Ci-dessous une déclaration du Front des syndicats soudanais. En pleine guerre civile meurtrière, les syndicats défendent leurs revendications. Plus bas une analyse du contexte soudanais publiée par Sudfa.
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- « Sudfa », ça veut dire « hasard », « coïncidence », « chance », en arabe standard et en arabe soudanais
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Déclaration :
« Halte à l’attaque contre les travailleurs soudanais – Opposons-nous aux licenciements massifs et aux purges politiques »
Nous condamnons avec la plus grande fermeté la décision ministérielle n°(22) de 2026, émise par le ministère soudanais de facto des Ressources humaines et de la Protection sociale, qui institue un comité chargé d’«étudier et d’auditer» les employé·e·s du gouvernement fédéral et de formuler des recommandations visant à réduire les effectifs du secteur public.
Il ne s’agit pas d’une réforme administrative. Il s’agit d’une attaque politique contre les travailleurs et travailleuses, les services publics et les droits démocratiques, menée sous le couvert de la guerre et de l’effondrement économique.
Depuis le déclenchement de la guerre contre-révolutionnaire pour le pouvoir, la richesse et le contrôle du Soudan le 15 avril 2023, le Soudan a été plongé dans une dévastation catastrophique [voir à ce sujet, pour information, le document mis en ligne sur alencontre.org le 22 mai 2026 : brochure Sudfa Media].
La guerre oppose, d’un côté, les Forces armées soudanaises (FAS) et l’ancien régime islamiste et, de l’autre, les Forces de soutien rapide (FSR), après qu’ils ont renversé conjointement le gouvernement civil du Soudan lors du coup d’État de 2021. Alimentée par des intérêts régionaux et impérialistes en concurrence pour l’influence, les ressources et le contrôle stratégique, la guerre est devenue une attaque directe contre les aspirations de la révolution historique de 2018, lorsque les travailleurs, les travailleuses, les femmes, les jeunes, les comités de résistance de quartier et les forces révolutionnaires ont renversé la dictature d’Omar el-Béchir.
Des centaines de milliers de personnes ont été tuées et des millions déplacées. Les services publics, les infrastructures, les lieux de travail, les fermes et les marchés ont été dévastés, provoquant famine, déplacements de population et effondrement social. Les travailleurs et travailleuses et les retraité·e·s endurent des conditions de vie insupportables. Les travailleurs et travailleuses du secteur public dans les domaines de l’éducation, de la santé et de la fonction publique ont été confrontés à des attaques répétées contre leurs salaires et leurs conditions de travail, tandis que les primes, les prestations et les retraites restent impayées. Au lieu de protéger les moyens de subsistance et de reconstruire les services, les autorités de facto menacent désormais de procéder à des licenciements massifs.
Cette décision rappelle l’un des chapitres les plus sombres de l’histoire moderne du travail au Soudan. À la suite du coup d’État de 1989, l’ancien régime islamiste a mis en œuvre des politiques systématiques de « licenciement pour raison d’intérêt public » qui ont démantelé la fonction publique et entraîné le renvoi de plus de 600 000 travailleurs et travailleuses entre 989 et 1991, les remplaçant par des cadres politiquement loyaux. Ces purges ont détruit l’organisation syndicale, affaibli les institutions publiques et consolidé la dictature.
Aujourd’hui, ces mêmes méthodes refont surface sous de nouveaux termes : « réforme administrative », « réduction des effectifs » et « audit des employés ».
La décision n°(22) de 2026 viole le droit international des droits de l’homme et le droit du travail, notamment l’article 23(1) de la Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH), les articles 2(2), 6(1) et 7(a) du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC), ainsi que l’article 22(1) du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), qui garantissent la liberté d’association et les droits syndicaux.
Elle est également en contradiction directe avec les principes du mouvement syndical international et la constitution de la Confédération syndicale internationale (CSI), qui engage le mouvement syndical mondial à défendre les droits des travailleurs et travailleuses, à s’opposer à la répression antisyndicale, à défendre la négociation collective et la liberté syndicale, et à lutter pour un travail décent, la protection sociale et l’égalité.
Malgré la guerre, la destruction et la répression auxquelles le Soudan est confronté, les travailleurs soudanais ont continué à faire preuve de solidarité internationaliste envers les travailleurs en Grande-Bretagne et dans le monde entier. Cela inclut le message des éboueurs soudanais aux éboueurs en grève de Birmingham et celui de l’Alliance des travailleurs soudanais pour la restauration des syndicats et de l’Alliance pour des campagnes fondées sur la demande (TAM-The Alliance for Demand-Based Campaigns) dans leur message aux syndicats britanniques lors du Congrès du TUC (Trades Union Congress) de 2024. Ils continuent de se tenir aux côtés des travailleurs du monde entier dans la lutte contre l’exploitation, l’austérité, le racisme, la guerre et l’autoritarisme.
