De plus en plus fréquemment, des violences et des crimes sexuels sont signalés, parce que les victimes se mobilisent de plus en plus. Une coalition féministe et enfantiste s’est mise sur pied, notamment avec le Collectif national pour les droits des femmes-CNDF (où participent des associations, des syndicats, des partis politiques), exigeant une loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles, déjà signée par plusieurs groupes politiques. La FSU prend position.
- Télécharger le communiqué commun : CP-10-juin-La-loi-integrale-doit-advenir-maintenant-_1
Coalition féministe et enfantiste pour une loi-cadre intégrale contre les violences sexuelles : La loi intégrale doit advenir, maintenant !
Publié le 11 juin 2026
Les mobilisations qui ont eu lieu lundi soir dans près de 200 villes partout en France, rassemblant plus de 150 000 personnes, sont un moment historique.
Ces rassemblements massifs, divers en âges, catégories sociales et territoires témoignent de l’ampleur de l’onde de choc et de tristesse provoquée par la mort tragique de Lyhanna. Partout, la colère, l’indignation, mais aussi la détermination à faire changer les choses se sont exprimées vivement.
Ces rassemblements sont l’incarnation d’une exigence politique : que la lutte contre les violences sexuelles devienne enfin une priorité à la hauteur de l’ampleur du phénomène et de la gravité des conséquences sur les victimes et sur la société entière.
Les pouvoirs publics ont fait preuve d’une grande irresponsabilité en interdisant le rassemblement place Vendôme, à peine plus de 2h avant le rassemblement, divisant la mobilisation parisienne. Malgré cette interdiction, la foule a déferlé vers la place Vendôme, tout en étant également rassemblée de manière compacte place Louis-Lépine.
L’irresponsabilité est allée jusqu’à placer en garde à vue l’une des principales organisatrices du rassemblement, Andréa Bescond, qui a passé la nuit dernière en garde à vue, et à qui nous apportons tout notre soutien.
Cet aveuglement quant à l’ampleur de l’indignation s’est également manifesté encore mardi matin, alors que les ministres de l’Intérieur et de la Justice n’ont cessé de nier la problématique des moyens financiers ou législatifs devant la commission des lois du Sénat.
Pourtant, plusieurs victoires ont déjà été obtenues grâce à la mobilisation inédite du mouvement féministe et enfantiste, nous rapprochant de l’adoption de la loi intégrale contre les violences sexuelles faites aux femmes et aux enfants, qui rassemble désormais plus de 220 000 signataires.
Nous saluons notamment la demande de la présidente de l’Assemblée nationale d’inscrire à l’ordre du jour d’une session extraordinaire la proposition de loi transpartisane visant à lutter de manière intégrale contre les violences sexistes et sexuelles commises à l’encontre des femmes et des enfants – à laquelle notre coalition a contribué -, et sa saisine prochaine du Conseil d’État pour faire avancer le processus législatif.
Devant l’ampleur des mobilisations, le Premier ministre a également fait part de sa volonté, dans un courrier adressé à ses ministres le soir même, que la loi intégrale soit transmise au Conseil d’Etat en vue d’un examen prochain au Parlement.
Nous ne pouvons que nous en féliciter.
Néanmoins, nous appelons à la vigilance : c’est la loi intégrale que nous exigeons, toute la loi, et non quelques mesures reprises du texte, adoptées sans moyens, comme le Premier ministre le propose dans le cadre de l’examen prochain d’un texte sur la protection de l’enfance.
La loi intégrale est prête, elle est portée déjà par 110 député.es et soutenue par 81% des Français.es, elle doit être mise à l’ordre du jour et adoptée et dotée des moyens nécessaires.
Chaque année, plus de 160 000 enfants et plus de 325 000 femmes sont victimes de violences sexuelles. 94 % des plaintes pour viol sont classées sans suite. Ces chiffres ne décrivent pas des situations isolées.
Ils révèlent un système défaillant et une impunité organisée.
Aucune affaire, aussi emblématique soit-elle, ne suffira à elle seule à y mettre fin.
C’est un changement global de société qui doit advenir. Tant que cette loi n’est pas à l’ordre du jour, nous poursuivrons notre mobilisation.
