Sophie Binet engagée avec la CGT

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Dans la NVO le 4 septembre 2026, après Le Monde le 29 août, après les journées d’été de Courcelles de la CGT, la secrétaire générale de la CGT veut « saturer » le débat social, pour les services publics (le 29 septembre) mais aussi pour « une loi intégrale » contre les violences faites aux femmes (7 septembre) et pour  la « marche du climat » du 26 septembre 2026. 

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Sophie Binet : « Nous allons saturer le débat avec les questions sociales »

Si des records de chaleur ont été battus cet été, le printemps 2027 pourrait jeter un froid polaire, 
avec une présidentielle de tous les dangers pour notre démocratie et une possible victoire de l’extrême droite. Déjà en ordre de bataille, la CGT entend tout faire pour mettre le monde du travail au centre du débat public. Cet entretien avec Sophie Binet, sa secrétaire générale, est à retrouver dans le mensuel « Ensemble » de septembre 2026.

Par Eva Emeyriat

Jean-Philippe Joseph

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Rentrée sociale chargée pour Sophie Binet. Crédit : Bapoushoo

L’été a été marqué par une succession de canicules et d’incendies d’une ampleur inédite, 
qui ont révélé la faiblesse des moyens de la sécurité civile. Quels enseignements en tire la CGT ?

Jamais les travailleurs et les travailleuses n’ont vécu un été aussi catastrophique. C’est le résultat de l’inaction climatique du gouvernement et de l’égoïsme du patronat, qui a privilégié ses profits, au détriment de la santé des travailleurs et des travailleuses. Il y a eu plus de 7 000 morts, dont des dizaines au travail. Ces morts auraient pu être évitées. Aucune leçon n’a été tirée de la canicule de 2003. Les alertes des scientifiques n’ont pas été écoutées. Dès le mois de juin, la CGT a demandé que des mesures soient prises pour l’été. Mais le gouvernement et le patronat se sont mis à l’abri dans leur univers climatisé et ont laissé les travailleurs au front. Pendant ce temps-là, Emmanuel Macron était sur son jet-ski ! C’est le symbole de son quinquennat : l’indécence et le mépris.

Ces catastrophes sont-elles le signe de la paupérisation des services publics ?

On demande aux pompiers d’éteindre un incendie avec un verre d’eau. Les soignant.es ont travaillé dans des hôpitaux sous des températures caniculaires. Nous payons le bilan de dix ans d’austérité. Si le pays a tenu, c’est grâce aux travailleurs et travailleuses, notamment aux agents publics. Et on nous explique aujourd’hui qu’il faut des mesures d’austérité pour les services publics ? C’est scandaleux ! Nous payons aussi les conséquences de l’abandon de notre industrie. Nous n’avons pas d’usines pour fabriquer des Canadair. De la même manière, pourquoi y a-t-il des piratages de données ? Parce qu’on n’a plus de champions capables d’assurer notre souveraineté numérique.

Je tiens à rendre hommage à tous les agents publics et à toutes celles et tous ceux qui étaient au front, et l’ont parfois payé de leur vie : les quatre pompiers morts, les 230 qui ont été blessés, les centaines d’hospitalier.es qui ont fait des malaises cet été et les dizaines de travailleurs et travailleuses qui sont morts. J’adresse à leurs familles les condoléances de la CGT. On a découvert l’horreur d’une France à 40 °C. Si on ne veut pas découvrir l’enfer des 50 °C, il faut agir maintenant. Et ne pas se contenter de mettre la clim’ partout, comme le propose Marine Le Pen. Une marche pour le climat, la paix et les solidarités sociales aura lieu le 26 septembre dans toute la France… Il faut rompre avec ce modèle néolibéral qui sacrifie notre planète. C’est la raison pour laquelle nous nous mobilisons ce 26 septembre, aux côtés de dizaines d’ONG et d’associations, comme nous le faisons depuis des années déjà.

La rentrée sera également marquée par d’autres temps forts…

Le grand rendez-vous social aura lieu le 29 septembre, avec l’appel à la grève des agents de la fonction publique et de toutes celles et ceux qui effectuent des missions de service public et qui ont justement été en première ligne cet été : les pompiers, les hospitalier.es, les auxiliaires de puériculture, les enseignant.es… À l’heure où le patronat et le gouvernement nous expliquent que les fonctionnaires coûtent cher, nous allons leur montrer ce qui se passe quand ils ne sont pas là. Sans les services publics, le pays ne peut pas tourner.

