A Carcassonne, le maire RN s’attaque à la maison des syndicats. A Hénin-Beaumont, le maire RN exclut deux syndicalistes de SUD Collectivités Territoriales de la fonction publique. Plus bas, le journaliste Pierre Jacquemain, de l’Hebdo Politis N° 1916, appelle à soutenir le syndicalisme contre les attaques et les mises en examen (comme Sophie Binet, CGT, dans sa dénonciation des PFAS). Il formule le voeu qu’il joue un rôle pour « redonner une perspective politique au monde du travail » .
À Hénin-Beaumont le maire RN exclut deux syndicalistes SUD CT pour 1 et 2 ans !
Djelloul Kheris et Fabienne Payen, militant·es SUD Collectivités Territoriales à la mairie d’Hénin Beaumont viennent d’apprendre leur exclusion de la Fonction publique territoriale pour respectivement 2 et 1 ans sans traitement.
Dans deux procédures distinctes montées de toutes pièces, nos camarades avaient été blanchi·es par le conseil de discipline. Le maire a décidé de passer outre et de prendre de lourdes sanctions qui vont avoir de graves conséquences pour Fabienne et Djelloul .
Le but est limpide : détruire le syndicat en empêchant la constitution de listes pour les élections professionnelles de décembre et faire de Djelloul et Fabienne un exemple pour dissuader l’organisation collective en faisant régner la peur.
C’est la même logique qu’à Carcassone où le maire veut expulser les syndicats de la Bourse du Travail.
Face à l’arbitraire de l’extrême droite, la solidarité est notre arme. L’Union syndicale Solidaires et la Fédération SUD Collectivités Territoriales se tiennent aux côtés de nos camarades et prendront toutes les initiatives pour mettre en échec cette mesure de répression antisyndicale et obtenir leur réintégration. Dans l’urgence, deux recours en référé seront déposés.
Syndicats sous pression
De la mise en examen de Sophie Binet après ses prises de position sur les Pfas aux attaques des municipalités du RN contre les syndicats, une même logique est à l’œuvre : affaiblir la démocratie sociale.
Pierre Jacquemain • 25 mai 2026
Les syndicalistes deviennent des obstacles dès lors qu’ils contestent les intérêts industriels dominants.
Les deux quinquennats qui s’achèvent resteront ceux des gardes à vue de militants, des réquisitions contre les grévistes, des poursuites disciplinaires et des violences policières contre les mouvements sociaux. Des raffineries aux universités, le pouvoir a répondu à la contestation sociale par une logique de maintien de l’ordre. L’affaire des Pfas marque une étape supplémentaire. Il ne s’agit plus seulement d’empêcher des revendications salariales : il s’agit de faire taire celles et ceux qui alertent sur les conséquences sanitaires et environnementales de certains modèles de production.
Responsabilité historique
Les syndicalistes deviennent des obstacles dès lors qu’ils contestent les intérêts industriels dominants. Or, face à la catastrophe écologique, les syndicats sont indispensables. Qui, sinon eux, peut articuler défense de l’emploi, santé publique et transformation écologique de l’industrie ? Qui peut empêcher que la transition écologique soit menée contre les travailleurs plutôt qu’avec eux ? Cette offensive ne vient d’ailleurs pas seulement du pouvoir central.
Les municipalités dirigées par le RN expérimentent déjà localement une politique de répression sociale. À Saint-Avold, la fête de la CGT a été interdite. À Carcassonne, leurs locaux ont été retirés à des syndicats. À Hénin-Beaumont, le maire RN, Steeve Briois, a exclu deux syndicalistes de la fonction publique municipale. Partout, la même logique : affaiblir les organisations capables de structurer des solidarités populaires et des résistances collectives.
Le mouvement syndical ne pourra plus se contenter d’être un simple acteur de négociation sociale.
Le plus inquiétant est peut-être la convergence croissante entre macronisme et extrême droite dans leur rapport aux contre-pouvoirs. L’un parle de modernisation, l’autre d’ordre identitaire ; mais tous deux considèrent les conflits sociaux comme des obstacles à neutraliser. Quand des syndicalistes sont poursuivis pour avoir dénoncé des pollutions industrielles, quand des municipalités censurent des organisations ouvrières, ce n’est pas seulement le droit syndical qui recule : c’est la démocratie sociale elle-même qui est menacée. Car une démocratie sans syndicats puissants est une démocratie amputée.
À l’heure où s’ouvrent les congrès syndicaux, une responsabilité historique se dessine. Face à la montée des logiques autoritaires et à l’offensive conjointe du néolibéralisme et de l’extrême droite à l’endroit des contre-pouvoirs, le mouvement syndical ne pourra plus se contenter d’être un simple acteur de négociation sociale. Il lui faudra sans doute assumer pleinement un rôle démocratique : fédérer les résistances, faire converger les luttes sociales et écologiques, et redonner une perspective politique au monde du travail.
À l’horizon de l’élection présidentielle, l’urgence impose de dépasser les cloisonnements traditionnels et les réflexes d’appareil. Car il ne s’agit plus seulement de défendre des acquis sociaux, ni même de proposer de nouvelles conquêtes, mais de préserver les conditions mêmes d’une société démocratique.











