C’est le monde renversé : deux inspecteurs du travail de Grenoble (adhérents de SUD Travail) sont convoqués pour harcèlement par leur hiérarchie, et on été entendus par la police le 27 mai 2026.
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Deux inspecteurs du travail (SUD Travail) convoqués après une plainte de leur hiérarchie
Deux inspecteurs du travail de l’Isère, également représentants syndicaux SUD Travail, ont été entendus ce mardi 27 mai à l’Hôtel de Police de Grenoble dans le cadre d’une plainte pour harcèlement moral déposée par leur hiérarchie. Une situation jugée « surréaliste » par les syndicats.
Une ovation, devant le Commissariat : Pierre Boutonnet a descendu les marches sous les acclamations de ses collègues. Convoqué mercredi matin à 9h, l’inspecteur du travail a pu ressortir… peu avant 13h. Quatre heures d’audition, durant lesquelles des dizaines de militants syndicaux et collègues manifestaient leur soutien inconditionnel au pied de l’Hôtel de Police, sous une chaleur de plomb.
Les premières informations se sont répandues peu avant la fin de la première audition : les deux inspecteurs, membres de SUD Travail et représentants du personnel, sont visés par une plainte pour harcèlement moral émanant de leur responsable de service. Une accusation que les intéressés contestent fermement.
« C’est assez bouleversant d’avoir à répondre de faits d’accusations aussi graves« , réagit Pierre Boutonnet, inspecteur du travail depuis 25 ans. « Nous ne nous reconnaissons absolument pas dans ces faits. »
Des alertes internes restées sans réponse, une « discrimination syndicale » supposée
Depuis plusieurs mois, les syndicats dénoncent un climat de souffrance au sein de l’inspection du travail en Isère. Les représentants de SUD Travail assurent avoir multiplié les signalements internes et demandé des médiations extérieures pour tenter d’apaiser les tensions.
« On a signalé des collègues en pleurs après des entretiens avec des responsables« , affirme Pierre Boutonnet. Selon lui, les reproches formulés par la hiérarchie porteraient notamment sur leur manière « d’interpeller » les responsables dans le cadre de leurs mandats syndicaux. « Le fait de pointer des problèmes d’organisation ou de rappeler notre indépendance n’a jamais eu vocation à humilier qui que ce soit« , défend-il.
Les syndicalistes estiment que leur hiérarchie supporte de moins en moins la contradiction portée par les représentants du personnel. « La réponse a été de vouloir ‘dégommer deux têtes’ si je peux me permettre« , dénonce l’inspecteur du travail. « Ces manœuvres inédites s’inscrivent dans le cadre d’un durcissement de la répression syndicale en cours dans tout le pays » appuie un communiqué adressé ce jeudi par les syndicats SUD Travail – Affaires sociales et la CGT DDETS 38.
Des tensions exacerbées après « le 1er mai »
Le climat s’est encore dégradé après la question des contrôles réalisés le 1er mai dernier. Des inspecteurs du travail avaient décidé de rappeler aux employeurs les règles encadrant le travail lors de cette journée fériée, alors que les déclarations gouvernementales sur une possible ouverture de certains commerces avaient semé le trouble.
Selon les syndicats, leur hiérarchie aurait intercepté les courriers d’information aux entreprises et freiné l’organisation des contrôles. Le 23 avril dernier, SUD Travail avait affirmé par voie de communiqué qu’une altercation physique aurait eu lieu entre un agent et un directeur par intérim lors d’une explication tendue dans les locaux de la DDETS de l’Isère.
Pour les inspecteurs auditionnés ce mardi, cet épisode symbolise une remise en cause plus large de leur mission. « Quand on nous interdit d’aller faire des contrôles ou qu’on cherche à empêcher certains courriers de partir, on est obligé de rappeler que notre indépendance est garantie par le droit, par une convention internationale », insiste Pierre Boutonnet.
« Une inversion des responsabilités »
Pour les syndicats, cette affaire dépasse désormais le simple conflit interne. « Notre travail, c’est d’enquêter sur le harcèlement moral dans les entreprises, et aujourd’hui c’est nous qui sommes poursuivis pour harcèlement par notre employeur. C’est une inversion des responsabilités assez sidérante« , dénonce Valentin, représentant de SUD Travail. « C’est surréaliste. »
Les deux inspecteurs assurent vouloir désormais « retrouver du calme et de la sérénité« , tout en se réservant la possibilité d’engager à leur tour des actions judiciaires pour défendre leur honneur. « C’est une dénonciation qu’on peut qualifier de calomnieuse. Ce que nous demandons, au vu de tous les éléments que nous apportons montrant des agissements de la direction qui inverse la qualification de discrimination et de harcèlement moral, c’est qu’au moins la procédure pénale s’arrête là. A défaut, nous engagerons notre propre action« .
Nous attendons les informations de la DDETS 38, contactée. Le parquet décidera prochainement des suites éventuelles de cette enquête.