Le budget 2027 doit enfin prendre la mesure de l’enjeu du réchauffement climatique. Il faut adapter notre société au changement climatique : donner des moyens à nos pompiers ; à l’Office national des forêts ; à Météo France ; à l’inspection du travail, pour protéger les travailleurs et les travailleuses des effets de la canicule… Il faut aussi des investissements massifs dans les infrastructures, dans l’isolation des logements, ou encore dans la gestion de l’eau. Nous vivons une sécheresse historique, avec certains départements qui doivent être approvisionnés en bouteilles d’eau.

Enfin, il faut des moyens pour nos hôpitaux : les plus de 7 000 morts de la canicule sont notamment liées au fait que les établissements n’ont pas été en capacité de répondre à la situation. Or, nos services ne peuvent répondre aux besoins de la population si on maintient le budget existant : il faut massivement l’augmenter !

Quels sont les enjeux des élections de la fonction publique, qui se tiendront en décembre ?

Près de six millions d’agents sont concernés. Il s’agira de la dernière occasion avant l’élection présidentielle d’adresser un message fort aux candidat.es. Voter CGT, c’est envoyer un message de combat et dire que nos services publics sont à l’os. Choisir la CGT, c’est voter pour le syndicat en proximité pour accompagner l’ensemble des agents. En outre, pour cette rentrée, la CGT lance une grande campagne SOS contractuels, lesquels n’ont jamais été aussi nombreux.

Cette année est d’ailleurs l’occasion de célébrer les 80 ans du statut des fonctionnaires…

La CGT prépare une grande initiative pour l’automne. Ce statut n’appartient pas au passé, c’est l’avenir. Il a permis, depuis sa création, en 1946, de faire face à toutes les crises traversées par le pays. Si on n’avait pas de services publics, si on n’avait pas de fonctionnaires, ce n’est pas 7 000 morts qu’on aurait eus cet été, mais des dizaines de milliers ; ce n’est pas 100 000 hectares qui seraient partis en fumée, mais toutes les forêts des Landes et de Gironde.

Le statut présente aussi la garantie de neutralité et d’égalité de tous devant les services publics…

C’est grâce à nos fonctionnaires que la France est, encore aujourd’hui, l’un des pays les moins corrompus du monde. Mais c’est très fragile. On sait, par exemple, qu’avec l’explosion du trafic de cocaïne, la corruption progresse et se manifeste à travers des pressions majeures exercées sur les agents publics, les juges, les policiers, les douaniers… Il faut protéger les fonctionnaires pour préserver notre pays des mafias et des trafics en tous genres.

L’enjeu des élections est d’autant plus important que de plus en plus d’agents semblent tentés par le 
vote en faveur de l’extrême droite

Ce que nous voulons, c’est transformer cette colère en mobilisation, en perspectives, en avancées… Les masques tombent. Marine Le Pen se prosterne devant les patrons en leur disant qu’elle va mettre en œuvre une violente cure d’austérité et organiser des coupes massives dans les services publics. Quand des candidats proposent de baisser la dépense publique, ça veut forcément dire moins de fonctionnaires, encore plus de précarité et pas d’augmentation du point d’indice. La première chose que fait l’extrême droite quand elle arrive aux manettes dans des municipalités, c’est s’attaquer aux fonctionnaires, en privatisant, par exemple, les crèches ou les services sociaux, et en individualisant les salaires pour instituer un clientélisme généralisé.

Quel est l’enjeu de la représentativité dans ce scrutin ?

Si la CGT demeure la première organisation dans la fonction publique, ce sera un message politique très fort envoyé pour la défense des droits et du statut. Les services publics ont besoin d’un syndicalisme qui rassemble. Nous sommes en effet la seule organisation qui porte l’unité syndicale de façon identitaire et qui défend un syndicalisme qui allie rapports de force et négociations. Négocier à froid n’a jamais rien apporté. Dans un contexte où le patronat et le gouvernement déclarent la guerre à nos fonctionnaires, on a besoin d’un syndicalisme combatif pour se faire respecter. Dans toutes les collectivités où la CGT est en tête, les garanties collectives sont toujours plus élevées et les salaires meilleurs. Enfin, voter CGT, c’est la garantie d’un syndicalisme réellement indépendant des employeurs et des pouvoirs publics, quels qu’ils soient.

Comment la CGT veut-elle intervenir dans les débats de la présidentielle ?

