Contre Milei, grève générale en Argentine

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Le site Rapport de forces décrit la grève générale en Argentine, à l’appel de la centrale CGT et d’autres mouvements syndicaux et sociaux,  après le coup de force du gouvernement Javier Milei et sa loi de 664 articles visant à détruire totalement les lois sociales du pays. Plus bas, l’appel intersyndical CFDT, CGT, FO, FSU, UNSA, Solidaires, à se rassembler le 24 janvier en soutien aux travailleur-euses d’Argentine.

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grève générale argentine

Grève générale argentine : la déferlante !

 Plusieurs centaines de milliers de personnes se sont rassemblées devant le Congrès à Buenos Aires ce mercredi 24 janvier, jour de grève générale contre les mesures de choc ultralibéral mises en place par le président d’extrême droite nouvellement élu Javier Milei.

 

C’est la grève générale la plus rapide de l’histoire argentine après la nomination d’un président de la République. Six semaines seulement. Et c’est aussi une démonstration de force dans les rues de nombreuses villes du pays. La CGT, première organisation syndicale du pays, estime à 1,5 million le nombre de manifestants dans ses rangs, contre la politique de Javier Milei.

Élu avec 55,6 % des voix le 19 novembre 2023, le nouveau président d’extrême droite a pris ses fonctions le 10 décembre. Et enchaîne depuis les mesures chocs au pas de charge. Dès la première semaine : la dévaluation de la monnaie nationale de 50 % et la suppression de 5000 emplois de fonctionnaires, annoncée le 12 décembre. Puis le 14 décembre des mesures extrêmement répressives concernant les manifestations et les blocages.

Après cette mise en bouche, Javier Milei a promulgué un « Décret de nécessité et d’urgence » (DNU) le 20 décembre, devant prendre effet le 29 décembre. En tout 366 articles de dérégulation tous azimuts, qui ne peuvent être bloqués que par un vote hostile des deux chambres du Parlement. Une semaine plus tard, le 27 décembre, le gouvernement a déposé au congrès un projet de loi, dite « loi omnibus », qui comprend 664 articles portant sur l’ensemble des secteurs de l’économie et de la vie sociale du pays. Avec ces textes fleuves, Javier Milei peut notamment s’affranchir du Parlement pendant deux ans, renouvelable une fois. Soit, potentiellement, pour l’entièreté de la durée de son mandat.

Une première grève générale réussie

 

Face à ces attaques inédites par leur ampleur et leur violence contre les droits sociaux et démocratiques, la première organisation syndicale du pays, la CGT, a annoncé dès le 28 décembre une grève générale pour le 24 janvier. Le syndicat, considéré comme modéré, n’avait pas appelé à une telle mobilisation depuis 2019. Elle a rapidement été rejointe par de nombreux syndicats et mouvements sociaux. Parmi elles : les deux centrales syndicales CTA, des organisations féministes, dont Pas une de moins, de défense des droits humains, comme les Mères de la place de mai, des piqueteros ou de nombreux groupes politiques.

Ce 24 janvier, la grève a commencé à midi heure locale, sauf dans les transports où elle ne démarrait qu’à 19 h pour permettre à la population de se rendre aux manifestations, et s’est terminée à minuit. Les secteurs touchés par le mouvement qui s’est donné comme slogan « La patrie n’est pas à vendre » sont multiples. Dès le matin, de très nombreux vols ont été annulés, notamment dans la compagnie nationale promise à la privatisation, Aerolineas Argentinas. Même chose dans le secteur bancaire où la grève était importante, comme dans les ports, la culture, chez les travailleurs de l’État ou encore dans la santé, la filière des déchets ou la distribution publique et privée du courrier. En fin de journée, les trains ont été paralysés par la grève dans la capitale. Une grève très massive selon la CGT qui explique que 80% de ses 7 millions d’adhérents revendiqués étaient en grève mercredi.

À Buenos Aires, la plus grande manifestation du pays a eu lieu devant le Congrès et a réuni à 15 h, heure locale, plusieurs centaines de milliers de personnes, selon le journal Tiempo Argentino, un quotidien indépendant géré en coopérative par ses salariés. Un décompte qui oscille entre 100 000 et 300 000 selon les chaînes de télévision argentines. Mais que la ministre de la Sécurité, Patricia Bullrich, chiffrait à 40 000 dans un message emprunt de réalité alternative posté sur Twitter en fin de journée. De son côté la CGT estimait le nombre de manifestants dans ses rangs à 1,5 million dans tout le pays (dans un pays qui compte 45 millions d’habitants).

Dans le sud du pays, à Neuquén, ce sont 50 000 personnes qui ont contesté le méga-décret et la loi omnibus. À Rosario et Córdoba, dans le centre, des dizaines de milliers de manifestants ont également été dénombrés. Au nord, à Tucumán, les syndicats avancent le chiffre de 40 000 personnes dans la ville. Et les défilés imposants se sont répétés dans toutes les grandes communes du pays.

