négociation collective », a confirmé Frédéric Souillot mardi devant l’Ajis. Le dialogue patronat-syndicats patine pourtant depuis de nombreux mois, avec l’annonce récurrente d’ouverture prochaine de négociations qui ne se traduit pas dans les faits et même, récemment, l’échec de la négociation sur les contrats courts. Mais cela ne décourage pas le leader syndical.

« Nous sortirons » de la conférence sur le travail et les retraites

« Quand il y a instabilité politique, ça fait de l’instabilité économique et ça conduit à de l’instabilité sociale, quoi qu’on en pense », assure Frédéric Souillot. Il veut continuer à croire que l’agenda social autonome va se préciser rapidement sur le modèle productif, la protection sociale et l’emploi des jeunes.

Une première réunion de diagnostic sur ce dernier sujet est en train d’être organisée et aura lieu avant la mi-mai, a annoncé le leader de FO. « On est d’accord pour qu’on ait une discussion et qu’on reprenne la gouvernance de notre système par répartition », a-t-il insisté aussi devant l’Ajis, concernant cette fois-ci le système de protection sociale. « Après ça, on réfléchira à comment on fait sur l’Assurance Maladie et après sur la Caisse d’allocations familiales », a-t-il ajouté.

Frédéric Souillot l’avait déjà dit devant les militants à Dijon, il est également revenu devant l’Ajis sur son intention de quitter la conférence TER (travail, emploi, retraite) à laquelle le Medef a refusé de participer. Une initiative du gouvernement, qui a été la cible de critiques au congrès centrées sur le refus de voir ses travaux utilisés par des candidats à l’élection présidentielle.

« Nous en sortirons », a affirmé le syndicaliste, expliquant qu’il y a aussi des organisations patronales qui se demandent « ce qu’elles y font ». Mais il a maintenu un grand flou sur le moment qui sera choisi alors que la prochaine réunion plénière de la conférence aura lieu le 22 mai.

Par Leila de Comarmond 

 


 

 

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