La création de comités chargés de réduire les effectifs du secteur public – qui fait suite à la décision illégale n°(9) de 2026 dissolvant les syndicats légalement constitués depuis le début de la révolution soudanaise en 2018, et intervient dans un contexte de répression continue de l’activité syndicale indépendante – suscite de graves inquiétudes quant au fait que ce processus ne vise pas une réforme, mais l’exclusion politique et un renforcement du pouvoir. Elle menace de transformer une fois de plus les institutions de l’État en instruments de clientélisme et de contrôle, organisés autour de la loyauté politique plutôt que de la compétence, des droits des travailleurs ou des besoins publics.
Cette décision est donc politiquement illégitime, moralement indéfendable et juridiquement nulle. Prise par une autorité dépourvue de légitimité démocratique et de fondement constitutionnel, elle ne sert pas la réforme, mais un renforcement des pouvoirs, l’exclusion et le contrôle social. Elle utilise le prétexte de la guerre et de l’effondrement économique pour démanteler la fonction publique, rétablir les syndicats de l’ancien régime, faire taire les voix qui réclament la responsabilité et exclure les travailleurs et travailleuses de la vie publique. C’est pourquoi nous la rejetons catégoriquement.
À l’heure où les travailleurs et travailleuses et les retraité·e·s luttent pour survivre à la guerre, à l’inflation, aux déplacements et à la violence, s’attaquer à l’emploi constitue une attaque non seulement contre les moyens de subsistance, mais aussi contre les institutions publiques qui subsistent au Soudan.
Nous appelons le TUC (Trades Union Congress), les syndicats, les organisations du mouvement syndical, les députés, les organisations de la société civile, les militants et les organismes de défense des droits humains à l’échelle internationale à :
• Condamner publiquement la décision ministérielle n°(22) de 2026.
• Exiger l’arrêt immédiat de tout programme de licenciements, de filtrage politique ou de réduction des effectifs.
• S’opposer à tout retour aux politiques de « licenciements d’intérêt public », sous quelque nom que ce soit.
• Soutenir les organisations de travailleurs soudanais qui défendent les emplois, les salaires, les retraites, les primes et les droits syndicaux.
• Mener campagne pour le paiement immédiat des salaires, des primes et des obligations en matière de retraite des travailleurs.
• Défendre une fonction publique indépendante, professionnelle et démocratique, responsable devant le peuple soudanais – et non devant les autorités militaires, les factions armées ou les réseaux clientélistes.
• Construire une solidarité internationale avec les travailleurs soudanais qui résistent à la guerre, à l’autoritarisme et à la spoliation économique.
La fonction publique appartient au peuple soudanais. Elle n’est pas un trophée à se partager entre les forces de la guerre et du pouvoir.
Une déclaration publiée par le Front des syndicats – qui comprend le Comité préliminaire du Syndicat des médecins soudanais, le Comité des enseignants soudanais, le Comité directeur du Syndicat des ingénieurs soudanais, le Syndicat des enseignants de l’Université de Bahri, le Syndicat des enseignants de l’université de Nyala, le Syndicat des travailleurs de l’énergie atomique, le Syndicat des dramaturges soudanais, le Syndicat des enseignants de l’université de Khartoum, le Syndicat des journalistes soudanais (actuellement suspendu) et le Comité directeur du Syndicat des avocats — a également été joint en anglais et en arabe à l’appui de cet appel.
MENA Solidarity (organisation basée en Grande-Bretagne)
Traduction rédaction A l’Encontre
Famine au Soudan, une arme de guerre néocoloniale + Déclaration publiée par le Front des syndicats
Contrairement au récit qui présente la famine au Soudan comme une conséquence naturelle de la guerre, cet article montre que la faim est utilisée comme arme de guerre par les milices FSR. La famine est aussi le produit d’un système de prédation néocolonial au profit des Émirats arabes unis. L’autonomie alimentaire devient dès lors un enjeu de résistance et d’émancipation décoloniale.
Dès que l’on aborde la situation humanitaire au Soudan, la famine est systématiquement évoquée : l’ONU estime que 20 millions de personnes, soit plus de 40% de la population, souffrent de faim aiguë. Quatorze zones du Darfour du Nord, du Darfour du Sud et du Kordofan du Sud sont menacées de famine, alors qu’environ 135 000 personnes y souffrent déjà de niveaux de faim extrêmes.