Nous allons saturer le débat avec les questions sociales et multiplier les mobilisations. Chaque jour, il faut un nouveau sujet de lutte. Nous commencerons dès le 7 septembre avec les associations féministes, pour dénoncer le meurtre de la petite Lyhanna et exiger une loi pour protéger les victimes. La « loi intégrale » contre les violences sexuelles est une première victoire, nous avons participé à sa rédaction et obtenu qu’elle soit débattue début octobre. Pour autant, nous restons mobilisés pour qu’elle ne soit pas vidée de son contenu. De plus, toutes nos propositions n’ont pas été prises en compte, je pense notamment aux violences au travail. Ensuite, nous nous tournerons vers le 15 septembre, avec les hospitaliers et les énergéticiens. Ils étaient en première ligne cet été et, pourtant, tout ce que le gouvernement a trouvé à faire, c’est s’attaquer à leurs droits et garanties collectives, ainsi qu’aux activités sociales et culturelles. Puis, nous continuerons le 
26, avec la grève du 29 en point d’orgue.

D’autres dates sont d’ores et déjà prévues en octobre…

Effectivement, les retraités, le 14, et le 20, où nous serons à Strasbourg avec tous les syndicats européens pour dénoncer les réformes à la tronçonneuse que la Commission veut imposer, je pense en particulier au 28ᵉ régime (NDLR : un projet de statut juridique élaboré par la Commission européenne qui permettra aux entreprises d’opérer dans les 27 États membres sans formalité supplémentaire), qui organise un peu plus le dumping social.

Qu’attends-tu du budget 2027 ?

Nous aurons, là aussi, besoin de nous mobiliser pour empêcher une nouvelle cure d’austérité, l’augmentation des franchises médicales, la baisse des indemnités journalières, la désindexation des retraites, et la liste ne s’arrêtera sûrement pas là. Le point positif est que le gouvernement est toujours aussi faible, nous pouvons le faire reculer si nous sommes unis.

Un mot sur le 54e Congrès de la CGT, qui s’est tenu début juin à Tours ?

Ça a été une très belle réussite. Voilà dix ans que nous n’avions pas eu des votes aussi larges et aussi rassemblés. C’est important que la CGT soit unie et en ordre de bataille pour affronter le patronat, le gouvernement et, surtout, l’extrême droite. Il y a eu beaucoup de temps forts, beaucoup d’émotion, notamment lors du grand meeting international contre l’extrême droite, qui a montré à quel point les travailleurs et les travailleuses sont unis dans leurs analyses, leurs mobilisations et leurs stratégies. La Confédération syndicale internationale a d’ailleurs annoncé une grande conférence pour la paix, en mai prochain, à Paris. La CGT participera à son organisation.

L’autre temps fort, ça a été l’annexion du cadre commun contre les violences sexistes et sexuelles aux statuts de la CGT

Oui, et je tiens à rappeler que, pour la première fois, en cent trente ans d’histoire, nous étions quasiment à parité de congressistes, avec 48 % de femmes. Des camarades ont pris la parole pour dire leur détermination à faire cesser les violences sexistes et sexuelles dans la société et dans nos organisations. C’est pour moi une immense fierté. La CGT est une organisation mixte et féministe. Cela signifie que les femmes, comme les hommes, syndiqué.es à la CGT se battent pour une société égalitaire et émancipatrice. C’est un combat politique général, mais c’est aussi un travail sur soi.

Et sur le plan des structures syndicales ?

Nous allons travailler à combler l’écart entre une CGT qui jouit d’une grande popularité, qui donne le ton du débat public, et une organisation qui n’en est pas suffisamment le reflet. Nous devons pouvoir accueillir les centaines de milliers de personnes pour qui la CGT est la référence. Notre responsabilité en tant que militant.es, que dirigeant.es, c’est que notre organisation soit toujours plus ouverte. La priorité est de développer les syndicats professionnels de territoire pour permettre à toutes celles et ceux qui travaillent dans des entreprises dans lesquelles la CGT n’est pas présente d’être accueilli.es dans une structure.

On imagine que la feuille de route de la CGT pour les trois ans à venir sera influencée par les résultats 
de la présidentielle…

Lors du congrès, nous nous sommes mis en ordre de bataille. On est prêts. Je suis étonnée de voir la torpeur générale, alors que l’extrême droite n’a jamais été aussi près d’arriver au pouvoir. Et je suis atterrée par l’attitude du Medef et de Patrick Martin, son numéro un, qui dit ne pas savoir si le RN est, oui ou non, d’extrême droite. Cela montre qu’il n’a tiré aucune leçon de l’Histoire ; la seule chose qui compte, c’est l’argent. C’est une déchéance morale. J’exhorte tous les syndiqués à interpeller leurs patrons. Où sont leurs valeurs ? Que disent-ils à leurs salariés étrangers sachant que, si le RN l’emporte au soir du 2 mai, Marine Le Pen a annoncé une réforme constitutionnelle qui visera à mettre en place un apartheid avec la préférence nationale, c’est de la xénophobie d’État.

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