- Communiqué du Collectif nationale pour les droits des femmes (CNDF)
Drame de Lyhanna : Face à la « faille systémique », exigeons la Loi Intégrale !
Communiqué de presse de la Coalition féministe et enfantiste pour une loi-cadre intégrale contre les violences sexuelles
vendredi 5 juin 2026
La disparition de Lyhanna, victime dans le Gers d’un pédocriminel visé par de multiples signalements et plaintes, est l’ultime démonstration que notre système est défaillant vis-à-vis des violences faites aux femmes et aux enfants.
Depuis 2017 et le mouvement MeToo, nos institutions restent imperméables aux témoignages et affaires qui se multiplient, laissant l’impunité perdurer. 94% des plaintes pour viols sont classées sans suite, dans la plupart du temps du fait de l’absence d’enquête.
La France compte deux fois moins de juges et quatre fois moins de procureurs par habitant que la moyenne européenne.
Depuis 2024, une loi intégrale est demandée par plus de 130 associations, syndicats et collectifs, et fait l’objet d’une pétition qui réunit plus de 115 000 signataires. 81% des Français.es y sont favorables. Cette loi a été reprise par une coalition de parlementaires, qui l’a déposée à l’Assemblée Nationale. Elle prévoit par exemple le dépistage systématique des violences auprès des enfants, un socle d’enquête minimal en cas de plainte, les ordonnances provisoires de protection immédiate de l’enfant et des juridictions spécialisées.
Elle prévoit surtout des moyens supplémentaires pour la justice et la police pour mieux enquêter, protéger et juger contre les violences sexuelles et sexistes, avec un investissement annuel de 2,6 milliards d’euros.
Rien ne justifie l’attentisme de ces derniers mois qui a retardé la mise à l’ordre du jour de la proposition de loi intégrale. Chaque jour de plus qui passe sans loi intégrale est un affront au courage des victimes qui parlent et à celles qui ne sont malheureusement plus. Les présidents de groupe de l’Assemblée Nationale doivent prendre leurs responsabilités et mettre cette loi à l’ordre du jour en urgence.
Nous ne compterons plus les victimes sans agir. En hommage à Lyhanna, en soutien à ses proches et pour une loi intégrale nous appelons à un rassemblement lundi 8 juin 2026 à 19h00 devant tous les palais de justice en France.
A Paris, la Coalition féministe et enfantiste pour une loi intégrale sera présente Place Vendôme, Paris (devant le ministère de la Justice), à l’appel d’Andréa Bescond aux côtés des associations de défense des droits de l’enfant, membres de la coalition Face à l’inceste et Mouv’Enfants.
Notre exigence : La Loi Intégrale, maintenant !
- Télécharger : CP-VSS-juin-2026-1
Chaque jour, des femmes et des enfants sont victimes de violences sexistes et sexuelles. Chaque jour, des vies sont brisées.
Chaque jour, l’impuissance de l’action publique, le manque de moyen et l’absence de volonté politique laissent des victimes sans protection et sans justice.
Face à ce fléau systémique, l’heure n’est plus aux bricolages, aux dispositifs fragmentés ou aux ajustements à la marge, mais nécessite une réponse systémique et ambitieuse. Elle doit articuler prévention, protection, accompagnement, réparation et sanction. C’est pourquoi la FSU exige que la France se dote enfin de la loi cadre intégrale contre les violences sexistes et sexuelles faites aux femmes et aux enfants – portée par plus 150 associations, ONG et syndicats et signée par plus d’une centaine de parlementaires.
Cette exigence implique une rupture claire avec les politiques d’austérité qui affaiblissent méthodiquement les services publics car les agentes et agents, qui les tiennent à bout de bras, sont en première ligne dans ce combat.