Pourtant, le pays est le deuxième plus vaste d’Afrique, traversé par le plus long fleuve du monde et doté de terres agricoles fertiles couvrant près des deux tiers de son territoire. Dans le cas soudanais, la famine n’est ni une conséquence naturelle ni inévitable de la guerre. Elle résulte de l’utilisation délibérée de la faim comme arme de guerre, voire comme arme de génocide. L’instrumentalisation de l’approvisionnement alimentaire comme moyen de domination et de contrôle des populations civiles est caractéristique des conflits coloniaux et impérialistes contemporains, comme on l’observe aujourd’hui au Soudan et à Gaza.
Au Soudan, plutôt que de parler de famine, on peut parler d’« affamement » délibéré de la population. D’abord, parce que la guerre est menée par les milices contre les populations agricoles afin de s’approprier leurs terres. S’y ajoutent la destruction délibérée des structures de l’État et la généralisation des économies de guerre, conçues comme un mode d’investissement et de profit néolibéral.
Face à ces violences, les chambres d’urgence proposent un modèle de résistance révolutionnaire fondé sur l’autonomie alimentaire.
Les terres agricoles, cibles d’attaques systématiques
Depuis le début de la guerre en avril 2023, la prise de contrôle des terres par les milices, le blocage des voies d’acheminement et les déplacements imposés à certaines communautés paysannes ont fortement réduit la production agricole. Trois saisons se sont déroulées avec une récolte très faible, alors que la population soudanaise dépend de son agriculture pour satisfaire ses besoins essentiels.
Le 4 mai 2026, une investigation du média Al Jazeera par image satellite utilisant l’index de différence normalisée de végétation (NDVI) a démontré que la guerre avait un impact dévastateur sur les plus grands projets agricoles irrigués du Soudan dans les états de Gezira, Sennar et Khartoum. Les plaines fertiles du centre du Soudan – considérées comme le « grenier » du pays – ont été dévastées : sur les images satellites, les quadrillages verts et géométriques qui caractérisaient autrefois le cœur agricole du pays ont désormais laissé place à un paysage aride, d’un brun poussiéreux.
Quand la capitale de l’état de Gezira, Wad Madani, est tombée aux mains des Forces de Soutien Rapide (FSR) en décembre 2023, des agriculteur·ices désespéré·es avaient alors inondé leurs propres canaux d’irrigation pour transformer leurs champs en bourbiers afin d’arrêter les pick-ups armés des FSR. Suite à la prise de l’état de Gezira par les FSR, celles-ci ont démantelé tout le système agricole de la région. Les miliciens ont détourné les canaux d’irrigation, inondé les terres agricoles et utilisé les sacs de récoltes comme ponts de fortune pour franchir les canaux. Les traces de cet événement sont encore visibles aujourd’hui depuis le ciel.
Des dégâts similaires ont été constatés dans les zones agricoles de Rahad et de Suki, situées dans les états de Sennar et de Gedaref, qui couvrent 126 000 hectares (311 350 acres) et 37 800 hectares (93 400 acres). Tout au long de l’année 2024, sous le contrôle des FSR, l’état des cultures s’est considérablement détérioré dans ces deux régions.
Mais cette détérioration n’a rien d’une conséquence « naturelle » de la guerre. Une étude de l’université de Yale de mars 2026 a démontré que les FSR ont ciblé délibérément les communautés agricoles résidant aux alentours de la ville d’El Fasher, dans le but d’affamer la population locale alors qu’elles entamaient le siège de la ville. Le siège a duré plus de 18 mois, durant lesquels des milliers de personnes sont mortes de faim et d’absence de soins, jusqu’à la prise d’El Fasher en octobre 2025.
Ces attaques autour d’El Fasher ont ciblé 41 communautés agricoles. Leur objectif était de déplacer de force les agriculteur·ices pour les empêcher de semer — décimant ainsi les réserves alimentaires locales. La politique de la terre brûlée menée par les FSR après leurs attaques vise à empêcher les résident·es de se réinstaller dans leurs villages, rendant toute la région inhabitable. Ces images montrent clairement l’intention des FSR : dépeupler ces localités et entraver toute capacité de la population à semer, cultiver et récolter de la nourriture.
Outre la destruction des terres agricoles locales, les FSR empêchent les organisations humanitaires d’acheminer de l’aide vers la ville, comme l’ont montré de nombreux rapports. Enfin, depuis le début du conflit, les miliciens ont pillé systématiquement les marchés, qui sont les premiers espaces urbains attaqués dès qu’ils conquièrent une ville. Tous ces éléments mettent en évidence le projet génocidaire des FSR, qui s’attaquent aux moyens de survie de la population.