 

Le gouvernement contrarié par la rue

 

Dans la nuit précédant la journée de grève générale, le parti de Javier Milei, La Libertad Avanza, a réussi à trouver un accord en commission au Congrès avec plusieurs formations politiques de droite, sur une nouvelle version de la loi omnibus qui conserve le cœur du texte et n’enregistre que quelques modifications. Avec cet accord arraché en pleine nuit, le gouvernement espérait pouvoir présenter son texte de loi dès ce jeudi au Parlement. Car pour lui le temps presse, comme l’illustre la procédure accélérée choisie pour l’examen de la loi omnibus, alors que l’inflation ne cesse de grandir, atteignant 210 % sur l’année 2023, contre 160 % lors de la prise de fonction de Milei il y a six semaines.

Mais à l’issue de la mobilisation massive de ce mercredi, le président de la chambre des députés, membre du parti allié à Milei au second tour des présidentielles, a annoncé que le vote serait repoussé à mardi prochain. De leur côté, dans l’après-midi, à la tribune, devant les manifestants rassemblés en face du Congrès, les leaders syndicaux ont exhorté les députés à ne pas voter la loi. Le report du vote laisse finalement la possibilité d’une nouvelle mobilisation d’ampleur dès la semaine prochaine.

 

  • Mobilisation solidaire des syndicats CFDT, CGT, FO, FSU, UNSA, Solidaires en France le 24 janvier

En Argentine, la démocratie et les droits fondamentaux en péril ! Solidarité avec les travailleuses et travailleurs et les syndicats du pays !

Javier Milei, entré en fonction le 10 décembre 2023, déroule déjà sa politique populiste d’extrême-droite, faisant peser de lourds dangers sur la démocratie et sur les droits fondamentaux des citoyens en Argentine, à commencer par ceux des travailleuses et des travailleurs.

Fin décembre, le président Argentin a présenté le Décret de Nécessité d’Urgence (DNU) et la Loi Omnibus, qui s’attaquent à plus de 300 dispositions touchant aux bases des droits individuels et collectifs. Ces mesures remettent en cause les fondements démocratiques du pays, rompant avec la séparation des pouvoirs et violant la Constitution argentine. Ce décret vise également le démantèlement des services publics et de la protection sociale, avec le licenciement de milliers de fonctionnaires argentins déjà à l’œuvre, en instaurant une austérité dévastatrice pour le modèle social argentin et les droits et intérêts des travailleuses et travailleurs en Argentine.

Parallèlement, ce même gouvernement a rapidement publié un protocole, ayant pour objectif la criminalisation de la contestation sociale, en permettant notamment un usage indiscriminé du recours à la répression d’État contre toutes les formes de lutte, en particulier celles des travailleuses et des travailleurs.

Les travailleuses et travailleurs sont de fait en première ligne face à ces réformes, citons entre-autres : la volonté d’éliminer la justice du travail, la remise en cause de la liberté syndicale et d’adhérer ou non à un syndicat, le renforcement des prérogatives des employeurs pour réprimer l’activité syndicale au quotidien, la mise en place d’une période d’essai de 10 mois, l’élimination en pratique du droit de grève et la suppression du droit à l’indemnisation pour licenciement sans cause réelle et sérieuse.

En outre, ces batteries de mesure incluent le démantèlement des normes environnementales et l’abandon de la souveraineté, sur les richesses naturelles et les terres du pays aux desiderata des capitaux internationaux.

La politique de Milei témoigne de la nature profonde de l’extrême-droite, un danger mortel pour le monde du travail, pour les services publics et pour l’environnement, et un mépris des principes démocratiques les plus élémentaires.

Nos organisations syndicales CFDT, CGT, FO, FSU, UNSA et Solidaires expriment leur plus vive inquiétude face à cette offensive contre les acquis de plusieurs décennies de luttes sociales et syndicales en Argentine.

Nous adressons toute notre solidarité aux travailleuses et travailleurs d’Argentine, et notamment aux confédérations syndicales CGT-RA, CTA-T et CTA-A. Nous les soutenons inconditionnellement dans le processus de lutte qu’elles ont engagés pour faire face aux politiques mortifères de Milei et son gouvernement.

En particulier, nous sommes solidaires de l’appel à la grève nationale du 24 janvier initié par les trois centrales syndicales du pays. Elles réclament le respect du fonctionnement démocratique du pays et de sa Constitution ainsi que le retrait de ces lois bafouant un nombre incalculable de droits fondamentaux, à commencer par les conventions de l’OIT que le pays a ratifiées.

Nos organisations syndicales CFDT, CGT, FO, FSU, UNSA et Solidaires appellent à se rassembler le mercredi 24 janvier à 18h00 devant l’ambassade d’Argentine pour témoigner de notre solidarité avec les travailleuses et travailleurs, et les syndicats, en lutte pour défendre leurs droits et la démocratie.

Rassemblement de solidarité devant l’ambassade d’Argentine le 24 janvier à 18h00 à l’angle de la rue Cimarosa et de l’avenue Kleber, 75016, Paris. Metro 6 : Boissière

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