L’École joue un rôle crucial dans la prévention. La généralisation effective de l’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVAR/S) constitue un levier majeur pour lutter contre les stéréotypes sexistes, promouvoir l’égalité et faire connaitre leurs droits aux enfants. Elle permet aussi aux personnels d’écouter et d’identifier les élèves victimes de violences sexuelles. Cette ambition ne peut devenir réalité sans moyens. La FSU exige une formation de tous personnels afin de renforcer leur capacité à repérer les élèves victimes et à les orienter vers des professionnels qualifiés. Pour que chaque établissement dispose d’une équipe pluriprofessionnelle complète, la FSU demande la création massive de postes d’assistant.es de service social, psychologues et infirmièr.es de l’Éducation Nationale. La FSU demande la création d’un service social dans le premier degré, permettant la mise en place rapide d’un accompagnement adapté. Ainsi, des professionnel.les pourront recueillir la parole des enfants, accompagner les familles dans leurs démarches et apporter un soutien aux enfants tout au long de leur scolarité.
La FSU exige du ministère de l’Éducation nationale qu’il engage un plan ambitieux de formation de tous les personnels et qu’il flèche véritablement des moyens financiers sur cette question. Les personnels de la petite enfance alertent elles et eux aussi depuis des années sur le manque de moyens, les postes vacants, l’épuisement des équipes et l’insuffisance des prises en charge. Comment prétendre protéger les enfants victimes lorsque les services et les structures sont exsangues ? Là encore, le ministre de la Fonction publique, ainsi que tous les ministères de tutelle, ont la responsabilité politique de stopper leur politique d’économie pour engager un véritable plan financé de protection de l’enfance.
La situation est tout aussi alarmante du côté de la chaîne judiciaire et policière. Alors que les violences faites aux femmes et enfants demeurent massives, près de 94 % des plaintes déposées par les femmes et 70 % de celles déposées pour violences sexuelles faites aux enfants sont classées sans suite. Derrière ce chiffre ce sont des milliers de victimes qui reçoivent le message que leur parole ne compte pas et que les auteurs peuvent continuer à agir dans l’impunité. L’urgence est aussi un plan de recrutement massif adossé à une formation solide sur les violences sexistes et sexuelles (VSS) chez les magistrat.es – la France en compte 2,3 fois moins que la moyenne européenne.
La FSU dénonce aussi fortement le manque de moyens et de volonté politique pour éradiquer les VSS au travail (VSST). Les négociations en cours pour un 3eme accord égalité femmes/hommes à la fonction publique en sont une illustration désolante : pas de budget, pas de mesure contraignante et des piétinements sur le volet VSST et violences intrafamiliales (VIF). La FSU rappelle son exigence d’abrogation de la journée de carence pour toutes les victimes de VIF et de VSST et la garantie de 12 à 14 jours d’ASA pour les démarches sociale de santé et juridique inhérentes à ces violences.
La FSU demande également la relance pleine et entière de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (CIIVISE) et la mise en œuvre effective de ses 82 préconisations. Les travaux de la CIIVISE ont permis de rendre visible l’ampleur des violences subies par les enfants et d’identifier les mesures nécessaires pour mieux les protéger. Il est inacceptable que ces recommandations aient été balayées alors même que l’urgence est reconnue par toutes et tous.
Internet est aussi devenu un terrain de chasse pour les agresseurs et de diffusion des violences masculines, misogynes et sexuelles. Des plateformes hébergent ou laissent prospérer des contenus dans lesquels des hommes s’échangent des conseils pour violer des femmes, piéger des adolescentes ou exploiter sexuellement des enfants. La FSU dénonce l’inaction coupable du gouvernement qui refuse de contrôler et d’interdire les plateformes, de retirer les contenus et de poursuivre les auteurs.
Les violences sexistes et sexuelles ne sont pas une fatalité. Elles sont le produit de notre société patriarcale, d’un continuum des violences et de rapports de domination et d’exploitation. Les pouvoirs publics ont la responsabilité de les combattre pour les éradiquer.
La FSU appelle le gouvernement à sortir de la logique du bricolage permanent et à se doter d’une loi-cadre intégrale contre les violences sexistes et sexuelles faites aux femmes et aux enfants et les 3 milliards nécessaires pour la financer : la protection des femmes et des enfants doit devenir une priorité nationale dotée des moyens nécessaires et inscrite dans la durée.
La FSU appelle à participer les lundis aux mobilisations initiées par la Fondation des femmes et ses 150 partenaires et à faire du samedi 4 juillet un temps forts de notre détermination syndicale et féministe.