Le démantèlement des structures de l’État et l’émergence d’un « colonialisme agraire »
La guerre n’a pas arrêté l’économie, elle l’a transformée. D’un système fragile sous un État affaibli, on est passé à une économie de guerre structurée par des réseaux — armes, contrebande, aide humanitaire et financements extérieurs. Ce basculement s’inscrit dans une logique néolibérale où l’effondrement de l’État laisse le champ libre au marché, même lorsqu’il se nourrit de la catastrophe.
La destruction délibérée des institutions, ainsi que des entreprises publiques et privées, par des attaques menées par les milices à des fins de pillage, a rendu l’appareil étatique incapable de répondre aux besoins essentiels de la population — qu’il s’agisse de l’accès à la nourriture ou des services indispensables à sa production, tels que l’électricité et l’eau. 90% des hôpitaux sont hors service, tandis que les banques et l’ensemble des institutions publiques ont été à l’arrêt pendant plusieurs années.
Dans les régions contrôlées par les FSR, même dans les zones où les villages sont encore debout, les agriculteur·ices indiquent que l’insécurité et les conflits avec les éleveur·ices nomades rendent la culture pratiquement impossible. L’administration ad hoc mise en place par les FSR au Darfour pour protéger la saison agricole n’arrive pas à résoudre ces problématiques et des agriculteur·ices témoignent auprès du média Ayin Network que « des chameaux appartenant à des éleveur·ices locaux ont piétiné ses champs sous les yeux des forces des FSR qui contrôlent la ville. » Les agriculteur·ices qui tentent de protéger leurs récoltes sont victimes d’agressions, de menaces et de pillages de leurs charrettes.
Dans ces zones où l’agriculture, bien que fortement entravée, est encore possible, les récoltes ne bénéficient pas aux populations locales ni à la population soudanaise dans son ensemble. Ce n’est pas un hasard : la famine est produite et entretenue par des logiques économiques impérialistes et néolibérales.
Les produits agricoles (des céréales, la gomme arabique et l’arachide ainsi que du maïs) et le bétail, de même que l’or, sont acheminés et exportés par les FSR via des réseaux informels vers le Tchad, la Libye et les marchés du Golfe. Les milices s’emparent de terres arables afin de se financer par la contrebande de denrées, notamment vers les Émirats Arabes Unis.
Ces échanges s’inscrivent dans un « néocolonialisme agraire » qui était déjà à l’œuvre avant la guerre. Le chef des FSR, Hemedti, exerçait lui-même le commerce de bétail avec la Libye avant de rejoindre les FSR, qui lui a permis d’étendre ces activités à une échelle plus large. Dans ce contexte, l’agriculture cesse donc d’être une ressource pour la survie des civil·es : elle devient un moteur de la guerre, qui alimente le conflit et permet aux violences de se perpétuer.
Alors même que le Soudan, un pays principalement agricole, est privé de son autonomie alimentaire, il se retrouve en proie à « l’économie de l’aide ». Cette transformation inquiétante face à l’aggravation de la catastrophe humanitaire illustre une nouvelle phase de la dépossession du pays aux mains des puissances étrangères. L’aide n’est plus seulement une réponse d’urgence, elle est devenue un secteur économique à part entière, avec ses financements, ses emplois, ses contrats, ses chaînes d’approvisionnement, ses rapports de force, ses indicateurs et sa concurrence pour les ressources.
Le problème n’est pas l’aide en elle-même, mais son évolution en substitut implicite aux options de production locale, et en mécanisme de gestion de la crise plutôt que de sortie de celle-ci. Lorsque la réponse humanitaire repose sur la durabilité de la crise, plutôt que sur la sortie de la crise, alors la persistance de situations comme la famine et la privation devient une condition objective de la poursuite du financement et de l’activité humanitaire.
Les organisations humanitaires émiraties constituent l’illustration la plus emblématique de ce système cynique : les Emirats alimentent la guerre pour s’approprier les ressources soudanaises d’un côté, tout en apportant de l’aide humanitaire de l’autre. Cette aide est mise en avant par le gouvernement émirati selon une mise en scène bien orchestrée qui cache les mécanismes de prédation. Les Soudanais·es sont conscient·es de cette instrumentalisation de l’aide alimentaire et la dénoncent. On a ainsi vu circuler sur les réseaux sociaux des vidéos d’habitant·es qui refusaient l’aide alimentaire apportée par des organisations humanitaires émiraties en exprimant leur colère : « Que les Emirats arrêtent de détruire notre pays, plutôt que d’apporter à manger ! ».
Les « salles d’urgence », un projet révolutionnaire d’autonomie alimentaire
Contre cette logique de conquête néocoloniale, le Soudanais·es résistent en inventant des alternatives concrètes malgré le manque total de moyens. Les organisations d’entraide au Soudan, comme les « salles d’urgence » (parfois traduites aussi par « chambres d’urgence ») via le projet des cuisines collectives, représentent des solutions révolutionnaires. Ces initiatives issues de la société civile tentent d’atténuer la crise grâce à des outils locaux et à un effort populaire quotidien. Elles visent à construire des solutions durables et structurelles pour sortir de la crise.
Des centaines de cantines solidaires ont ainsi émergé depuis le début de la guerre. Elles nourrissent des centaines de milliers de personnes les plus vulnérables, notamment les familles déplacées par le conflit. Leur organisation par la base s’inspire du modèle autogestionnaire des comités de résistance pendant la révolution. Les chambres d’urgence de Khartoum, par exemple, comptent jusqu’à 4 000 bénévoles qui gèrent 42 cuisines communautaires dans la capitale et les villes alentour.
Les volontaires ont investi des espaces collectifs abandonnés par les pouvoirs publics à cause du contexte de guerre (écoles, bâtiments publics) pour en faire des lieux de regroupement de denrées alimentaires et de cuisines collectives. Ils et elles y préparent puis distribuent ces repas dans les quartiers les plus précaires et les camps de déplacé·es. Ces groupes s’organisent sur les réseaux sociaux et c’est également via ce moyen qu’ils collectent des fonds, en s’appuyant sur la solidarité internationale et de la diaspora.
Les « chambres d’urgence » ne se contentent pas de cuisiner dans les centres urbains, mais travaillent à sécuriser toute la chaîne d’approvisionnement alimentaire depuis les campagnes vers les villes. Le programme « Sécurité alimentaire » des chambres d’urgence de Khartoum illustre cette approche. Sa priorité : soutenir les marchés de quartier dans chaque commune pour qu’ils deviennent des points de distribution de proximité, approvisionnant les épiceries locales, plus facile à protéger au sein des quartiers. Les cagnottes de soutien aux chambres d’urgence sont utilisées pour aider les grossistes à acheminer leurs marchandises.
Ces volontaires surveillent également les points de contrôle des armées et milices le long des routes, afin de faire respecter la libre circulation des personnes et des marchandises. Ils mènent des négociations localisées avec les autorités pour garantir l’accès aux différents quartiers.
Enfin, plusieurs projets d’agriculture en ville ont également émergé. Ils visent à installer une production locale et favoriser au maximum les circuits courts, permettant un approvisionnement local et évitant le pillage des denrées alimentaires par les miliciens.
Ces groupes révolutionnaires n’emploient pas le terme de « famine » mais parlent plutôt d’« affamement ». Ce choix leur permet de mieux décrire la privation délibérée imposée aux Soudanais·es. Ils préfèrent un vocabulaire révolutionnaire afin d’éviter le piège des termes spectaculaires du système néoliberal — ces mots qui construisent une population victime et incapable de résister. En imposant et consolidant une lecture néolibérale des événements, l’utilisation de ces termes atténue les perceptions et neutralise la critique, tout en garantissant la pérennité des crises — au lieu de les résoudre. A l’inverse, les initiatives de terrain des « chambres d’urgence » transforment à la fois l’économie et les modes d’actions humanitaires par la solidarité locale, mais proposent aussi une pensée radicale d’autonomie et de souveraineté alimentaire, ouvrant des perspectives écologiques et décoloniales.
Par l’équipe de Sudfa
Sudfa est un média participatif franco-soudanais, créé par un groupe d’ami·e·s et militant·e·s soudanais·e·s et français·e·s. Nous nous donnons pour objectif de partager ou traduire des articles écrits par des personnes soudanaises, ou co-écrits par personnes soudanaises et françaises, sur l’actualité et l’histoire politiques, sociales et culturelles du Soudan et la communauté soudanaise en France. Si vous souhaitez nous contacter, vous pouvez nous écrire à sudfamedia@gmail.com, ou via notre page Facebook et Instagram. Vous pouvez aussi retrouver tous nos contenus, articles, chroniques et reportages, sur notre site : sudfa-media.com. Pour soutenir notre travail, vous pouvez un don sur notre cagnotte. Merci de votre soutien et à bientôt !
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